François Bayrou : « Des arguments absurdes qui en disent long sur le fonctionnement de notre pays »

Courses / 09.05.2020

François Bayrou : « Des arguments absurdes qui en disent long sur le fonctionnement de notre pays »

En parvenant à convaincre Emmanuel Macron vendredi, François Bayrou a joué un rôle déterminant dans l’autorisation de recourir lundi. Le maire de Pau et président du Modem nous explique.

Jour de Galop. - Que s’est-il réellement passé vendredi ?

François Bayrou. - Comme vous le savez, on s’acheminait vers une reprise des courses à huis clos le 11 mai. Cette décision raisonnable semblait évidemment une issue positive pour les entreprises du secteur, représentant des milliers d’emplois, qui ont été privées de ressources pendant près de deux mois et n’ont pu appliquer des mesures comme le chômage partiel. Sans parler des effets désastreux pour la carrière des chevaux, quand on sait l’importance des mois de mars, avril, mai et juin pour les meilleurs performers de 3ans ! C’est alors que, vendredi, la rumeur rapporte que cette décision est révoquée pour des arguments complètement absurdes !

Quels étaient ces arguments ?

C’était ubuesque : étant donné que le rugby et le football n’étaient pas autorisés à reprendre, les courses ne devaient pas l’être non plus ! Or, comme vous le savez, le rugby et le football sont des sports de contact, là où, aux courses, le contact est purement interdit, et peut même être un motif de déclassement ! D’autre part, les conditions d’organisation en huis clos offraient des garanties sur le plan sanitaire, puisque, par exemple, les personnes accompagnant les chevaux aux courses respectent déjà les précautions sanitaires depuis le début du confinement. Donc, encore une fois, dans notre pays, une décision capitale menaçait d’être prise par des technocrates qui ne connaissent absolument pas le sujet ni les réalités du terrain, et qui ont juste adopté des postures de principe… C’est une preuve de plus du fonctionnement si souvent absurde de notre pays.

Comment avez-vous réussi à convaincre le président de la République ?

Je dois d’abord dire que c’est une grande chance que le président lui-même ait pris les choses en main et que pour lui le bon sens ne soit pas un vain mot ! Cela s’est vraiment joué à l’heure près… Je l’ai eu au téléphone et je lui ai expliqué ce que je viens de vous décrire. Des arguments de bon sens qu’il a entendus. J’ai aussi rappelé les enjeux économiques. En empêchant la tenue des courses lundi, et notamment de toutes les préparatoires aux grandes épreuves de sélection, le décret réduisait à néant le travail des professionnels, privait de retour sur investissement les passionnés qui s’impliquent financièrement dans ce milieu, détruisait la pointe la plus performante de la pyramide d’une filière française d’excellence. Cela aurait été dramatique.