TRIBUNE LIBRE - Mon souvenir de ce premier dimanche d’avril 1943

Courses / 29.04.2020

TRIBUNE LIBRE - Mon souvenir de ce premier dimanche d’avril 1943

Jacques Bara (haras d’Ecajeul), très ému par l’article de Nicole Braem intitulé "La dernière fois que les courses se sont arrêtées plusieurs mois…" tenait à revenir sur cette période dont il a été un témoin direct. Né le 30 janvier 1928, celui qui fut jockey, entraîneur puis éleveur, prenant la succession de son père, Léopold, montait deux courses en fin de réunion lorsque Longchamp fut bombardé, ce 4 avril 1943.

« J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’article de madame Braem publié le 1er avril dans Jour de Galop. Et cela m’a rappelé bien des souvenirs.

En 1940, lors de la débâcle de mai et juin, toutes les courses ont été arrêtées. Elles n’ont repris que timidement au mois de septembre, seulement le samedi et le dimanche, avec Auteuil pour l’obstacle, et pour le plat Maisons-Laffitte, là où j’ai débuté en 1941, et Longchamp. Maisons-Laffitte a ensuite été fermé, trop exposé aux bombardements. Il fut remplacé par Le Tremblay, l’hippodrome sur lequel j’ai remporté ma première course, en 1943.

Je n’ai monté qu’à une seule à reprise à Longchamp, le premier dimanche d’avril 1943. Ce jour-là, au moment où les concurrents de la première course se rendaient au départ, une escadrille de bombardiers américains survolait la capitale. La batterie de D.C.A. allemande installée sur la pelouse a alors tiré sur les avions. L’un d’eux s’est détaché, a fait demi-tour, pour larguer ses bombes sur le champ de courses avec de nombreux morts. Après un long moment d’hésitation, la réunion a tout de même repris. Comme il y avait un trou causé par le bombardement près du petit bois, les parcours ont été modifiés. Longchamp devenu impraticable, il a été par la suite décidé de créer une ligne droite à Auteuil. La piste de haies fut coupée en deux, le côté corde laissé à l’obstacle et l’extérieur au plat, la sortie du dernier tournant était d’ailleurs très difficile à négocier. Je me souviens que, lors des dimanches à Auteuil, de nombreux soldats étaient présents, les courses les intéressaient beaucoup.

C’est de cette manière que se sont poursuivies les courses jusqu’à la libération de juin 1944. »