« Plus comme avant ! »

Institution / Ventes / 04.04.2020

« Plus comme avant ! »

Par Benjamin Boitez, propriétaire et éleveur de galopeurs

« Les temps que nous vivons sont historiques. On s’en souviendra. Longtemps. Le temps présent doit être vécu avec le plus grand pragmatisme et réalisme. Le temps futur doit être réfléchi et pensé pour redémarrer au plus vite mais aussi pour redonner vie aux courses et à la filière cheval. Le mélange de ces deux temps doit se faire dans le respect inconditionnel des autres et avec un esprit de solidarité sans faille. Éloignons donc nos esprits polémiques naturels pour nous consacrer, d’une part, au maintien des activités d’entraînement dans les plus strictes conditions de sécurité pour tous les acteurs et, d’autre part, à la reprise des courses sur hippodrome (le virtuel, sans l’écarter, attendra encore un peu).

Cela est d’autant plus nécessaire que la filière hippique, et nos institutions, n’ont jamais été autant menacées, déstabilisées. Les périodes équivalentes n’existent pas, et même si nous sommes « en guerre », les parallèles sont impossibles avec de tels évènements passés tant les époques, la société toute entière, sont complètement différentes.

Cette société par ailleurs risque de se réveiller exsangue pour aller « consommer » du jeu hippique. Exténués aussi, les investisseurs et les futurs propriétaires qu’il est déjà si difficile de conquérir. Ensemble, nous avons fait preuve depuis le début de la crise d’un courage et d’une grande réactivité face aux défis, et ceux-ci doivent être poursuivis avec la lucidité la plus expiatoire de nos erreurs passées.

Ainsi, il n’est pas possible d’imaginer un seul instant que la reprise des courses se fasse sans une pleine et totale dotation aux encouragements tels que prévus au budget de France Galop. Les dispositifs mis en place par l’État pour soutenir l’économie doivent naturellement aider tous les acteurs de la filière, et les propriétaires, assujettis ou pas, ne doivent en aucun cas subir plus que la perte des encouragements passés par la trappe du confinement. Ce serait comme étouffer un asthmatique en pleine crise.

Pour le PMU, le cas des GPI et de leurs opérateurs internationaux doit être traité une bonne fois pour toutes avec les sociétés mères. Jusqu’à preuve du contraire (le PMU n’est pas encore une S.A.), elles sont les mandants de ce GIE et donc les décideurs finaux. Le rapport de la Cour des comptes ainsi que le rapport du député Jean Arthuis ont démontré sans équivoque qu’une soulte, que l’on peut estimer à plus de 160 millions d’euros par an (sur la base des

793 millions d’euros joués par les GPI en 2017), est prise aux parieurs français (TRJ amoindri de 2 points en moyenne) mais prive aussi la filière tout entière d’une source de financement naturelle, rendue encore plus vitale par la crise que nous vivons. Nous devons stopper au plus vite cette « hérésie » commerciale qui spolie tout notre écosystème et le pervertit. La Suède l’a fait il y a quelques années, et les résultats sont démontrés. Aucune tergiversation n’est possible.

Cette décision pour le PMU doit aussi s’accompagner d’une nouvelle politique de relance des enjeux, qui s’appuiera à la fois sur un TRJ restauré (celui des parieurs « mutuels » français) et sur le développement de nouveaux jeux par, notamment, une plus forte contribution du « online ». Cette dernière partie est clairement une leçon de cette crise, nous n’avons pas à l’image des pays asiatiques suffisamment développé ce vecteur de prise de paris. La politique commerciale du PMU doit être renouvelée dès la reprise, et elle doit proposer des jeux innovants, plus en phase avec la société et ses (nouvelles ?) coutumes et envies de jeux.

Enfin, encore un point d’importance (il y en a certainement d’autres à mettre sur la table), il conviendra de parler dopage. Ce dossier ne doit plus être confiné. Il doit disposer de moyens nouveaux, techniquement et stratégiquement, pour combler son retard sur les tricheurs.

Lesquels doivent être éradiqués. C’est notre virus, et nous devons nous en immuniser une bonne fois pour toutes.

Cette reprise doit marquer le début d’un renouveau dont nous avons tous besoin. Revenir à l’essentiel, reprendre notre indépendance, renouer avec nos producteurs et nos consommateurs locaux, et construire une nouvelle vie, une nouvelle ère… plus comme avant. »