Aude Duporté : « J’ai fait beaucoup de sacrifices pour en arriver là »

Courses / 04.06.2020

Aude Duporté : « J’ai fait beaucoup de sacrifices pour en arriver là »

En dix ans de carrière, Aude Duporté n’avait jamais connu une telle période de forme. À 30 ans, la jeune femme récolte enfin les fruits de son labeur, avec 8 victoires à la clé depuis la reprise des courses.

Par Alice Baudrelle

Jour de Galop. – Vous percez seulement maintenant après dix ans de carrière. Comment l’expliquez-vous ?

Aude Duporté. – Je n’ai pas forcément fait les bons choix professionnels. Avant d’entrer au service d’Andrea Marcialis, je n’avais jamais travaillé dans une grande écurie de plat. Précédemment, j’étais plus impliquée dans l’entraînement du matin que dans le métier de jockey ; on me voyait davantage comme une responsable. J’ai tenu bon car ma vie est dédiée aux courses, et je n’ai jamais cessé d’y croire. Pour moi, le travail paie toujours ! J’ai fait beaucoup de sacrifices pour en arriver là : mon poids, par exemple, est un combat de tous les jours. De base, je pèse 57 kilos pour 1,65m, mais j’arrive à monter à 52 kilos. J’ai une hygiène de vie très stricte, et je fais souvent du footing. Avant la décharge accordée aux femmes, je n’avais pas de problème de poids, mais cette nouvelle règle a tout changé. C’est dur tous les jours, mais ça en vaut la peine ! Il y a deux ans, j’ai rencontré Marie Fougy, qui est devenue mon agent. Elle m’a bien aidée en me faisant monter pour de grands entraîneurs. Je tiens d’ailleurs à la remercier ainsi que ma famille et mes amis, qui ont toujours cru en moi.

De quelle manière votre collaboration a-t-elle débuté avec Andrea Marcialis ?

Léa Bails avait quitté son écurie et il m’a contactée, car il avait besoin d’une nouvelle décharge. Je travaillais alors pour Brian Beaunez, qui n’avait pas la cavalerie nécessaire pour me faire monter régulièrement, mais qui me laissait du temps libre pour aller galoper à gauche et à droite. Lorsqu’Andrea Marcialis m’a appelée, je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais de percer, et j’ai embauché chez lui à Chantilly. Il m’a rapidement fait confiance, et les victoires se sont enchaînées. Grâce à lui et à mon agent, je suis très sollicitée et je monte tous les jours. En revanche, je vis toujours à Maisons-Laffitte, une ville qui me tient à cœur. Je fais donc les allers-retours tous les jours.

On vous connaissait surtout comme la cavalière d’entraînement de Dicton. D’ailleurs, vous avez été récompensée dans cette catégorie lors des Trophées du personnel, en 2018…

Cela faisait trois ans que Gianluca Bietolini m’inscrivait aux Trophées. La troisième fut la bonne ! C’est une super initiative, qui m’a permis d’être reconnue au moins dans une catégorie, puisque je ne l’étais pas à l’époque en tant que jockey. Aujourd’hui, on me voit comme un jockey, mais je suis capable de faire beaucoup d’autres choses. J’ai travaillé par exemple pendant quatre ans chez Yannick Fouin, qui m’a appris le métier de garçon de voyage. Et durant les quatre ans que j’ai passés chez Gianluca Bietolini, je me suis beaucoup impliquée dans l’entraînement et les soins. Je respecte énormément le personnel des courses, car sans eux, les courses n’auraient pas lieu !

Vous avez su amener Dicton au plus haut niveau, lui qui était issu des réclamers. À quel moment avez-vous senti qu’il pouvait rivaliser avec les meilleurs ?

Je suis arrivée chez Gianluca Bietolini trois jours après Dicton (Lawman). Il a mis le cheval à ma liste dès mon premier jour, et je l’ai gardé. Le jour où je me suis dit qu’il avait la pointure des meilleurs, c’était le 27 décembre 2015, lors de sa victoire dans une course D à Deauville. Ce jour-là, il avait accéléré très fort pour passer tout le peloton en revue, alors qu’il était dernier. Ce cheval avait un mental exceptionnel qui l’a beaucoup aidé le jour du Jockey Club, je pense. Cette année-là, beaucoup d’entraîneurs s’étaient plaints de la musique, qui était trop forte durant le défilé. Plusieurs chevaux s’étaient énervés et avaient mal couru. Mais pas Dicton, qui dormait pendant le défilé ! C’est le cheval de ma vie. Il m’a permis de vivre des choses incroyables, dont une expédition à Hongkong.

Il y a six ans, vous avez également monté en obstacle, avec plusieurs places à la clé…

J’ai toujours voulu essayer cette discipline, pour plusieurs raisons. Les sensations, ainsi que l’adrénaline, m’attiraient beaucoup. Et mon père, qui était gentleman-rider, avait monté en obstacle dans les courses pour militaires ; dans un sens, je voulais qu’il soit fier de moi. Un jour, l’occasion s’est présentée de monter Uppercut de Sivola (Antarctique), un sauteur qui ne performait plus, et qui était sur le point de partir à la retraite. Nous avons conclu deuxièmes à Pau, à 81/1 ! Du coup, je l’ai remonté plusieurs fois. Je suis tombée à Auteuil, mais je n’ai pas voulu rester là-dessus. J’ai remonté le cheval deux fois avant d’arrêter l’obstacle. Je savais que ce n’était pas fait pour moi, mais je suis ravie d’en avoir fait l’expérience.

À long terme, comment voyez-vous votre avenir ?

Je suis consciente du fait qu’une fois la décharge perdue, pour une fille, c’est un peu compliqué. Je veux continuer ce métier de jockey, mais pas en demi-teinte : soit je le fais à fond, soit je ne le fais pas. Si je vois, après la perte de ma décharge, que je ne monte qu’une fois de temps en temps, cela ne m’intéressera pas. Si je fais autant de sacrifices, c’est pour être récompensée au bout ! J’aimerais bien devenir entraîneur, car je m’intéresse beaucoup à la préparation des chevaux. Mais c’est compliqué de s’installer si on n’a pas les clients derrière… Si cela ne se fait pas, je me verrais bien ouvrir un restaurant, car je suis une fan de gastronomie !