Le rêve classique de Mikaël Mescam

Courses / 08.06.2020

Le rêve classique de Mikaël Mescam

Bien connu sur les hippodromes d’obstacle, Mikaël Mescam a pourtant un espoir classique en plat dans ses boxes, moins de trois ans après son installation. Il s’agit de l’invaincu en deux sorties Hurricane Dream (Hurricane Cat), qui vient d’être acheté en partie par Team Valor International.

Par Alice Baudrelle

Jour de Galop. – Hurricane Dream défend désormais la casaque de Team Valor, qui a acheté 75 % du cheval. Comment la transaction s’est-elle réalisée ?

Mikaël Mescam. – Après sa victoire dans une Classe 2, au Lion-d’Angers, plusieurs courtiers m’ont contacté pour savoir si le cheval était à vendre. Finalement, l’affaire s’est conclue avec Team Valor car ils étaient d’accord pour que le coéleveur et propriétaire d’Hurricane Dream, André Brakha, garde une part du cheval. Nous avons eu des propositions pour l’étranger, mais André Brakha souhaitait poursuivre l’aventure, et le cheval va continuer à courir en France. Il n’est pas question actuellement qu’il change d’écurie.

Le poulain fait partie des engagés du Prix du Jockey Club (Gr1). Quelle va être la suite de son programme ?

Hurricane Dream est engagé à la fois dans le Prix de l’Avre (L) et le Prix de Champerret (Classe 1) à Chantilly, dimanche prochain. Nous n’avons pas encore fait un choix entre les deux courses. Mais le Prix de Champerret, qui est sur 2.100m, serait une préparatoire idéale pour le Jockey Club. S’il court la Classe 1 et qu’il gagne de belle manière, il aura sa place au départ du classique. Avec lui, on y va étape par étape.

Comment le cheval est-il arrivé chez vous ?

Je connais André Brakha depuis toujours car il a eu plusieurs chevaux à l’entraînement chez Jean Lesbordes, pour lequel travaillait mon père. Ce dernier a gagné plusieurs courses pour lui, dont un Grand Prix d’Automne (Gr1) avec Bitwood (Touching Wood). André Brakha était aussi le propriétaire de Nononito (Nikos), qui a gagné le Prix du Cadran (Gr1) avant d’être dirigé vers les obstacles, où il a remporté le Prix Léon Rambaud (Gr2) et conclu troisième de la Grande Course de Haies d’Auteuil (Gr1). Quand il a appris que j’allais m’installer, André Brakha m’a dit qu’il me confierait un cheval. J’ai passé ma licence et nous nous sommes revus, mais il n’avait pas de cheval prêt à être entraîné, juste un poulain qui venait de naître. Lorsque le poulain a eu 18 mois, il m’a rappelé pour me le proposer. C’était Hurricane Dream ! Je suis content que tout se passe bien, car André Brakha a tenu parole. C’est une juste récompense. Pour l’anecdote, Hurricane Dream est mon seul cheval de plat !

Comment parvenir à entraîner un cheval de plat, quand on n’a que des chevaux d'obstacle ?

Pour les gros boulots, ce n’est pas forcément évident. J’ai quelques chevaux d’obstacle qui ont de la classe de plat, et qui lui servent de leader. Avant sa rentrée, nous l’avions emmené travailler sur les Aigles à Chantilly. Hurricane Dream est à peu près dans le même moule que mes autres pensionnaires ; on adapte juste pour lui l’intensité du travail et les distances. Quand les chevaux sont bons, c’est plus facile de les entraîner !

Justement, pouvez-vous nous décrire vos installations ?

J’ai la chance d’avoir un super site d’entraînement à Savigné-L’Évêque, qui a été étudié plutôt pour des chevaux de plat. Il s’agit de l’ancienne structure de Dominique Sepulchre. J’ai une piste de 1.600m, dont presque 1.000m de ligne droite. Je dispose de 25 boxes, ainsi que de plusieurs paddocks. Je n’ai pas de marcheur mais cela n’est pas un problème, car nous prenons vraiment le temps avec les chevaux. Nous avons trois lots et demi, ce qui nous permet de faire des lots assez longs. Les chevaux sortent minimum une heure, voire une heure et demie. Je suis un adepte du travail fractionné. 

Est-ce plus facile d’entraîner un cheval de plat qu’un cheval d’obstacle ?

Oui et non. Un cheval d’obstacle est peut-être plus compliqué à entraîner le matin, mais je me rends compte qu’il faut être très précis pour un cheval de plat au niveau de ses engagements. Trouver les bonnes préparatoires en plat, c’est plus difficile. Entraîner un cheval de plat au quotidien est facile ; le plus dur est de savoir gérer sa carrière.

Aimeriez-vous avoir davantage de chevaux de plat à l'avenir ?

Je ne suis pas contre ! Plat ou obstacle, du moment qu’on entraîne des bons chevaux, c’est très agréable. Aujourd’hui, je me retrouve avec beaucoup de sauteurs car mon parcours est axé sur l’obstacle, et mes clients ont des chevaux d’obstacle. Mais peu importe la discipline : tout ce qu’on recherche, c’est d'avoir de bons chevaux !

De manière générale, vous connaissez une belle réussite. Cette année, vous avez notamment enlevé deux Quintés, malgré un petit effectif…

Les Quintés sont des courses qui me plaisent bien, et mes chevaux étaient pris à leur juste valeur. J’aime bien tenir un calendrier d’entraînement, afin de les préparer au top pour le jour J. Henry Brûlard (Planteur), qui a gagné le Quinté à Compiègne dimanche, méritait de remporter son handicap. Nous l’avons acheté à réclamer il y a un an, et il a quasiment toujours répondu présent. La réussite de l’écurie est due aussi à une bonne équipe très consciencieuse, qui s’investit beaucoup pour les chevaux. J’ai la chance, entre autres, d’avoir Cyrille Gombeau comme responsable. Aujourd’hui, j’ai 20 chevaux à l’entraînement ; on m’a confié pas mal de jeunes cette année. Durant le confinement, mes 3ans d’obstacle qui étaient prêts pour le printemps sont repartis à l’herbe, et nous allons les reprendre cet été pour préparer l’automne.

Vous êtes aussi très actifs sur les réseaux sociaux. En quoi est-ce important pour vous ?

Oui, je communique beaucoup via Facebook, Twitter et Instagram. Comme je suis installé en province, les gens n’ont pas forcément la possibilité de venir voir comment ça se passe à l’écurie. Le grand public aime les chevaux de course : il faut simplement rendre notre milieu un peu plus accessible. Le fait de communiquer par l’intermédiaire des réseaux sociaux permet de leur montrer l’envers du décor.

Au mois de septembre, vous étiez sur le point de lancer une écurie de groupe, Racing Partners. Où en est ce projet ?

L’écurie de groupe n’a pas encore été agréée. Nous attendons le rapport de la police des jeux, mais le projet va se concrétiser rapidement ; normalement, c’est l’histoire de quelques semaines. Racing Partners propose une aventure clés en main pendant trois ans à 30 personnes, pour la somme de 3.000 €. À l'issue des trois années d'exploitation, l'écurie de Groupe sera dissoute, avant de potentiellement repartir sur une nouvelle version. Les éventuels bénéfices seront alors répartis au prorata de la quote-part de chaque associé. Parmi les associés, il y a des gens qui sont déjà propriétaires, mais aussi des novices qui aiment les courses. Il reste d’ailleurs une part disponible. J’attends d’avoir l’agrément avant d’acheter notre premier cheval, donc vivement que l’aventure commence !