Disparition de Bernard Ferrand

Autres informations / 09.05.2020

Disparition de Bernard Ferrand

Un Homme avec un H majuscule. Avec des gros poumons, un gros cœur et un gros cerveau – trois organes qui se traduisaient par une énergie communicative, une énorme ambition pour les courses et une vraie intelligence dans la prise de décision. Nous avions fini par nous dire qu’il ne mourrait jamais… Et pourtant, Bernard Ferrand est passé, dans la nuit de vendredi à samedi. Nos pensées vont à sa famille, plusieurs fois touchée par le deuil récemment.

Bernard aura marqué l’histoire des courses françaises des dernières décennies. Comme président des éleveurs, bien sûr. Mais surtout comme président de Vichy, dont il avait fait le laboratoire des courses tricolores sous la bienveillante égide de Jean-Luc Lagardère.

La Grande Semaine du Galop – son œuvre – a été quelque chose d’unique et de phénoménal. Pendant six jours et cinq nuits, Vichy devenait ville ouverte pour les courses. La célèbre station thermale semblait privatisée, comme on privatise une propriété ou une discothèque. Partout, des gens des courses : dans les rues, aux terrasses des cafés, dans les restaurants, à l’Opéra… du petit matin jusque tard dans la nuit. Les idées nouvelles pullulaient, lancées par le grand maître des Festoiries et mises en action de manière irréprochable par sa performante équipe menée par une main de fer dans un gant de velours.

Nous pensons par exemple aux petits déjeuners organisés chaque matin sur les pistes avec les professionnels… petits déjeuners ouverts à la presse mais aussi au grand public ! L’idée était excellente : Epsom s’en est inspiré pour son Breakfast With The Stars. Toute la semaine, les défis se multipliaient, mêlant professionnels et racing fans, que ce soit au sport (du golf à la pétanque, en passant par le kart), aux cartes… et au bar ou autour de la piscine de l’Aletti, quai d’embarquement et terminus de soirées homériques !

Tous les professionnels étaient logés à l’œil, pourvu qu’ils viennent avec leurs chevaux. Rien n’était assez beau pour attirer les hommes de cheval et les turfistes de toute la France. Comme le plus grand Bernard de l’histoire l’avait fait à Vézelay en 1146, Bernard Ferrand menait en fait une croisade – non pour reprendre Jérusalem mais pour faire à nouveau briller les courses au firmament du Panthéon des loisirs. De manière amusante d’ailleurs, le fief de la famille Ferrand, Vassy, se situe à quelques kilomètres de Vézelay…

Chaque année, en juillet, tous répondaient donc à l’appel de Bernard. Et pour y avoir participé plusieurs fois, l’on pourra dire, en paraphrasant Talleyrand : « Qui n’a pas vécu la Grande Semaine sous le règne de Bernard Ferrand ne sait pas ce que c’est que le plaisir de vivre. »

Alors, bien sûr, comme tous ceux qui bougent les lignes, il était autoritaire et parfois un peu clanique. De ce fait, il n’était pas aimé de tous mais il s’en moquait. Sauf quand on l’a cloué au pilori. Deux fois, d’ailleurs. Sous le même prétexte : son train de vie. Quand on est une locomotive, n’est-il pas ironique de tomber pour une affaire de train ?

Mais ce n’est pas ce que l’histoire retiendra. On se souviendra que, jusqu’aux JeuXdis de Longchamp, Vichy aura été la seule tentative pérenne pour renouer avec la popularité et retrouver des clients, parieurs ou propriétaires. La Grande Semaine aura même cassé cette idée reçue que les meetings ne sont pas dans la culture française et ne peuvent donc pas fonctionner. Vichy a prouvé le contraire. Simplement il faut mettre les moyens. Mais quelle industrie peut espérer gagner des clients sans mettre le paquet ?

Voilà donc, à la disparition de Bernard Ferrand, la leçon que nos dirigeants peuvent méditer très positivement : quand on a les idées claires, une vraie volonté et des moyens financiers et humains, tout est possible ! À l’inverse, nous risquons de devenir une sous-préfecture de « l’État du sport ». Une sous-préfecture de l’Allier, 03200, 24 000 habitants, que Bernard Ferrand avait transformée en capitale de la France hippique pendant quelques années.