Gold Trip, l’espoir classique du haras de Treli

Élevage / 13.06.2020

Gold Trip, l’espoir classique du haras de Treli

Avec la victoire de Gold Trip dans le Prix Greffulhe (Gr2), le haras de Treli devrait être représenté au départ du Prix du Jockey Club (Gr1). Michel Monfort nous a dévoilé les coulisses de cette belle aventure familiale, en plein cœur du Finistère.

Par Adrien Cugnasse

Réussir en tant qu’éleveur, cela commence par acheter de bonnes juments. En 2008, Michel Monfort avait déboursé 60.000 $ (environ 46.985 €) à Keeneland pour Rumored (Royal Academy). Elle lui a donné Dabirsim (Hat Trick), le seul 2ans élevé en France à avoir décroché le Cartier Champion Two-year-old Colt Award depuis la création de cette récompense. Dans la foulée des performances de Dabirsim, cette famille un peu endormie a explosé, notamment grâce à Arizona (No Nay Never) et Sea of Class (Sea the Stars).

L’achat de Sarvana. En 2013 à Deauville, Michel Monfort a déniché Sarvana (Dubai Destination) pour 23.000 €, alors qu’elle sortait de l’entraînement. Non placée en une sortie, cette sœur de Sarkiyla (placée des Prix Jean Romanet et du Moulin de Longchamp, Grs1) réalise un sans-faute à l’élevage. Got Wind (Olympic Glory), son premier produit, est montée deux fois sur le podium au niveau Listed sur le mile, sous la casaque familiale (c’est-à-dire le haras de Treli), avant de devenir poulinière sur ses terres de naissance. Le deuxième, Gold Trip (Outstrip), galope vers le Prix du Jockey Club (Gr1). Michel Monfort se souvient : « J’ai acheté Sarvana de manière presque timide. Elle n’avait pas coûté très cher, mais c’était une "sœur de", provenant d’une belle famille Aga Khan. Elle était issue d’un étalon qui a prouvé qu’il était un bon père de mère [Dubai Destination a donné celles de Golden Horn, Postponed et Thunder Snow, ce dernier étant issu d’un fils d’Exceed and Excel… comme Gold Trip, ndlr]. Ce sont les critères sur lesquels je me concentre au moment d’acheter une jument. J’appréciais aussi le fait qu’elle soit allée aux courses, au moins une fois. Cela prouve qu’elle avait une tête suffisamment bien faite et pas de problèmes de santé cachés. J’avais visionné l’unique sortie de Sarvana et elle n’était pas du tout défectueuse. Les grandes maisons, si le cheval n’a pas un avenir dans les courses principales, n’hésitent pas à tourner la page. »

Le croisement de Gold Trip. Outstrip (Exceed and Excel), le père de Gold Trip, fut un très bon 2ans, notamment lauréat du Breeders' Cup Juvenile Turf (Gr1). Il a débuté sa carrière à 5.000 £ en 2016 à Dalham Hall Stud. Michel Monfort détaille : « En 2016, Darley avait lancé un club avec quatre jeunes étalons, dont Outstrip [l’éleveur utilisant un des jeunes sires trois années de suite décrochait un breeding right à vie]. C’est un cheval qui avait beaucoup d’atouts en sa faveur. Avec une bonne mère, des performances… Un petit éleveur a du mal à s’offrir Exceed and Excel [proposé à 40.000 € en 2016]. Dès lors, utiliser un de ses fils, gagnant de Gr1 et issu d’une gagnante de Gr1 me semblait être une bonne option. Et ses débuts au haras sont tout à fait honorables. Avec une descendante de Mr. Prospector comme Sarvana, l’utilisation d’étalons de la lignée de Danehill s’impose d'elle-même. Je pense qu’il est important de laisser les éleveurs français utiliser des étalons étrangers. Un tiers de nos juments part d’ailleurs à la saillie hors de France. La majorité des étalons français améliorateurs à vocation plat sont issus de sires étrangers. Il serait donc consensuel de revenir à une prime éleveur unique, afin d’encourager les éleveurs (même petits) qui font saillir à l'étranger, dans le but de contribuer à l’amélioration du stud-book français. »

Une passion familiale. Michel Monfort poursuit : « L’achat de Sarvana fut une réussite sur le plan sportif, mais pas au niveau commercial. Got Wind, dotée d’aplombs imparfaits, n’est pas passée en vente. Heureusement, notre casaque est là pour supporter les aléas de l’élevage. [Got Touch et Got Luck courent aussi avec succès sous les couleurs du haras de Treli] Mais cela peut aussi se révéler un bonheur, car quand votre production brille sous votre casaque familiale, cela fait doublement plaisir. Nous avons jusqu’à une dizaine de chevaux à l’entraînement tous les ans, chez les entraîneurs de la famille Édouard, Patrick et François Monfort, mais aussi avec Fabrice Chappet et Christophe Ferland. L’objectif est de valoriser des femelles et de commercialiser certains chevaux. C’est une passion familiale. Mon père faisait courir, au trot comme au galop. En 2003, quand j’ai vendu mon entreprise pour lancer une activité d’élevage, je suis parti aux États-Unis à plusieurs reprises en compagnie de Pierre Talvard et de Pascale Ménard. Avec Claude Lambert, ce sont les trois personnes qui m’ont formé. Depuis 2018, nous faisons naître sous l’entité haras de Treli qui permet d’associer mes trois fils. C’est une passion familiale et elle nous rassemble. »

L’importance de la vitesse. Hideaway Girl (Fasliyev) avait couru cinq fois à 3ans en Irlande, passant proche d’une victoire de maiden sur le mile à Leopardstown. Michel Monfort l’a achetée pleine pour seulement 6.000 €. Le produit à naître, Got Breizh (Footstepsinthesand), a gagné quatre courses en-deçà des 1.600m. Cette descendante de la fameuse Trelex (Exbury) de Patrick Chedeville a ensuite donné Got Away (American Post), black type sur les obstacles des deux côtés de la Manche. Le quatrième produit fut le bon. Sestilio Jet (French Fifteen) est en effet lauréat de quatre courses, dont le Criterium Nazionale (L) et le Prix de Saint-Georges (Gr3). Michel Monfort explique : « Hideaway Girl nous a donné une très belle yearling par Zelzal que nous allons passer en vente. Nous avons une dizaine de naissances par an, toutes à vocation plat. D’une manière générale, nous essayons de ne pas nous éloigner de la fenêtre commerciale que représente la vitesse. Et la vitesse se transmet… »