Solidaires, mais vigilants

Autres informations / 03.04.2020

Solidaires, mais vigilants

Solidaires, mais vigilants

Par Émilie Lafeu, propriétaire et éleveur

« Solidaires, nous l’avons toujours été. Dans l’histoire récente, nous avons participé à la rénovation de Longchamp ou encore la reconstruction de Notre-Dame, parfois malgré nous. La situation que nous vivons actuellement est extraordinaire, chacun d’entre nous en est conscient, et chacun s’accorde à dire que la gestion de la crise par l’Institution a jusqu’à maintenant été bien menée. La question de la reprise des courses est sur toutes les lèvres et déjà d’autres sujets d’inquiétudes apparaissent, et pas des moindres. Le premier d’entre eux est que si nous acceptons de courir avec des allocations réduites de moitié, nous prenons un risque considérable : celui de ne jamais retrouver des montants dignes de ce nom. L’idée de courir pour des allocations inférieures jusqu’à la réouverture des points de vente PMU semble malheureusement faire son chemin. Mais il faudra rester vigilants et veiller à ce que, dès la fin de la crise, les allocations reviennent à leurs montants du début d’année 2020. La tentation pour l’Institution de ne les rehausser que légèrement après le retour à la normale pourrait être grande. Qu’allons-nous faire, nous, propriétaires, éleveurs, entraîneurs et jockeys, si au retour à la normale les allocations ont finalement enregistré une baisse de l’ordre de 20 à 30 % ? Dans quel état sera alors la filière ? Je n’ose imaginer combien d’entre nous vont rester sur le carreau. Le manque à gagner pour les propriétaires qui, comme moi, ont des chevaux à l’entraînement ou en pré-entraînement est énorme, et cela ne paraît pas concevable qu’une nouvelle fois ce soit toujours aux mêmes de faire l’effort pour regonfler les caisses du PMU, cette entité qui, au passage, se moque de nous en affirmant que le huis clos affecte son activité...

Demander un effort aux petits dès la reprise des courses me paraît donc quelque peu "déplacé", et je pèse mes mots... Beaucoup d’entre nous, par solidarité (la vraie, pas celle de salon) envers les entraîneurs et le personnel, ont maintenu leurs chevaux à l’entraînement avec l’espoir d’être prêts dès la réouverture. Mais prenons le cas des chevaux de handicap qui, dès la reprise, remportent leur course et perçoivent la moitié, voire peut-être moins, que ce qu’ils auraient dû, tout en étant pénalisés de plusieurs kilos. Les gains couvriront à peine les dépenses, et surtout, que faire de ces chevaux ensuite, quel programme leur donner ? Ils seraient en réalité les grands perdants de cette crise. Autant les retirer alors tout de suite de l’entraînement, idem pour les maidens. Baisser les allocations pour les courses black types cela aurait plus de sens, cela concerne moins de chevaux et surtout leurs propriétaires ont globalement les reins plus solides.

Pour nous aider, au lieu de réduire le montant des allocations, l’Institution devrait se battre pour que la TVA repasse à 5,5 % ou à 7 %, et que les cotisations sociales soient gelées et non reportées. Ce serait la première des choses à faire.

Au sujet des courses en elles-mêmes, qu’est-ce qui pourrait empêcher une reprise à huis clos début mai si toutes les règles sanitaires sont respectées ? Rien. Testons préalablement toutes les personnes amenées à se trouver sur l’hippodrome et continuons à suivre les directives du ministère de la Santé. En étant irréprochables, rien ne pourrait aller contre une reprise début mai. »