Shamardal, un monument tire sa révérence

Élevage / 16.04.2020

Shamardal, un monument tire sa révérence

Darley a annoncé ce jeudi la disparition du grand étalon Shamardal (Giant’s Causeway), à l’âge de 18ans. Il a dû être euthanasié alors qu’il officiait cette année en Irlande à Kildangan Stud. Champion en piste et au haras, c’est une immense perte pour l’élevage mondial

L'histoire de Shamardal commence à la fin des années 1980. Le cheikh Mohammed Al Maktoum s'était alors offert Helen Street (Troy), future deuxième mère de Shamardal. Cette lauréate des Oaks d’Irlande (Gr1), issue d’une sublime souche Ballymacoll, lui a donné un étalon de premier plan, Street Cry (Machiavellian). Mais en 1999, alors que ce dernier était encore yearling, sa sœur propre sœur Helsinki (Machiavellian) fut bradée pour 27.000 Gns (43.000 € à l'époque).

Un départ mouvementé. Suite à cet achat, la jeune poulinière est arrivée en France, au haras de Bernesq. Et elle est allée à la rencontre de Giant's Causeway (Storm Cat) lors de son unique saison en Europe. Le futur Shamardal, racheté foal 465.000 $ (471.000 €), a ensuite développé la "maladie du chien". Une fois guéri, il a été présenté à la vente Tattersalls Houghton, pour le compte de la compagnie d'assurance qui avait indemnisé l'éleveur. C'est pour 50.000 Gns (82.000 €) qu'il est revenu sous pavillon dubaïote, dans un premier temps sous la casaque d'Abdulla Buhaleeba, avec laquelle il a remporté ses deux premières courses à 2ans, dont les Vintage Stakes (Gr2). Shamardal est ensuite passé sous les couleurs du cheikh Maktoum Al Maktoum et il a terminé son année de 2ans sous l’entraînement de Mark Johnston en remportant les Dewhurst Stakes (Gr1). Peu après, sa mère, Helsinki, a été acquise par Coolmore pour 3,9 millions de dollars (3,2 M€).

Les classiques français peuvent le remercier. À 3ans, Shamardal a rejoint l’effectif de Saeed bin Suroor pour y porter la casaque bleue de Godolphin. Après un naufrage sur le dirt de l’UAE Derby (Gr3), le 26 mai 2005, le 3ans a repris la direction des classiques européens. Après avoir remporté la Poule d’Essai des Poulains (Gr1) de peu, devant Indesatchel (Danehill Dancer) et Gharir (Machiavellian), deux chevaux qui n’ont pas confirmé à ce niveau par la suite, Shamardal a en revanche remporté, avec Lanfranco Dettori, un Prix du Jockey Club (Gr1) de premier plan, devant Hurricane Run (Prix de l'Arc de Triomphe, Derby d’Irlande, Tattersalls Gold Cup et King George VI & Queen Elizabeth Diamond Stakes, Grs1) et Laverock (Prix d'Ispahan et Gran Premio Del Jockey Club, Grs1).

Cette édition du Derby français fut la première sur 2.100m. Et les succès de Shamardal au haras ont été un prélude à la bonne tenue, voire à la réussite, de ceux qui l’ont suivi au palmarès de ce classique (Le Havre, Lope de Vega, Intello, Lawman… ont tous donné des lauréats de Gr1 à 3ans en Europe). Aujourd’hui, le Jockey Club est considéré comme une stallion making race à l’étranger et Shamardal y est pour beaucoup ! Sa carrière sportive s’est terminée au mois de juin de ses 3ans par une victoire dans les St James's Palace Stakes (Gr1).

Sa plus grande réussite, le haras. Shamardal est entré au haras à 40.000 € en 2006, juste avant que la précédente crise ne vienne frapper la planète. Son dernier tarif officiel, en 2015, était de 70.000 €. Une belle affaire au regard de la suite de sa carrière de reproducteur ! À ce jour, il a donné 234 black types, dont 25 gagnants de Gr1. Il est difficile de citer tous les bons chevaux de sa production, tant ils sont nombreux. En 2019, il a donné trois poulains de 2ans invaincus et lauréats de Gr1 : Pinatubo (Dewhurst Stakes & Goffs V. O'Brien National Stakes, Grs1), Victor Ludorum (Qatar Prix Jean-Luc Lagardère, Gr1) et Earthlight (Juddmonte Middle Park Stakes & Darley Prix Morny, Grs1). Sans oublier Blue Point (Shamardal), auteur du rarissime doublé King's Stand & Diamond Jubilee Stakes (Grs1). Selon les ratings, le meilleur des Shamardal est le champion de Hong Kong Able Friend (Hong Kong Mile, Queen's Silver Jubilee Cup, The Champions Mile & The Stewards' Cup, Grs1).

Il va rester dans l’histoire. Issu de sa première génération, Lope de Vega (Shamardal) avait réalisé comme son père le doublé Poule d’Essai & Jockey Club, mais dans un style éblouissant. Ce dernier, en pleine réussite à Ballylinch Stud, a immédiatement imposé son géniteur en tant que père d’étalons. On trouve déjà plus de 20 de ses fils au haras, dont quatre en France : Bow Creek (haras du Logis), Doha Dream (haras du Hoguenet), Dariyan (Aga Khan Studs) et Sommerabend (haras de Saint Arnoult). Mais Shamardal est aussi un père de mère en pleine explosion, avec déjà cinq gagnants de Gr1 issu de ses filles : Awtaad (2.000 Guinées d’Irlande), Hello Youmzain (Sprint Cup), Latrobe (Derby d’Irlande), Mighty High (Allan Robertson Championship) et Pretty Pollyanna (Darley Prix Morny).

Retrouvez dans notre prochaine édition notre grand hommage à Shamardal