Un premier samedi de mai… dans l’Arkansas

International / 27.04.2020

Un premier samedi de mai… dans l’Arkansas

Par Franco Raimondi

Huit heures et demie de voiture et quelques 920 km séparent Churchill Downs d’Oaklawn Park. C’est là que ce samedi, le jour où devait avoir lieu le Kentucky Derby, se tiendra un Arkansas Derby (Gr1) dédoublé en deux épreuves.

La bonne nouvelle pour les propriétaires, c’est que chaque épreuve offrira 500.000 $ (461.800 €) et le barème de points pour le classement de la Road to the Kentucky Derby sera similaire, soit 100, 40, 20 et 10 points. Oaklawn Park, qui avait annoncé que l’allocation passerait d’un million à 750.000 $ (692.500 €), et cela à cause de la perte de revenus liée à la fermeture du casino de l’hippodrome, est parvenu à trouver 250.000 $ pour financer deux courses à 500.000 $.

Un Derby divisé en deux. Pour l’anecdote, le président d’Oaklawn, Louis Cella, porte le même prénom que son arrière-grand-père, qui, en 1916, avait acheté l’hippodrome. Il a réagi très rapidement lorsque Churchill Downs a annoncé que le Kentucky Derby serait reporté au premier samedi de mai. Après avoir enregistré plus de 90 engagements, il a déclaré que la course pouvait être dédoublée, au cas où il y aurait 22 partants ou plus. Et, comme par magie, ce dimanche, 22 partants ont été déclarés. Louis Cella a expliqué : « La crise que nous traversons, et j’inclus le monde du sport dans son ensemble, nous plonge dans une situation totalement inédite. Cela nous amène à prendre des décisions auxquelles nous n’aurions jamais pensé. On recherche la meilleure solution, dans un contexte très délicat. D’un côté le moment est tragique, avec les courses à huis-clos, de l’autre, et c’est tout à fait exceptionnel, nous avons un nombre important de 3ans de haut niveau pour courir l’Arkansas Derby. Il ne fallait pas passer à côté de cette opportunité. »

Une couverture télé importante. Les deux courses de l’Arkansas Derby bénéficieront d’une couverture exceptionnelle sur différentes chaînes. La raison en est simple : aucun autre événement sportif ne se tiendra ce jour-là et ne viendra les concurrencer. La réunion de 14 courses sera intégralement diffusée par FoxSports et TVG, la chaine des courses, alors que l’Arkansas Derby et les autres stakes de la réunion passeront sur NBC Sports. Oaklawn Park peut donc profiter au maximum des enjeux générés en ligne sur ses courses. Car avec les fermetures de New York, Santa Anita et du Kentucky, l’offre de paris se limite à Gulfstream Park et Tampa Bay en Floride, ainsi qu’à d’autres petits hippodromes qui, malgré le faible niveau proposé, voient les enjeux de leurs épreuves monter en flèche.

Les bons Baffert au départ. Les deux épreuves de l’Arkansas Derby sont une réussite. Sept des 23 chevaux présents disposent d’une chance individuelle dans l’antepost betting pour le Kentucky Derby, dont les deux bons Baffert : Charlatan (Speightstown), qui a tiré l’as à la corde dans la première épreuve, et Nadal (Blame), au départ dans la deuxième. Charlatan, qui est le cofavori du Kentucky Derby avec le lauréat du Florida Derby (Gr1) Tiz the Law (Constitution), n’a pas le moindre point au classement de la Road to the Kentucky, et n’avait pas suffisamment de gains pour courir l’Arkansas Derby si celui-ci n’avait pas été dédoublé.

Le trial d’American Pharoah. L’Arkansas Derby était un petit trial pour le Kentucky Derby. Il avait sorti le gagnant de l’édition de 1983, Sunny Halo (Halo). En 2004, Oaklawn Park avait offert, pour célébrer la 100e édition de sa course, un bonus de cinq millions de dollars au gagnant des Rebel Stakes (Gr2), de l’Arkansas Derby et du Kentucky Derby. Smarty Jones (Elusive Quality) avait réussi le coup de trois et avait raté, par manque de tenue, la Triple couronne dans les Belmont Stakes (Gr1). Le plus célèbre des vingt derniers lauréats de l’Arkansas Derby est bien sûr American Pharoah (Pioneerof the Nile), vainqueur, lui, de la Triple couronne. Le trial d’Oaklawn Park a également lancé Afleet Alex (Northern Afleet), qui a remporté les Preakness (Gr1) et les Belmont Stakes après une malheureuse troisième place dans le Kentucky Derby, le lauréat des Belmont Stakes 2016, Creator (Tapit), et le champion Curlin (Smart Strike), lequel avait réussi le doublé Breeders’ Cup Classic & Dubai World Cup (Grs1).

Arkansas, petit élevage et courses très richement dotées. Si l’Arkansas a donné aux États-Unis le président Bill Clinton, il reste un petit État avec trois millions d’habitants, et dont les principales ressources sont l’agriculture (riz), l’extraction minière et de gaz. Dans le secteur du pur-sang, il est le treizième État de la nation, avec 365 poulinières et 40 étalons actifs en 2019, et une production qui tourne autour de 280 foals. Et la qualité est loin d’être exceptionnelle : en 2019, aux ventes de yearlings, seulement 43 sujets étaient enregistrés comme Arkansas-bred. À titre de comparaison, plus 8.000 sujets sont nés au Kentucky, alors que si l’on cumule les naissances en Californie, Floride et dans l’État de New York, on est proche de 5.000. Oaklawn Park est le seul hippodrome d’Arkansas. L’année dernière, 532 courses s’y sont déroulées, avec 34,05 millions de dollars d’allocations (31,44 M€), ce qui représente une moyenne de 64.012 $ (59.100 €). C’est seulement 300 $ de moins qu’au Kentucky mais plus qu’à New York !