Yannick Fouin : « À cause de la crise, je vais sans doute devoir réduire mon cheptel personnel »

Courses / 26.04.2020

Yannick Fouin : « À cause de la crise, je vais sans doute devoir réduire mon cheptel personnel »

Entraîneur à Maisons-Laffitte, Yannick Fouin est également depuis quatre ans à la tête du haras des Hautières en Normandie, où il fait naître ses propres produits. En ces temps de crise, le professionnel pense à réduire son propre cheptel afin de pouvoir continuer à exercer son métier.

Jour de Galop. – À cause du Covid-19, les courses sont à l’arrêt depuis presque six semaines. Comment gérez-vous la crise actuelle ?

Yannick Fouin. – Comme pour tout le monde, ce n’est pas facile. On espère toujours réaliser des gains et vendre des chevaux pour tenir… Actuellement, nous marchons tous sur un fil, et le retard dû à cette crise va être dur à rattraper. Je suis inquiet. J’ai gardé mon effectif au complet, aussi bien au niveau des salariés que des chevaux, car il y a toujours des relais. Lorsque trois chevaux partent de l’écurie, il y en a trois autres qui arrivent… J’ai plusieurs jeunes chevaux que j’ai attendus, et qui sont quasiment prêts à débuter. Je ne pouvais pas les renvoyer ! J’ai quelques espoirs dans les boxes ; évidemment, il va falloir qu’ils confirment l’après-midi, mais je me raccroche à ça. À Maisons-Laffitte, nous disposons d’un outil de travail qui permet d’être compétitif d’entrée de jeu et d’améliorer nos chevaux, ce que certains n’ont pas. Maintenant, il faut espérer que la météo sera clémente pour les chevaux, afin qu’il n’y ait pas trop de casse. Tout le monde a faim, et nous sommes tous pressés de retourner aux courses. Mais parfois, l’appât du gain pousse à faire des bêtises… On verra après l’été si on tient encore le coup ou pas.

Que pensez-vous du programme présumé établi par France Galop ?

Pour moi, il est cohérent. Forcément, tout le programme est perturbé ; on ne peut pas faire plaisir à tout le monde, et il y aura à la fois des gens satisfaits et des déçus. Les professionnels, comme les chevaux, vont devoir s’adapter à ce qu’on leur donne. Je ne suis pas vraiment concerné en termes de programme classique, donc ça perturbe un peu moins mon système. J’ai plutôt des chevaux pour le Prix du Président de la République, la Grande Course de Haies de Printemps (Grs3) …

Vous avez 61 chevaux à l’entraînement, dont 38 que vous détenez en pleine propriété ou en association. Vous êtes donc en première ligne des plus impactés par la crise…

Effectivement, j’ai la triple casquette d’entraîneur, propriétaire et éleveur. Heureusement, j’ai fait un bon meeting de Cagnes-sur-Mer, avec 12 victoires à la clé [il a terminé deuxième au classement des entraîneurs d’obstacle par les gains derrière François-Marie Cottin, ndlr]. Si l’arrêt des courses avait eu lieu avant le meeting, cela aurait été une véritable catastrophe pour moi ! Aujourd’hui, je ne suis pas endetté, mais je ne voudrais pas le devenir. Dans ma situation, il faudra prendre des initiatives. Par conséquent, il va falloir que je pense sérieusement à réduire mon cheptel personnel. C’est dommage, car j’adore ce que je fais et j’y crois, mais il est plus raisonnable de prendre les devants. Je vais certainement inscrire des chevaux aux ventes Arqana et Osarus, chose que je faisais très peu avant. Au haras, je tourne avec une dizaine de poulinières ; il va falloir que je fasse une sélection. Si j’arrive à élever de bons chevaux, avec des papiers de qualité, cela me permettra d’aller aux ventes, et je n’aurai plus besoin d’attendre de franchir le poteau en tête à Auteuil pour y aller. Les entraîneurs ont besoin d’aller aux courses, et les éleveurs ont besoin d’aller aux ventes !