TRIBUNE LIBRE - Il faut sauver le maximum de courses PMH

Institution / Ventes / 01.05.2020

TRIBUNE LIBRE - Il faut sauver le maximum de courses PMH

Par Jacques Le Dantec, président de l’APPE

« Il existe deux catégories de courses PMH : celles qui se déroulent en complément de courses premium sur des hippodromes de première catégorie (ou pôles) et celles qui ont pour cadre les hippodromes de deuxième et troisième catégorie, qu’on désignera du vocable "hippodrome PMH".

Ces derniers, pour organiser des courses, disposent de cinq piliers financiers :

- le travail gratuit des bénévoles ;

- la subvention d’organisation de la FNCH ;

- le public, au travers des entrées payantes, de la recette des buvettes et de la restauration, du jeu sur l’hippodrome ;

- le sponsoring local ;

- l’aide des collectivités territoriales pour les investissements.

Les budgets sont serrés et, en cette période d’arrêt de l’activité, beaucoup de sociétés ne peuvent faire courir faute de rentrées financières (absence de trois piliers sur cinq).

Il est donc important que le plus grand nombre de courses PMH prévues soient courues. Soit in situ après le déconfinement, pour éviter de perdre le contact avec la clientèle locale, soit sur des hippodromes de première catégorie (ou pôles) pour éviter une année "blanche" à certaines sociétés, soit à huis clos pour les sociétés qui ont les structures adéquates.

Ces courses seront les bouées de sauvetage de certains professionnels.

Une centaine d’hippodromes PMH organisent environ 330 réunions par an pour un total de 830 courses de plat et 740 courses d’obstacle. Ils drainent souvent un public nombreux que beaucoup de sociétés premium envieraient. Comment passer sous silence les 4.500 entrées à Pompadour le 15 août, les 5.000 à Wissembourg le lundi de Pentecôte et les 3.000 à Plestin-les-Grèves sur la plage…

L’âme et le cœur des courses sont en province et cet ancrage géographique et historique est à l’origine de la réussite du système français. En 1900, il y avait huit hippodromes parisiens et 248 champs de courses disséminés en province.

Les encouragements distribués par France Galop aux hippodromes PMH représentent 10 % du total des encouragements distribués sur l’ensemble des hippodromes français. Souvent accusées à tort de coûter cher à l’Institution, les courses PMH ont des montants d’allocations faibles et il est entendu qu’ils ne peuvent être baissés. Pour l’anecdote, n’oublions pas qu’il existait en 2019 des valeurs nominales (sommes attribuées aux gagnants) de 2.750 € (Saint-Galmier et Limoges) et que 65 courses plates PMH ont un nominal inférieur à 3.500 €. C’est à la limite de l’indécence. On pourrait imaginer un Smic (somme minimale d’indemnisation de course !) fixé à 3.500 €, dont le rattrapage financier coûterait à France Galop 0,4 % des encouragements distribués dans les Groupes (sans commentaire)… À l’image du trot, privilégions les petites catégories, qui ont besoin d’un "coup de pouce" pour survivre en ces temps de disette.

Les courses PMH ont de multiples rôles, qui vont au-delà de leur mission de compétition : rôle social, loisir populaire et familial bon marché, véritable divertissement en plein air, lieu de rencontre et de convivialité dans une ambiance festive… Les réunions PMH sont un facteur de cohésion sociale. Elles ont aussi un rôle économique : ces courses génèrent une économie locale induite (hôtellerie, restauration, buvette, transports, stands divers). Elles ont par ailleurs un rôle pédagogique : combien de vocations ont éclos sur ces hippodromes de province ? Beaucoup de socioprofessionnels d’aujourd’hui ont découvert les courses et leur fascination lors d’une réunion dominicale en famille sur le champ de courses local. Leur rôle est aussi ludique : pour le futur joueur, le déclic est souvent venu d’une journée passée sur un hippodrome de proximité avec des amis qui l’ont initié à cet art difficile qu’est le betting. L’hippodrome est le lien vivant entre le spectacle et le jeu, c’est le début d’une carrière de joueur.

Leur rôle est aussi financier : les hippodromes PMH sont indispensables à l’équilibre financier des propriétaires et des entraîneurs provinciaux. Les "petits chevaux" y trouvent des engagements favorables et ainsi se rentabilisent.

Leur rôle est sportif : en obstacle plus particulièrement, les hippodromes PMH peuvent être des tremplins pour préparer des chevaux avant qu’ils courent sur des hippodromes de catégorie supérieure.

Par leurs diverses fonctions, les courses PMH sont indispensables à l’activité hippique nationale et actuellement tout doit être fait pour que des sociétés et des socioprofessionnels ne mettent pas la clé sous la porte.

Établir un programme avec le maximum de courses PMH parmi celles qui étaient prévues "ante Covid-19" serait une aide indirecte à la filière. Mais ce serait aussi la plus efficace. »