Mon cher territoire

Courses / 26.04.2020

Mon cher territoire

Par Adeline Gombaud

Mardi, le Premier ministre doit présenter à l’Assemblée Nationale son plan pour le déconfinement. On sait déjà que l’Élysée a écarté toute régionalisation, tout en précisant que ce retour à la normale devait être adapté aux territoires. Un espoir pour nos petits hippodromes de province ?

Depuis plus de deux ans, j’habite loin de Paris. J’ai élu domicile à Réparsac, petit village situé à mi-chemin entre Cognac et Jarnac. Six cents habitants, environ 50 habitants au km2. Autant vous dire que c’est un vrai changement par rapport à ma vie précédente, à Levallois-Perret. Le département de la Charente n’a été que très peu touché par le Covid-19. Deux cent trente-huit cas recensés, et dixit l’un de mes voisins bien informé, deux cas dans mon village.

Pourquoi je vous raconte cela ? Parce que c’est une évidence : nous ne sommes pas tous égaux face au virus, au confinement… et au déconfinement. Depuis le 17 mars, ma vie n’a pas vraiment changé, si ce n’est que je ne fais plus mon habituel voyage à Paris de début de semaine pour retrouver mes collègues.  

Le plus important ici, le lieu de socialisation incontournable, c’est le marché. À Cognac ou à Jarnac. En ville quoi. Et "mon" marché, celui de Cognac, n’a jamais fermé. Pourtant, depuis le 24 mars, les marchés sont théoriquement interdits en France… mais le Premier ministre a laissé une latitude aux "territoires". Le préfet peut être amené à prendre des dérogations sur demande des maires. Dieu merci, c’est ce qui s’est passé aux halles de Cognac. Les commerçants, avec l’aide des agents municipaux, se sont organisés pour faire respecter les gestes barrière et la distanciation sociale. Et cela fonctionne. Marinette, la primeur, Delphine, la fromagère, Steve, mon cher traiteur et bistrotier, ou M. Vignaud, le meilleur boucher du coin, ont géré le truc comme des pros. Et pourtant, je doute qu’ils aient un jour sévi comme videurs de discothèque ou agent de sécurité.

Cette latitude, pourquoi ne la laisserions-nous pas aux "petits" champs de course ? Du côté de France Galop, cela semble acquis : les hippodromes n’accueillant pas de réunions premium ne pourront pas reprendre leur activité avant de nombreuses semaines. Problèmes sanitaires, problèmes financiers… Pourquoi la jouer comme ça ? Pourquoi ne pas imaginer que, comme dans le cas des marchés, une certaine latitude puisse être laissée aux gens de terrain ?

Nous n’avons pas les mêmes défis à relever en Charente (mais je pourrais tout aussi bien parler de la Corrèze ou de la Manche !) qu’en région parisienne. Ce dimanche matin, la Une du Parisien version digitale annonçait : « Déconfinement : l’angoisse monte chez les usagers des transports d’Île-de-France » En pleine période de confinement, on explique que sur la ligne 13, les rames sont bondées. Respect de consignes sanitaires ? Impossible, chef !

Ce virus n’est pas juste. Quand je promène mon chien le matin dans les vignes, ceux qui doivent aller travailler en métro risquent leur vie à Paris. Mais sous prétexte de nous mettre tous égaux face aux contraintes qu’impose cette pandémie, doit-on priver de courses chaque hippodrome de province ? Je ne le crois pas. En tout cas, c’est un combat qui mérite d’être mené. Parce que de son issue dépend la survie de bien des professionnels…