Marie Yoshida : « Cette vente online, c’est un souffle nouveau pour notre secteur économique ! »

International / 06.04.2020

Marie Yoshida : « Cette vente online, c’est un souffle nouveau pour notre secteur économique ! »

C’est une grande première : la vente Easter Yearling Sale d’Inglis se déroulera online, avec un système d’enchères prises à la fois en ligne et par téléphone, et un comissaire-priseur à la tribune. À quelques heures de son coup d’envoi, Marie Yoshida, depuis son haras du Kentucky, nous explique pourquoi il s’agit, selon elle, d’une renaissance des ventes. Rien de moins !

Marie Yoshida a prévenu mari et enfants : ce lundi soir, à partir de 19 h – heure du Kentucky – elle ne sera là pour personne ! C’est derrière son écran, avec ses clients hongkongais en vidéo Facetime, qu’elle va assister à l’une des ventes de yearlings les plus importantes d’Australie, l’Easter Yearling Sale d’Inglis. Il y a quelques jours seulement, la maison de vente a annoncé que, compte tenu des circonstances, la vente aurait lieu online, et que les enchères seraient prises à la fois sur les online mais aussi par téléphone, via des membres du staff d’Inglis présents sur le complexe de Riverside, avec un chef d’orchestre à la tribune. « William Inglis et les vendeurs se sont retrouvés au pied du mur, et ont cherché ensemble la meilleure solution pour que les yearlings puissent être vendus. Il faut savoir qu’en Australie, c’est le début de l’automne, donc un report de la vente de plusieurs semaines était inenvisageable. Je trouve ça formidable qu’ils soient parvenus à cet accord sur la solution "virtuelle", aidés par le fait qu’Inglis maîtrise la technologie. En effet, une ou deux fois par mois, ils réalisent déjà des ventes online de chevaux à l’entraînement, pour des sujets qui n’ont pas, par exemple, le niveau pour Sydney ou Brisbane… Le système est donc éprouvé. Pour cette vente de yearlings, certains acheteurs étaient un peu réticents, mais je dois dire que le test effectué ce vendredi a été plus que concluant ! » Dans la vidéo réalisée par Marie Yoshida elle-même, on voit le yearling marcher dans la cour du haras, comme il pourrait le faire sur un ring, et Jonathan d’Arcy, le commissaire-priseur à la tribune, égrenait les différentes enchères au fur et à mesure qu’elles sont posées à distance. Franchement, on s’y croirait !

Arrowfield fait bande à part

Fin mars, alors qu’Inglis s’orientait vers une vente online, le géant Arrowfield a choisi de retirer tous ses yearlings du catalogue et d’organiser une vente privée, sur le haras. John Messara, le boss d’Arrowfield, a indiqué à nos confrères d’ANZ : « Ce fut une décision extrêmement dure à prendre, mais nous n’avions pas signé pour vendre de tels chevaux online. Nous n’avions pas d’autre choix que d’organiser notre propre vente. »

Le travail de terrain, le job de l’expert. La vente aura donc lieu de façon "virtuelle", dans le sens où les yearlings ne seront pas présents sur le complexe des ventes, pas plus que les vendeurs et les acheteurs, mais le travail de sélection du courtier, lui, n’a rien eu de virtuel. « Évidemment, le travail de terrain reste indispensable. Pour chaque yearling, le haras a fourni des vidéos et des photos de grande qualité, ainsi qu’un dossier vétérinaire complet, avec radios, vidéos des scopes… Cela m’a permis de faire un tri dans les poulains que je suis allée inspecter. Un cheval de course doit être vu pour être évalué : son comportement, la façon dont il marche, le terrain qu’il couvre, ses dents, ses tissus, s’il marche dans le box ou pas, etc. Il y a plein de choses qui font que l’on doit se déplacer dans les haras pour juger les yearlings. J’étais arrivée en Australie bien à l’avance, et j’ai donc pu faire la quarantaine obligatoire avant de procéder à ces inspections. J’ai ainsi pu établir ma short list, et demander au vétérinaire d’analyser les dossiers des poulains retenus. Tout ce travail de terrain, c’est notre valeur ajoutée, la raison d’être de l’expert, comme on le ferait pour une œuvre d’art. Mais franchement, lever la main aux ventes, ce n’est pas ça mon métier ! Mes clients hongkongais vont être ravis de pouvoir appuyer sur le bouton, alors qu’ils seront chez eux, ou dans leur bureau… J’ai toujours pensé que c’était au (futur) propriétaire de mettre les enchères. Parce que c’est son argent, sa décision, sa fierté quelque part ! Or, de nos jours, il est tellement rare que des personnes généralement très prises par leur métier puissent faire des milliers de kilomètres pour acheter quelques yearlings. Et quand je prends leurs enchères par téléphone, pour eux ce n’est pas la même chose. Ils peuvent suivre cela sur le site internet de l’agence, mais il y a toujours quelques secondes de décalage. Et ce n’est pas eux qui lèvent la main. Là au contraire, ils sont les maîtres. Ce sont eux qui appuient sur le bouton. La suite, c’est-à-dire les formalités administratives, le transport des chevaux, etc., c’est moi qui gère cela, par internet encore une fois, en remplissant une fiche comme on remplit l’ancestral bout de papier aux ventes réelles. » 

Se moderniser. Cette solution, trouvée dans l’urgence en raison de la crise que traverse le monde actuellement, est, pour Marie Yoshida, pleine de promesses pour l’avenir. « On a besoin de certaines traditions, mais il faut aussi savoir se moderniser. Les grandes maisons de vente aux enchères comme Sotheby’s ou Christies sont passées aux ventes online depuis un moment. L’expérience que nous allons vivre ce soir, c’est comme un souffle nouveau pour notre secteur économique. Je suis très impatiente, et pas angoissée du tout, car j’ai confiance dans le système. En cas de problème avec internet, nous avons une sorte de hotline pour joindre Inglis directement et passer nos enchères par téléphone. Vraiment, je crois que notre milieu a besoin de l’apport de ces nouvelles technologies pour rencontrer un nouveau public, être moins rivé sur ses fondamentaux. Je suis plus que jamais positive ! »