Nadal ou le rêve américain d’Arthur Hoyeau

International / 30.04.2020

Nadal ou le rêve américain d’Arthur Hoyeau

Ce samedi aux États-Unis, Nadal (Blame) est le favori (à 5/4) de l’Arkansas Derby (Gr1), préparatoire au Kentucky Derby. Ce poulain qui court pour une association de propriétaires a été acheté par Arthur Hoyeau, en compagnie de Kerri Radcliffe, lors des breeze up américaines. À l’âge de 29 ans, le jeune courtier vit son rêve américain.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, les bookmakers proposent Nadal à 10/1 dans le Kentucky Derby. Il est donc le deuxième favori derrière son compagnon d’entraînement Charlatan (Speightstown). Mais les deux pensionnaires de Bob Baffert ne vont pas s’affronter ce samedi. Et pour cause, de manière exceptionnelle, l’Arkansas Derby a été dédoublé. Arthur Hoyeau explique : « Nadal est un vrai guerrier, qui ne lâche rien. Et il est invaincu. Mais c’est plus ouvert que ce que le betting pourrait le laisser croire. Nadal se trouve dans le lot le plus compétitif. Les 11 partants de la première épreuve ont gagné un total d’1,8 million de dollars. Ceux qui vont courir avec Nadal ont amassé 4,3 millions de dollars de gains. C’est assez éloquent en ce qui concerne la qualité de l’opposition. Nadal a un bon numéro de corde et ses derniers travaux sont bons. C’est un poulain qui a prouvé qu’il était capable de bien faire sur toutes sortes de pistes, il tient et n’a aucun problème à faire les deux tournants. Cerise sur le gâteau, il voyage bien. Nous avons des raisons d’y croire, même si la compétition sera relevée. Je pense notamment au bon King Guillermo (Uncle Mo). Et il n’est pas le seul. Mais c’est une bonne chose, le verdict de cette course va être riche d’enseignements. Nadal a déjà 50 points, soit la barre habituellement nécessaire pour se qualifier en vue de la grande course. Mais cette année devrait être un peu particulière, avec un programme modifié par le Covid-19 et il faudra certainement avoir plus de points pour être au départ du Kentucky Derby. »

Un pays étonnant. L’année où Nadal a vu le jour, l’élevage américain a produit près de 20.900 foals. Avoir à ce stade de la saison l’un des deux meilleurs poulains de sa génération, dans une population d’une telle ampleur, face à des opérations aux moyens colossaux, tient du miracle. Arthur Hoyeau poursuit : « C’est difficile à réaliser. Nous prenons les courses les unes après les autres. Pour l’instant, il ne nous a jamais déçus. C’est un cheval exceptionnel, une force de la nature. Grâce à lui, tous ses propriétaires vivent un rêve éveillé. Cette course doit lui permettre de renforcer encore un peu plus son C.V. de futur étalon. » L’Amérique de 2020, avant l’arrivée du Covid-19, livrait un spectacle saisissant, celui d’un pays avec des syndicats de propriétaires de haut vol et allocations très élevées. Arthur Hoyeau explique : « C’est un pays très libéral avec un économie qui rebondit rapidement. C’est parfois déconcertant vu d’Europe. Les États-Unis seront peut-être aussi le premier pays occidental à sortir du confinement. En ce qui concerne les courses, je crois qu’elles sont le reflet du pays dans lesquelles elles sont organisées. Ici mon travail se concentre plutôt sur les jeunes chevaux – yearlings et 2ans – et les sujets d’élevage pour une clientèle transatlantique. Il y a déjà beaucoup de courtiers sur le marché des chevaux à l’entraînement et c’est la raison pour laquelle j’ai choisi un autre positionnement. Un certain nombre de propriétaires américains font courir en Europe. Et réciproquement, avec des Européens qui ont des chevaux aux États-Unis. Comparativement à ce que nous avons pu connaître par le passé, il y a moins de propriétaires américains à la tête de gros effectifs en France. Mais il y a en revanche un nombre finalement assez élevé d’Américains qui ont un ou plusieurs chevaux à l’entraînement dans l’Hexagone. C’est aussi le cas en Angleterre. Il est vrai que ceux qui ont des sujets de gazon ont désormais beaucoup d’engagements et d’allocations aux États-Unis. Au point qu’il est même très intéressant d’envoyer un cheval européen là-bas pour y faire carrière. »

Ça bouge sur le gazon américain. Au sujet de son implication dans la filière américaine, Arthur Hoyeau poursuit : « C’est un pays central dans le monde des courses. J’ai longtemps œuvré en Australie, un pays qui importe beaucoup de juments américaines. Là encore, c’est un angle de travail et je continue à vendre des juments venant des États-Unis en Australie. En parallèle, mon expérience avec Magic Millions m’a permis de bien développer mon coup d'œil sur les chevaux et de m’imprégner de l’écosystème des courses en Australie, en sus de tisser un réseau de clients important.» Après la vague des années 1970 et 1980, le sang américain revient en force en Europe depuis quelques années, avec la production de Scat Daddy (Johannesburg), Kitten’s Joy (El Prado) ou plus récemment d’American Pharoah (Pioneerof the Nile). Ce phénomène s’accompagne aussi de la montée en puissance du gazon au sein du programme américain : « A Saratoga, les maidens de 2ans de l’année dernière était presque également répartis entre turf et dirt. Il y a une vraie dynamique autour du gazon sur la côte Est. Les chevaux américains peuvent nous apporter la vitesse pure. Ils sont très complémentaires de l’élevage européen, avec des courants de sang différents des nôtres. Pour briller aux États-Unis, il faut montrer de la vitesse dès le départ et être capable de la maintenir jusqu’à la fin du parcours. » La réussite des chevaux européens sur le gazon américain est éloquente et elle ne passe pas inaperçu : « Un certain nombre d’Américains achètent des sujets à l’entraînement en Europe, avec des performances et par conséquent le niveau monte ici. D’autres vont plus loin en les achetant à la source, lorsqu’ils sont plus jeunes. Je pense que cette tendance va se renforcer. »

Le choix de l’Amérique. Beaucoup de jeunes et ambitieux européens ont migré vers l’Australie, un pays considéré comme le nouvel eldorado hippique. Soit le rôle que l’Amérique jouait dans un passé récent... Arthur Hoyeau, qui connait bien ces deux pays, nous a dit : « La situation est moins évidente qu’il n’y parait en Australie. Géographiquement, c’est un pays assez isolé et c’est bien souvent plus eux qui viennent à nous que l’inverse. Alors qu’en étant basés aux États-Unis, le premier marché mondial, on peut commercer avec l’ensemble de la planète course. Des clients et proches m’ont encouragé à me rediriger vers l’Amérique, conscients du potentiel de ce pays. En arrivant en Australie, j’ai eu la chance de travailler rapidement avec Jean-Etienne Dubois. Il m’a beaucoup appris. Nous avons connu, et nous connaissons toujours, une bonne réussite ensemble. Il fait partie des personnes qui m’ont encouragé à tenter l’aventure américaine. » Parmi ses bons achats outre-Atlantique, Arthur Hoyeau cite volontiers, Aurelia Garland (Constitution) : « Une pouliche prometteuse qui avait gagné son maiden très facilement à Belmont à 2ans avant de se blesser. Elle effectue sa rentrée ce week-end pour Rodolphe Brisset et nous avons beaucoup d’espoirs avec elle. J’ai aussi acheté en septembre dernier, à Keeneland, une pouliche par American Pharoah. Top price de la vente d’OBS en mars cette année, elle a été revendue sur un ring à Katsumi Yoshida. »  La saison 2020 aux États-Unis a été marquée par la réussite sur le dirt américain des chevaux acquis dans les breeze-ups européennes. Avec notamment Eté Indien (Summer Front) ou encore Mr Monomoy (Palace Malice) en provenance d’Arqana, soit autant de chevaux en route vers les classiques américains. Arthur Hoyeau poursuit : « Cette réussite a fait beaucoup parler aux États-Unis. Il faut saluer la qualité du travail des pinhookers européens ! Ils achètent beaucoup à Keeneland, des pedigrees souvent polyvalents et pas uniquement cantonnés au turf. Des chevaux bien achetés en Amérique, bien préparés et bien vendus en Europe, qui repartent aux États-Unis. Le fait que cela se répète interpelle les Américains. »