Un Grand Steeple en juin : vos réactions

Courses / 12.04.2020

Un Grand Steeple en juin : vos réactions

Suite à notre article sur le Grand Steeple couru en juin (http://www.jourdegalop.com/2020/04/un-grand-steeple-en-juin-est-il-plus-dangereux?q=grand%20steeple&docid=84403), nous avons reçu plusieurs réactions que nous publions ci-dessous. En commençant par celle de François Doumen, qui a connu tous les cas de figure !

François Doumen

« Si j’étais encore entraîneur, je jouerais le jeu ! »

« Tous mes pensionnaires qui ont gagné au mois de juin ont vraiment fait carrière, sauf Ubu III qui, le pauvre, est mort après le poteau. Selon mon expérience, il semble que le Grand Steeple en juin n’ait pas eu d’impact sur la carrière des chevaux. Nupsala a pu répéter après avoir fini deuxième du Grand Steeple, The Fellow a remporté le Grand Steeple en juin avant de gagner plus tard la Gold Cup. Il a même été mis à la retraite parfaitement sain et net, en pleine forme, car nous avions perdu les deux autres mousquetaires sur le terrain. La marquise et moi avions décidé d’arrêter tout à son sujet. Il est vrai qu’une année, alors qu’il faisait très chaud, Nupsala avait titubé après la course. Il n’y a pas de doute qu’un temps moins lourd et moins chaud est beaucoup plus sain pour supporter une course comme le Grand Steeple. Si nous courons le Grand Steeple en juin, ça ne me ferait pas peur. Il faut savoir aussi quel terrain nous aurons à ce moment-là… Mais c’est imprévisible. Va-t-on inonder le champ de courses pour éviter un terrain trop léger, afin de prévenir les tendinites ? Aura-t-on des orages ? Une année, j’étais très optimiste pour gagner le Grand Steeple avec Nupsala, mais nous avons essuyé des orages la veille de la course. Il détestait le terrain lourd et je ne l’ai pas couru à cause de ça. Mais nous avons gagné les Drags huit jours après, car la piste s’était allégée.

Si j'étais encore entraîneur, je jouerais le jeu de courir au mois de juin, tout en pensant qu’avec plus de fraîcheur, on ne peut qu’y gagner. Le seul qui a eu un vrai pépin en gagnant le Grand Steeple, c’est First Gold. Il a gagné avec Thierry en 1998 et il n’a pas recouru avant 2000. Et c’était la première année où la course se courait en mai ! Il faisait chaud et beau, nous avons gagné et le lendemain j’ai pleuré pour les jambes de mon cheval. Il a été un peu plus d’un an au pré et s’est réparé parfaitement. Je peux vous dire qu’il allait aussi bien dans le terrain léger car, lorsqu’il a gagné la Punchestown Gold Cup (Gr1), à la fin de sa carrière, ses jambes n’avaient jamais bougé et c’était de la route en Irlande. Son propriétaire, John-Patrick McManus, ne voulait pas courir, mais j’étais très confiant. Il était devenu dur comme fer et il a gagné. Comme quoi, on ne détient jamais la vérité. Il y a des moments où il faut prendre de vrais risques qui payent ou pas. »

Guilain Bertrand, gentleman-rider, propriétaire et permis d’entraîner

« Un échantillon trop réduit pour être valable statistiquement parlant »

« Je n’aurai pas de chevaux à engager dans le Grand Steeple mais je me permets quand même de vous écrire. Le fait est qu’il n’y aura pas le choix, donc la course se tiendra sûrement en juin. Les entraîneurs préféreront à coup sûr courir au moins une fois avant d’aller sur la belle.

À l’heure actuelle, il semble plus intéressant de chercher comment éviter le plus de blessures. Rapidement il faut penser à l’arrosage de la piste qui est suffisamment performant pour obtenir une piste bien souple le moment venu, et régulière. C’est d’autant plus facile que la piste aura finalement été bien préservée au moment de la pousse de l’herbe.

De plus ne faut-il pas envisager une course le matin tôt si la météo annonce des fortes chaleurs ? Cela se fait de plus en plus. Dommage pour le spectacle et les parieurs mais la sécurité avant tout, non ? Peut-être serait-il possible à titre exceptionnel d’ouvrir les enjeux la veille ? Enfin il y a des leviers possibles pour avoir un Grand Steeple dans de bonnes conditions. Mes arguments n’ont rien de nouveau.

Ce qui m’amène donc à vous écrire, c’est simplement pour vous dire que les pourcentages sur lesquels vous vous appuyez pour étayer votre article ne veulent pas dire grand-chose en termes de statistiques. C’est bien d’avoir donné des exemples, mais en termes de chiffres, les échantillons (3 premiers de 11 épreuves) sont beaucoup trop petits pour être fiables.

En fait, pour les années 87/97, vous avancez un pourcentage de 21 % de chevaux qui ne recourent pas, mais avec un calcul de l’intervalle de confiance, cela peut représenter en réalité dans la population entière entre 7 % et 35 %. Pour la période allant de 1998 à 2008, cet intervalle de confiance est compris entre 12 % et 42,5 %.

En résumé, on ne peut pas vraiment tirer de conclusion avec des écarts statistiques aussi grands. En prenant un échantillon plus grand (tous les partants), cela réduira grandement les écarts et permettra éventuellement de tirer des conclusions scientifiques. »

Stéphane Milaveau, éleveur

« Un problème par rapport aux conditions climatiques »

« Cela peut être un problème de courir en juin, non pas pour le programme, mais pour les conditions climatiques (assèchement des sols, fortes chaleurs déconseillées pour nos chers sportifs vu l'effort qu'ils doivent produire pour cette course). »

Jacques Sorriaux, propriétaire

« Pas déraisonnable »

« Le Grand Steeple s’est couru pendant des décennies en juin et la Grande Course de Haies début juillet, sans incident particulier. Le Grand Steeple 2018, pourtant couru en mai, a vu les trois premiers être absents à la rentrée et même au-delà. Le problème qui se pose réside dans la chaleur et les pistes rapides, mais fin mai, on peut constater des chaleurs estivales (voir le Jockey Club de 2019 couru le 2 juin et dont les deuxième et troisième ne sont pas réapparus).

Un report mi-juin ne me paraît pas déraisonnable, d’autant que la météo peut être plus favorable, et les entraîneurs pouvant toujours ne pas engager un cheval si le terrain ne convient pas. »

Yves Décrion, éleveur, propriétaire

« Fin juin, c’était très bien ! »

« Il était très bien le Grand Steeple de fin juin. Ce qui était débile, c’était de courir le deuxième dimanche de juillet. Et ce qui est archi-débile au jour d’aujourd’hui c’est de courir à Auteuil en août ! Après on s’étonne d’avoir beaucoup de casse… »

Nicolas Jehle, passionné

« Protéger les chevaux avant tout »

« Protéger encore et toujours les chevaux doit être le maître mot d'un programme de course. Courir fin juin peut être terrible pour les organismes si les grosses chaleurs sont là. À ce titre si j'étais propriétaire je ne prendrais pas pareil risque. »