TRIBUNE LIBRE - Un métier maudit

Courses / 04.05.2020

TRIBUNE LIBRE - Un métier maudit

Par Stéphane Eveno, entraîneur, propriétaire et éleveur

« Mon père, qui était jockey d’obstacle avant d’être entraîneur (il a entraîné, entre autres, pour M. Fougedoire et a eu à formater les débuts d’un certain Nupsala), s’était retrouvé en photo (numéro 10 en tête et encore en selle) d’une double page de Paris Match titrant, je cite, « Les jockeys maudits ».

Cet article du début des années quatre-vingt expliquait les risques encourus par ces jockeys pour des sommes souvent dérisoires.

« Où veut-il en venir ? », allez-vous me dire ? Je me suis souvenu de cette photo en regardant le programme premium pour la reprise et le montant de ses allocations. La baisse des allocations et la suppression de courses que nous supportons depuis plusieurs années nous a déjà tous fragilisés financièrement, mais le fait de désormais courir pour des allocations diminuées de 20 % va encore accélérer le processus et nous faire retourner à des montants des années quatre-vingt (on courait pour des prix de 35 ou 40.000 francs).

Je lis ici ou là que les grosses écuries attendent la reprise avec impatience pour écumer, pour certains, toute la province. En obstacle, quand on aura deux Macaire, deux Nicolle, deux Clayeux et deux Leenders par course (pour ne citer qu’eux... j’aurais aimé faire partie de la liste, mais je n’ai pas leurs palmarès), on ira aux courses pour rien.

Alors vous allez me dire : « Mais non mon bon monsieur, c’est là qu’intervient France Galop qui, dans sa grande générosité, paye certaines courses jusqu’au dixième ! » Merci mais nous ne voulons pas l’aumône. Nous voulons juste vivre de notre métier tout simplement.

C’est avec ces fameuses allocations que je veux faire le parallèle avec l’article de Paris Match. On s’attend à voir les jockeys et les chevaux prendre des risques pour ces fameuses huitième, neuvième et dixième allocations et un spectacle navrant sur les dernières haies. Laissons les allocations comme elles étaient l’année dernière !

Pour le plat, idem. Exemple : réunion premium à Lyon le 15 mai, Grand Prix de Parilly handicap 1re épreuve à 7.000 € au gagnant et 2e épreuve à 6.500 €. Si jamais elle est dédoublée ils vont faire une 3e épreuve à 5.000 € au gagnant ! Rajoutons des courses pour que tout le monde puisse démarrer et être susceptible de prendre une allocation décente.

Pour finir concernant l’obstacle (c’est ma discipline préférée, je sais que c’est la plus dure mais la plus gratifiante personnellement) : messieurs les responsables des programmes, barrez les courses de province aux chevaux supérieurs à 59 ! Il n’est pas rare de se retrouver avec un cheval en valeur 56 à poids égal battu par un 68 (j’en ai fait les frais). Le PSG avec son budget colossal ne joue pas en national. »