Privilégier le court terme et les propriétaires

Institution / Ventes / 08.04.2020

Privilégier le court terme et les propriétaires

Privilégier le court terme et les propriétaires

Par Patrick Fellous,

membre du Syndicat national des propriétaires, président de l’Association régionale des propriétaires de chevaux de courses au Galop de l’Île-de-France du Nord et de la Haute-Normandie

« En ces périodes de crise, et au-delà des drames humains qu’elles entraînent au quotidien, il faut continuer à regarder vers l’avenir et dès lors, pour nous acteurs de la filière des courses en France, deux principes sont prioritaires.

1. Il faut privilégier le court terme, soit les huit mois à venir dont va dépendre notre avenir. Si nous les gérons correctement, la filière repartira rapidement et les conséquences seront minimisées. Si nous les gérons mal, c’est-à-dire si nous optons pour un retour très progressif des courses avec des allocations réduites, les conséquences risquent d’être irréversibles. L’exemple de l’Italie cité par M. Raimondi dans vos colonnes doit nous interpeller.

Moindre conséquence d’un tel choix, un possible retour à la normale prendrait des années, avec entre-temps l’arrêt d’activité de nombre de socioprofessionnels.

2. Il faut s’occuper prioritairement de ceux qui alimentent quotidiennement le moteur, à savoir les propriétaires. S’ils restent actifs, alors les entraîneurs, les jockeys et les éleveurs survivront. S’ils disparaissent, alors les entraîneurs, les jockeys et les éleveurs disparaîtront.

Nous savons que le virus actuel frappe plus durement les populations fragilisées.

De la même façon, les conséquences d’une telle crise seront différentes selon l’état de santé préalable de la population des propriétaires.

Qu’en est-il ?

En 2019 près de 80 % des chevaux ayant couru en France n’ont pas gagné de quoi amortir leur prix de pension (sur base de 16.800 € annuel), sans même penser à leur prix d’achat.

GAINS DES CHEVAUX FRANÇAIS EN 2019 - PLAT ET OBSTACLE CONFONDUS

Gains nets 2019 (€) par cheval Nb de chvx ayant couru % de chvx ayant couru % des alloc. + primes prop. % du nb de partants

0 3.111 23,4 % 0 % 9,4 %

1 à 16.799 7.251 54,6 % 27,4 % 54,3 %

= ou > à 16.800 2.927 22 % 72,6 % 36,3 %

Total 13.289 100 % 100 % 100 %

GAINS DES PROPRIÉTAIRES EN FRANCE 2019 - PLAT ET OBSTACLE CONFONDUS

Gains nets 2019 (€) par cheval Nb de propriétaires % en nombre % des alloc. + primes prop.

0 947 16 % 0 %

1 à 16.799 4.618 78 % 64 %

= ou > à 16.800 353 6 % 36 %

Total 5.918 100 % 100 %

Pour les propriétaires, plat et obstacles confondus, 6 % seulement ont gagné par cheval plus que le prix de pension, là également compte non tenu du prix d’achat, ou du prix de revient pour ceux qui élèvent.

Confrontés à des situations financières qui demanderont des arbitrages sur le court terme voire le moyen terme, nombreux sont les propriétaires qui risquent de suspendre partiellement ou totalement ce qui est donc une dépense pour une grande majorité d’entre eux.

Et ils seront d’autant plus nombreux à le faire si, durant la même période, leur espoir de "retour sur dépenses" est momentanément aboli puis ne retrouve pendant des mois qu’un taux encore plus réduit.

Le Syndicat des propriétaires a très vite demandé le versement d’une compensation par cheval. Une compensation forfaitaire mise à disposition des entraîneurs puis versée aux propriétaires souhaitant en bénéficier, et ce pour leurs seuls chevaux toujours à l’entraînement à la date de la reprise officielle.

Cette proposition a pour objectif d’assurer le maintien à l’entraînement d’un maximum de chevaux et donc une reprise rapide et uniforme de l’activité, indispensable pour remotiver les turfistes.

La reprise des enjeux ne sera toutefois que très progressive au cours des prochains mois.

Un ajustement, même partiel, du niveau des allocations à celui des enjeux serait suicidaire : nous souhaitons le maintien intégral des allocations telles qu’elles ont été prévues au budget.

Une aide de trésorerie via les prêts garantis à 90 % par l’État à des taux proches de zéro et sur des durées longues est, pour les sociétés mères, la seule solution à court terme pour leur financement.

Ce prêt, auquel il faut ajouter l’utilisation possible d’une partie des réserves de l’Institution, doit permettre non seulement le financement des allocations durant ces quelques mois, mais également les investissements spécifiques qui seront nécessaires sur plusieurs mois pour remettre totalement la machine en marche.

Notre Président a déclaré dans vos colonnes que si des efforts internes étaient à faire, ils seraient équitablement partagés entre tous.

Nous rappelons que la baisse des allocations en 2018 fut, pour les seuls propriétaires de plat, de 12,1 M€, payés par les non assujettis à la TVA pour 4,5 M€, et par la baisse des primes aux propriétaires pour le solde.

France galop pourrait alors, dans le cadre de cette équité, à l’instar de ce que l’on voit déjà aux USA et en Australie, proposer à l’European Pattern Committee et éventuellement aux instances hippiques internationales, que toutes les courses principales participent activement à la reprise de l’activité hippique en abondant un plan de reprise dans chaque pays via :

* 30 % du nominal de toutes les courses de Groupe 1

* 20 % du nominal de toutes les courses de Groupes 2 et 3

* 10 % du nominal de toutes les listeds

et ce sur une année entière.

On peut chiffrer la masse financière pour nous à quelque 10 M€.

Cela permettrait jusqu’à la fin de l’année le financement de courses supplémentaires par rapport au programme déjà défini.

Sans déroger, pour optimiser les enjeux, au maintien de 15 minutes minimum entre deux courses Premium sur Equidia (qui sera un vecteur fondamental de la reprise pour les turfistes) il est tout à fait possible de programmer quatre réunions Premium françaises par jour. Ce sont donc plus de 300 courses Premium au nominal de 20.000 € et plus de 200 courses PMH au nominal de 10.000 € dispatchées sur toute la France qui pourraient s’ajouter au programme habituel.

La régionalisation de la programmation, incluant la totalité du programme ainsi redéfini, est indispensable pour assurer une cohérence nationale dans la reprise de l’activité. Elle facilitera aussi le travail des entraîneurs et des jockeys tout en minimisant leurs coûts et ceux des propriétaires.

Ces propositions ont prioritairement pour objectif de traverser la tempête avec un minimum de dégâts.

Dès que la situation sanitaire le permettra, il sera temps d’entamer des réflexions plus profondes au sein de notre Institution pour rationaliser et optimiser de nombreux paramètres et nous adapter aux évolutions économiques techniques et sociétales que cette crise engendrera au sein de notre environnement. De quoi aborder la prochaine décennie avec un maximum d’atouts. »