TRIBUNE LIBRE - Covid-19 vs courses hippiques françaises : décisions catastrophiques

Courses / 26.04.2020

TRIBUNE LIBRE - Covid-19 vs courses hippiques françaises : décisions catastrophiques

Par Hubert Harivel, propriétaire et éleveur

« Confinement oblige, les passionnés de chevaux et de courses hippiques dont je suis pourront apprécier les archives Larousse des Journaux des années 1966 à 1992 (éditions 1967 à 1993), via les liens donnés à la fin de ce billet. Elles n’existent plus depuis 1994.

Ces données précieuses pourront également inspirer nos dirigeants. L’histoire se répète, les mêmes maux produisent les mêmes effets. Diriger c’est anticiper, et non attendre que les problèmes récurrents arrivent, ou les mettre sous le tapis en espérant qu’ils ne soient pas découverts, tout se sait. Tant à changer dans les courses, l’État le sait très bien, il demande des réformes en contrepartie d’aides, mais il n’est pas indemne de toute responsabilité, dans la crise Covid-19 ou pour le Nouveau Longchamp. À nos divers dirigeants de défendre l’intérêt général. Ils devront rendre des comptes tôt ou tard, mais déjà leurs noms sont inscrits dans l’histoire de France, ou des courses françaises.

Justement, les courses françaises ont exécuté les ordres binaires, tout ou rien (le 15 mars allez tous voter, le 16 mars tout le monde confiné ! Avant, rien ou presque contre le virus), donc plus aucune course en France depuis le 17 mars, pour deux semaines minimum ...

Première grosse erreur : il fallait s’y opposer et maintenir une réunion premium quotidienne en France avec Quinté à huis-clos, voire deux premium, surtout dans le tiers ouest de la France, toujours peu touché par le virus. En respectant la parité moitié galop, moitié trot.

Cela s’appelle la gestion de risques, pratiquée partout, centrales nucléaires, lignes THT, bâtiments, avions, armée, médecine, médicaments, banques, assurances, etc.

Bénéfices estimés ? Au moins 5 millions d’enjeux PMU supplémentaires par jour, 300 millions pour deux mois, sans compter la perte du lien avec les turfistes français (avec une reprise nominale, ce qui ne sera pas le cas, les crises précédentes moins graves ont fait baisser les enjeux de 15 % à 20 %).

Risques sanitaires estimés ? (Très) faibles, d’autant plus pour les moins de 25 ans, transports par camions ou voitures. Il suffisait de rajouter des tests réguliers avant d’aller aux courses, puis de contrôler la température à l’arrivée sur l’hippodrome. Sauf que, pas de tests (ni de masques) et les thermomètres sont cassés ! Le conseil scientifique aurait dû être sollicité depuis des semaines.

Il devient urgent d’exiger ces premium avant le 11 mai, sinon deux week-ends de trois jours vont encore être perdus. Les décideurs politiques, ayant forcé le trait pour tenter de rattraper leurs erreurs, ne peuvent exiger des sacrifices énormes des acteurs des courses, qui vont s’effondrer. Toujours pas d’accords ni d’aides après six semaines ! Quand elles seront effectives, il faudra rembourser, au lieu de convenir d’une dette annulable, abondée directement par la B.C.E. qui fabrique des centaines de milliards pour les États et les banques ! Aux responsables de corriger le tir, sinon de régler l’addition. À certains dirigeants des courses de mieux se battre.

Une deuxième vague du virus, voire de confinement est probable (début juin, l’hiver prochain ?). Hors de question que le programme réduit de courses (nombre, allocations, un désastre annoncé) jusqu’au 31 août ne soit pas couru ; pire, qu’aucune réunion premium en France n’ait à nouveau lieu.

Deuxième grosse erreur : ne pas avoir utilisé davantage, ou plus massivement, le recours au chômage partiel dans les écuries, normalement pris en charge par l’État. Vers le 25 mars, il est apparu que le confinement durerait six semaines, soit jusqu’au 4 mai. Pas suffisamment de chevaux sont partis au repos, mauvaise stratégie. Les pensions dépensées par leurs propriétaires le sont en pure perte, elles ne seront jamais réinvesties. Un passage au repos, un mois (sans conséquence pour un cheval prêt), voire davantage, aurait limité les dégâts.

Plus les informations arrivent (reprise probable le 11 mai, moins de handicaps et de réclamers, suppression de presque toutes les réunions P.M.H., une catastrophe), plus le nombre de chevaux entraînés pour rien augmente, et moins les propriétaires reviendront.

Il faut être réactif et trouver un équilibre salutaire entre chevaux entraînés et mis au repos. Nul besoin de demander le remboursement d’argent mal dépensé, s’il n’a pas été dépensé.

France Galop a-t-il mis en chômage partiel ses 26 "hauts-responsables" gagnant ou coûtant 25.000 € par mois (coût 8 millions par an) pour reconduire les mêmes erreurs tous les ans ? Ont-ils travaillé gratuitement pour soutenir la filière ? Leurs salaires vont-ils être divisés par cinq ?

Troisième grosse erreur : le PMU n’a pas suffisamment agi, pas aussi défendu le premium France. Les bornes PMU vont dormir des mois dans les hippodromes parisiens, elles seraient mieux dans des points presse tabac d’Île-de-France. Mon compte PMU m’a été supprimé il y a quelques mois, pour absence de jeux. Mon compte Zeturf était dans la même situation. Zeturf m’a proposé de me donner 50 € si je remettais 100 €. J’ai accepté, je rejoue un peu. Entendre le PMU dire : « Je n’ai pas de recette, je ne peux pas donner d’allocations (flux tendu) » est irrecevable. Utilisez les 100 millions de réserves du PMU. Celles de France Galop (600 millions il y a environ 10 ans) ayant fini comme nos masques….

Quatrième grosse erreur : les pensions d’un cheval au repos sont devenues trop chères, en moyenne 13 € H.T. par jour, soit 440 € T.T.C. par mois ! De quoi vous sauver du milieu, de vous débarrasser de votre cheval après l’avoir retiré de l’entraînement, sachant que vous n’avez plus de courses PMU et encore moins P.M.H.  Trop profitent de la crise, ou non. Où est la solidarité ? Qu’on ne parle plus d’union. En décembre, crise financière imminente (le virus a fait pire), j’ai anticipé et baissé le prix de saillie de mon étalon anglo-arabe par 2, par 4 pour une seconde jument. Début janvier, j’ai vendu avec mes associés ma dernière jument de course.

Cinquième grosse erreur : pas de courses P.M.H. pendant des mois, sous prétexte que pas de public pour les sociétés de courses. Irresponsable, impardonnable, cela va tuer la moitié de la profession, stratégie suicidaire. Etc.

En pleine pandémie Covid-19, trop de décisions catastrophiques, politiques, collectives et individuelles vont porter un coup terrible aux courses françaises, fatal pour des centaines d’acteurs et de chevaux, pour les recettes et taxes futures. Pourtant, les alertes ont été nombreuses depuis des années, les problèmes récurrents subsistent et devront être traités, avec surcoût.

À court terme, il faut défendre le retour aux premium France dès que possible, puis, dans leur durée, le retour des courses P.M.H. (même à huis-clos), le maintien des enveloppes d’allocations (si moins de courses, augmenter les nominaux), même sans bars PMU ouverts, même sans public.

Comme dans tous les milieux professionnels et étatiques, les pertes actuelles et futures de la filière hippique, tant que la situation ne sera pas redevenue normale (12 à 18 mois), sont à assumer par une dette, soit classique mais qui doit être annulée *, soit directe par la B.C.E. **.

* la B.C.E. fait déjà marcher la planche à billets par centaines de milliards, pour les États et banques (la F.E.D. américaine le fait par milliers de milliards depuis des mois pour éviter l’explosion du système financier, qui fatalement arrivera).

** la BCE verserait ces milliards directement aux acteurs (commerçants, artisans, socioprofessionnels, sociétés de courses, etc.). On parle de "monnaie hélicoptère".

Le Covid-19 ne doit pas être l’occasion de faire travailler davantage les travailleurs ou de les pousser à la faillite ou au chômage, surtout quand on sait qu’il suffit notamment de fabriquer de la monnaie pour réguler les crises naturelles, ou provoquées.

La France, France Galop, etc., sont bien malades. Les soignants, je ne les applaudis jamais à 20 h pour retourner ensuite dans mon canapé regarder la télé. Je suis à leurs côtés depuis un an, dans la rue, comme encore ce 14 février, de l’hôpital Necker à la Salpêtrière (hôpital Rothschild A.P. H.P. présent), pour demander des moyens et s’occuper du virus, plutôt que de la réforme forcée des retraites, des municipales, des sondages. Le virus est arrivé, des centaines de milliards sont partis en fumée, il aurait fallu partager un peu avant pour relancer la consommation, la construction, etc... L’Histoire est écrite.

Les courses dans le Journal de l’Année publié par les éditions Larousse

Édition 1967 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1967/372/les_courses)

Édition 1968 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1968/378/les_courses)

Édition 1969 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1969/349/les_courses)

Édition            1970 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1970/358/les_courses)

Édition            1971 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1971/404/les_courses)

Édition            1972 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1972/414/les_courses)

Édition            1973 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1973/386/les_courses)

Édition            1974 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1974/381/detente)

Édition            1975 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1975/358/detente)

Édition            1976 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1976/356/detente)

Édition            1977 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1977/337/detente)

Édition            1978 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1978/360/detente)

Édition            1979 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1979/365/detente)

Édition            1980 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1980/344/detente)

Édition            1981 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1981/331/detente)

Édition            1982 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1982/353/detente)

Édition 1983 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/fin_1982/150/hippisme)

Édition 1984 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1984/227/tendances#D36063)

Édition 1985 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1985/205/loisirs)

Édition            1986 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1986/9/panorama#D40872)

Édition 1987 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1987/188/disciplines)

Édition 1988 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1988/197/disciplines)

Édition 1989 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1989/196/l_actualite_sportive_les_palmares_les_records_les_champions)

Édition 1990 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1990/205/disciplines)

Édition 1991 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1991/95/le_point_sur)

Édition 1992 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1992/101/le_point_sur)

Édition 1993 (https://www.larousse.fr/archives/journaux_annee/1993/136/hippisme)