Lutte anti-dopage : les États-Unis montrent le (bon) exemple au reste du monde

International / 28.04.2020

Lutte anti-dopage : les États-Unis montrent le (bon) exemple au reste du monde

Pendant des années, les dopeurs américains se sont bien amusés ; aujourd’hui, ils tremblent. Pourquoi ? Parce que le Jockey Club US a eu le courage d’appeler de vrais spécialistes au secours. Et ce sont eux qui ont permis de solliciter ensuite le F.B.I. – lequel vient de coffrer un certain nombre de tricheurs. Un exemple pour la France…

Par Anne-Louise Échevin

Le F.B.I. ne débarque pas sans raison. Lorsque l’on regarde les films américains, on a tendance à se dire qu’il doit y avoir des agents du F.B.I. – car ils se déplacent forcément par deux et s’appellent Agent Smith – planqués derrière chaque coin de rue, patientant calmement (avec un hélicoptère) dans l’attente d’une intervention. Évidemment, la réalité est différente. Le F.B.I. n’est pas arrivé par hasard dans cette enquête sur un dopage à grande échelle aux États-Unis. Jim Gagliano, président du Jockey Club US, a accepté de répondre à nos questions et nous a expliqué ce qu’il s’est passé : « Le Jockey Club cherche depuis longtemps à ce qu’il y ait une meilleure régulation du sport et a ainsi engagé des experts dans le contrôle anti-dopage, la recherche et les bonnes pratiques à mettre en œuvre. En ce qui concerne les enquêtes, nous avons expliqué, lors de la rencontre annuelle du Jockey Club en août 2016, que nous avions engagé l’agence 5 Stones’ Intelligence pour avoir un avis sur les méthodes actuelles d’investigation et avoir des conseils pour les améliorer. » La machine était lancée.

L’existence d’un vaste réseau de dopage commence à se révéler. Cette agence, 5 Stones’ Intelligence, si l’on en croit son site internet, effectue des missions très variées : si vous avez besoin de trouver des solutions pour lutter contre le terrorisme lorsque vous êtes un gouvernement, par exemple, vous pouvez faire appel à eux, de même que si vous avez besoin d’un service de cybersurveillance. Parmi les clients de 5 Stones’ Intelligence, on trouverait par exemple le gouvernement américain.

5 Stones’ Intelligence fait son boulot : un travail d’enquête et de recherche. Les conclusions tombent, comme nous l’explique Jim Gagliano : « 5 Stones’ Intelligence nous a donné des indications sur l’existence d’un vaste réseau de dopage de chevaux et de dopage dans les courses au sein même du secteur. Cela incluait des informations indiquant que le dopage était réalisé par différents types de personnes, comme des entraîneurs, des vétérinaires, des pharmaciens, des membres des écuries et, dans certains cas, par des propriétaires. » Le F.B.I. est ensuite entré dans la danse.

L’enquête est toujours en cours et, logiquement, le Jockey Club US ne peut la commenter. Le procès pour dopage des entraîneurs Jason Servis et Jorge Navarro a commencé et les deux professionnels plaident non coupables. Début mars, vingt-sept personnes étaient nommées et concernées par cette enquête.

Un échec. Certains professionnels ont applaudi ces révélations : « Bravo, voilà la preuve qu’il n’est pas possible d’organiser un vaste réseau de dopage aux États-Unis, les tricheurs seront toujours pris. » En fait, la réalité peut être lue de manière assez différente : l’enquête du F.B.I. serait le constat d’un échec du contrôle anti-dopage dans les courses américaines… jusqu’à ce que le Jockey Club US ne se décide à faire appel à un service extérieur (l’agence 5 Stones’). Et c’est ce changement de méthode qui a permis de trouver des traces d’un trafic de grande ampleur, lequel passait jusque-là totalement sous le radar. Le F.B.I., autant dire l’État, a fait le reste. Voilà qui est une piste à explorer pour le cas français, si l’Institution le veut…

Le contrôle anti-dopage des courses américaines utilisé actuellement est complètement défaillant. Et Jim Gagliano nous explique pourquoi, sans se cacher derrière son petit doigt (les Américains aiment la franchise) : « La structure en charge de la recherche au sein du Pari-Mutuel Racing aux États-Unis est fragmentée, non coordonnée et ne dispose pas d’assez de ressources. Tout ce qui concerne la recherche sur les substances dopantes impliquées dans les courses de pari mutuel est coordonné via le Racing Medication and Testing Consortium. Son budget ne dépasse pas, annuellement, les 300.000 $ pour une activité comprenant plus de 40.000 chevaux. Certains, dans le secteur économique, préfèreraient que nous restions au statu quo. Mais on constate une vraie poussée en faveur d’un nouveau modèle concernant le contrôle antidopage et sa mise en vigueur. »

Ce nouveau modèle existe : c’est le Horseracing Integrity Act.

Pour la création d’une autorité de contrôle indépendante. Sur l’excellent site Paulick Report, Matt Iuliano, directeur général et vice-président du Jockey Club US, a publié un long texte suite aux révélations du F.B.I. Il a notamment réagi au constat d’échec de la politique anti-dopage dans les courses américaines : « Le changement que nous recommandons est une autorité de contrôle majoritairement contrôlée par l’Usada (United States Anti-Doping Agency), un organisme de lutte anti-dopage reconnu internationalement qui s'appuie sur la nécessité, non seulement de réaliser des contrôles anti-dopage, mais aussi de mener de la recherche sur ce sujet. » Contrôle et recherche, deux maillons faibles mis à jour par l’affaire Navarro/Servis. Jim Gagliano nous a dit : « La création d’une autorité de contrôle anti-dopage est le but du Horse Racing Integrity Act. Cet amendement appelle à la création d’un organisme de régulation indépendant, privé, composé d’un comité n’ayant aucun conflit d’intérêt en ce qui concerne la régulation des courses et du pari mutuel. »

Indépendance de l’institution ! Et le Jockey Club US dans tout cela ? Aurait-il une quelconque influence sur ce nouvel organisme de contrôle ? « Non, nous ne souhaitons pas être le régulateur du sport », explique Jim Gagliano. Mais il soutient activement et courageusement cette démarche : « Nous pensons que le passage du HIA est la meilleure chose qui puisse arriver pour les courses américaines. Le Jockey Club estime qu’une culture de triche en toute impunité a pu se développer, et que cette culture empêche les acteurs des courses comme les fans d’évoluer sur des bases similaires qui sont essentielles pour faire prospérer le sport. L’adoption de cette législation sera fondamentale pour le futur de notre sport. Il faut mettre en place ce régulateur unique, agissant dans l’ensemble du pays, et fonctionnant de manière indépendante. La confiance dans l’expertise anti-dopage va renforcer l’intégrité au sein de notre sport et permettra aux chevaux comme aux cavaliers ou jockeys d’évoluer dans un environnement sûr. L’adoption du Horseracing Integrity Act est l’unique solution envisageable pour être certain que tout le monde joue à armes égales dans notre sport. »

En savoir plus sur le Horseracing Integrity Act

Le Horseracing Integrity Act est actuellement en discussion au Congrès américain. La pétition en faveur du Horseracing Integrity Act a déjà recueilli plus de 53.700 signatures. En voici quelques principaux points. L’acte est disponible ici. (lien http://www.horseracingintegrity.com/ )

L’Autorité de lutte contre le dopage dans les courses hippiques : mode d’emploi

Qui ? L’Autorité de lutte contre le dopage dans les courses hippiques, que veut créer le Horseracing Integrity Act, serait gérée par un Comité de treize personnes.

À sa tête : le directeur général de l’agence de lutte contre le dopage des États-Unis (Usada). C’est aussi l’Usada qui choisirait les douze membres sur ces critères :

- six membres appartenant au comité de l’Usada ;  

- six membres présentant ces caractéristiques :

- au moins un membre ayant eu une expertise du contrôle anti-dopage et du contrôle de la médication équins,

- au moins un membre ayant eu une expérience significative comme propriétaire ou une personne ayant une expertise dans l’élevage,

- au moins un membre ayant eu un poste de gestion important sur un hippodrome,

- au moins un membre ayant eu un diplôme en médecine vétérinaire ou une expertise dans la médecine vétérinaire équine sur les chevaux de course ou une expertise dans la recherche vétérinaire concernant les chevaux de course,

- au moins une personne ayant eu une expertise comme entraîneur,

- au moins une personne ayant eu une expérience comme jockey.

Cependant, pour éviter les conflits d’intérêt, aucune personne du Comité de cette agence de lutte contre le dopage hippique ne pourra avoir d’intérêts financiers dans les courses.

Pourquoi ? Le but du Horseracing Integrity Act est l’uniformisation et le respect des règles. Alors qu’aujourd’hui, chaque État, voire chaque hippodrome, fait un peu ce qu’il veut, notamment au niveau de la médication. « L’adoption de standards uniques et nationaux sur le dopage et la médication aux États-Unis permettra de développer le commerce entre les différents États, d’encourager une compétition juste et à armes égales, de permettre aux acheteurs de chevaux comme aux joueurs d’investir en toute transparence, de développer le marché des ventes aux États-Unis, sur un plan national et international, d’être sur la même ligne avec les principaux standards de courses à l’international, de régler les inquiétudes montantes au niveau local sur les nombreuses différences avec les règles à l’international, et assurer la sécurité des chevaux comme des hommes. »

Le but est clairement de s’attaquer au problème de la médication en course aux États-Unis (aux règles variables), ainsi que de développer le nombre de contrôles (et les conditions de contrôles) anti-dopage en compétition et hors compétition.

Quel financement ? La coalition pour l’intégrité des courses hippiques met ce point en avant : cette agence de lutte contre le dopage aux États-Unis ne sera financée que par le secteur des courses hippiques.

Concernant cette fois le financement initial, voici ce qui est écrit dans le Horseracing Integrity Act : « Le financement initial, pour lancer cette autorité et assurer son fonctionnement avant la date officielle de lancement, sera amené via des prêts et des donations faites à l’autorité. L’autorité pourra emprunter de l’argent et accepter des donations et contributions privées pour permettre le financement de ses opérations. »

À suivre…