Chamboule-tout : à s’arracher les cheveux

Courses / 20.05.2020

Chamboule-tout : à s’arracher les cheveux

Dès jeudi, les courses seront interdites, par un décret ministériel, dans les zones rouges. La nouvelle est tombée mardi en fin d’après-midi, prenant de revers les sociétés-mères, qui planchent pour trouver des solutions alternatives.

Courir, oui, mais pas en zone rouge. C’est la nouvelle règle qui s’appliquera dès jeudi et pour une durée pour le moment non définie. Comment en est-on arrivé là… Et comment s’en sortir ?

Pourquoi ce revirement de situation, dix jours après la reprise des courses ?

Pour répondre à cette première question, petit retour en arrière. Jeudi 7 mai, Édouard de Rothschild et Jean-Pierre Barjon apprennent avec stupeur que les courses ne reprendraient pas le 11 mai, comme prévu. Et ce serait une décision d’Emmanuel Macron. Les courses feront comme les autres sports, autrement dit reprendront le 5 juin.

Le 8 mai, les contacts se sont multipliés entre les dirigeants des deux sociétés-mères et les pouvoirs publics, qui missionnent également les personnes les plus aptes à plaider notre cause auprès de la présidence de la République. Philippe Augier et François Bayrou parviennent à faire infléchir Emmanuel Macron. Les courses peuvent reprendre le 11 mai.

Mardi, la décision d’interdire les courses en zone rouge est venue du ministère de l’Intérieur. En d’autres mots : l’Intérieur a repris la main sur l’Élysée et Matignon, qui avaient validé contre son gré la reprise à huis-clos. Une décision politique…

Quelles raisons objectives appuient cette interdiction ?

Nous avons retourné le problème dans tous les sens, en cherchant ce qui avait changé, en douze jours, sur le front sanitaire. Le huis-clos strict imposé sur les hippodromes a été parfaitement respecté, contrôles policiers à l’appui. Le risque de surcharger les hôpitaux ? Il n’est pas plus grand ce 21 mai qu’il ne l’était le 8. Le déplacement de personnes de zones vertes aux zones rouges ou inversement ? L’interdiction de courses en zone rouge ne change rien, puisque les professionnels situés en zone rouge ne sont pas interdits de courses.

Donc objectivement, rien ne peut motiver cette décision.

Et maintenant ?

Pendant l’arrêt des courses, France Galop a travaillé sur des scenarii alternatifs au cas où les courses ne seraient autorisées qu’en zone verte. Des commissions techniques se tiennent ce mercredi, et des annonces devraient donc intervenir dans la foulée.

France Galop a annoncé mardi soir les déplacements des réunions prévues du 21 mai au 24 mai, parant ainsi au plus pressé. Pour la suite, et notamment la localisation des Poules d’Essai et du Grand Steeple, la société mère va-t-elle jouer la montre ? La phase 2 du déconfinement doit en effet débuter le 2 juin, et peut faire évoluer la situation. La région parisienne pourrait même basculer en zone verte… Mais laisser les professionnels dans le flou pendant près de deux semaines n’apparaît pas raisonnable. Il va falloir trouver, et vite, des solutions de repli, notamment pour les épreuves de sélection, celles pour lesquelles un changement d’hippodrome est le plus problématique, en raison de leur essence-même, la sélection de la race du pur-sang. Quitte à revenir (encore !) en arrière si la situation sanitaire évolue !

Deauville, le 21e arrondissement pour le plat ?

Les deux réunions prévues cette semaine à ParisLongchamp ont d’ores et déjà été transférées à Deauville. Celle de Fontainebleau se courra à Vichy. Deauville peut-elle accueillir toutes les réunions "parisiennes" ? Entre le 21 mai et le 1er juin (date des Poules d’Essai), nous avons recensé huit réunions à ParisLongchamp, Saint-Cloud et Chantilly. Si tout est déplacé à Deauville, c’est peu ou prou le même rythme qu’au mois d’août, où l’hippodrome de La Touques accueille par exemple huit réunions entre le 30 juillet et le 11 août, avec l’appui, bien sûr, de la P.S.F. Jouable, mais la piste en gazon deauvillaise va souffrir… Il est donc vraisemblable que Vichy, Parilly, Angers, Le Lion-dAngers, ou encore Dieppe soient mis à contribution.

L’obstacle, un casse-tête

Si Deauville tient logiquement la corde pour le transfert des réunions parisiennes (et notamment celle des Poules d’Essai, que l’hippodrome de la Touques a déjà accueillies), le problème est bien complexe pour l’obstacle, privé à la fois d’Auteuil et de Compiègne (dont la réunion du 22 mai est transférée à Dieppe), alors que doivent se courir quatre Grs1 : le Grand Steeple, la Grande Course de Haies, le Ferdinand Dufaure, et le Prix Alain du Breil. Deux options possibles pour ces grands rendez-vous : soit on trouve un hippodrome de substitution, soit on attend qu’Auteuil soit opérationnel, ce qui repousse la tenue de ces Grs1 après l’été… Pour la première option, on peut évoquer les hippodromes de Pau, Clairefontaine, voire Bordeaux, Le Lion-d’Angers ou Craon. Clairefontaine offre l’avantage d’une météo plus clémente pour les jambes des sauteurs, mais son parcours n’est pas particulièrement sélectif. Il y a plus à sauter à Pau, Bordeaux, au Lion ou à Craon, mais en juin, les températures peuvent vite grimper… Et surtout les meilleurs sauteurs sont "réglés" sur Auteuil, et rares sont les professionnels à vouloir prendre le risque de les courir ailleurs. Attendre l’automne présente deux inconvénients : celui de désavantager les chevaux de bon terrain, et de concentrer les objectifs majeurs de chaque catégorie en quelques semaines (Grand Steeple-La Haye Jousselin, Ferdinand Dufaure - Maurice Gillois, Grande Course de Haies - Grand Prix d’Automne, Alain du Breil - Renaud du Vivier).