Goldikova, un croisement (statistiquement) efficace

Magazine / 21.06.2020

Goldikova, un croisement (statistiquement) efficace

Goldikova, un croisement (statistiquement) efficace

Hubert de Rochambeau a été enseignant-chercheur avant de travailler sur l’amélioration génétique des animaux à l’Inra. Il a aussi dirigé une unité de recherche pendant une décennie. C’est également un passionné de courses et d’élevage. Dans la série "Cro'nicks", il se propose de passer à l’épreuve des statistiques ce qui est annoncé comme une affinité. Ses conclusions nous incitent à prendre du recul sur la question… [ÉPISODE 4]

Après avoir étudié les cas de Galileo et de Dubawi dans le premier épisode et avoir remonté le temps dans le deuxième épisode avec les grands-pères Sadler’s Wells, Danehill, Green Desert et Darshaan, nous abordons maintenant les étalons de la première moitié des années 1990 : Pivotal (cf. épisode 3 du 17 juin), Cape Cross (cf. épisode 3 du 17 juin), Danehill Dancer et Anabaa.

Toujours parmi les descendants de Danzig, nous poursuivons avec Anabaa (Danzig). Les croisements les plus utilisés font intervenir des filles de Zabeel (Sir Tristram), Bering (Arctic Tern), Woodman (Mr Prospector) et Sir Tristam (Sir Ivor). Ce sont les seuls croisements avec plus de vingt foals. Ils rendent bien compte de la double carrière – dans les deux hémisphères – effectuée par Anabaa au haras. Comme il y avait peu de descendances nombreuses, nous avons exploré en détail les descendances comprenant entre dix et vingt foals.

Anabaa a bien sûr produit Goldikova (Anabaa) et Anodin (Anabaa) avec Born Gold, une fille de Blushing Groom. Il n’y a eu que cinq foals issus de ce croisement et notre méthode est donc inopérante. Je constate par contre que l’affinité avec Groom Dancer (Blushing Groom) est significative ; il y a donc une certaine logique dans ces nicks ! Les produits phares de ce croisement sont Marshall (Anabaa), troisième du Critérium de Saint Cloud, Gr1 et gagnant du Prix de Guiche, Gr3), Right One (Anabaa), troisième du Woodbine Mile et gagnant des Jaipur Stakes, et Rouvres (Anabaa) gagnant des Prix Jean Prat (Gr1) et de Guiche (Gr3).

L’autre affinité significative est avec des filles de Bluebird (Storm Bird). Ces deux affinités ont une duplication de Northern Dancer. Celles qui présentent une duplication de Native Dancer (Polynesian) ne sont pas significatives.

Tableau 3 : Affinités d’Anabaa avec les filles de…

Ce qui a fonctionné avec Danehill Dancer. Après Cape Cross (Green Desert) et Anabaa, nous restons chez Danzig avec Danehill Dancer (Danehill). Le croisement avec Sadler’s Wells (Northern Dancer) a donné 147 foals. On trouve ensuite le croisement avec les filles de Royal Academy (Nijinsky).

La première affinité significative est avec les filles de Kingmambo (Mr Prospector). Nous retrouvons un croisement proche des ceux qui ont bien fonctionné pour Cape Cross. Les gagnants les plus notables se sont illustrés en Australie avec Francis of Assisi (Danehill Dancer), lauréat de deux Handicaps classés Gr3, Nittan’s Crown (Danehill Dancer), gagnant de Gr2 et Look at Me (Danehill Dancer), deuxième des Oh So Sharp Stakes (Gr3).

Les deux autres affinités nous permettent de sortir de la descendance de Phalaris (Polymelus) avec Thatching (Thatch) et Warning (Known Fact). Avec des filles de Warning, Danehill Dancer a produit Air Chief Marshal (deuxième des Phoenix Stakes, Gr1 et gagnant des Minstrel Stakes avant de devenir étalon) et Fox Trop Romeo (deuxième des Irish 2.000 Guineas, Gr1). Avec des filles de Thatching, Danehill Dancer a donné George Bernard Shaw (Danehill Dancer) qui s’est lui aussi placé dans les Minstrel Stakes.

Si nous analysons maintenant les pères des mères des cinq meilleurs produits de Danehill Dancer, on constate que Sadler’s Wells ne figure pas dans la liste. L’un d’entre eux, Planteur (Danehill Dancer) descend de Northern Dancer (Nearctic), par Giant’s Causeway (Storm Cat). Deux descendent de Mr Prospector, par l’intermédiaire de Miswaki (Mr Prospector) pour Mastercraftsman (Danehill Dancer) et de Zafonic (Gone West) pour Fast Company (Danehill Dancer). Choisir (Danehill Dancer) se rattache à Tom Fool (Menow) et Where or When (Danehill Dancer) à Bold Ruler (Nasrullah). Ce panorama résume assez bien les affinités que nous avons décrites, mais cela n’est sans doute que le fruit du hasard.

Tableau 3 : Affinités Danehill Dancer avec les filles de…

Conclusion. Une certaine logique semble apparaître au fil de ces multiples analyses. Elles nous ont permis d’évoquer des champions comme Goldikova, Golden Horn (Cape Cross) ou Siyouni (Pivotal), mais aussi de fidèles serviteurs comme Regal Parade (Pivotal).

Ce qui me frappe au stade actuel de cette étude, c’est la difficulté d’obtenir un champion. Nous avons évoqué beaucoup de chevaux qui ont réalisé une performance phare sans jamais confirmer, ou qui ont dû se contenter de place dans des courses de Groupe.

Rappel de la méthode. Notre analyse des affinités se concentre sur les meilleurs étalons européens et les filles d’autres sires. Chaque résultat observé est soumis à un test statistique pour se prononcer sur sa signification. Plus le nombre d’étoiles est grand, plus l’affinité est crédible. Pour que le test de Chi2 ait une signification, il faut observer au moins vingt foals. Je publierai tous les résultats qui reposent sur cet effectif ou sur un effectif supérieur. Cependant, pour certains étalons, cet effectif est rarement atteint. Par ailleurs, je ressens la nécessité d’identifier des affinités à un stade plus précoce. J’ai donc ajouté à mes tableaux des affinités significatives au vu d’un plus petit nombre de descendants. J’ai imaginé un autre test statistique dérivé de la loi binomiale. J’ai utilisé ce test pour analyser le cas des étalons qui n’ont pas eu de gagnants de courses principales avec les filles d’un autre étalon. Je pensais que ces affinités négatives étaient significatives ; hélas ou heureusement (?), elles ne le sont pas.

Pour fabriquer progressivement cette carte des affinités, nous avons classé les étalons que nous étudions par lignée. Une lignée a un sens un peu spécial ici. Il s’agit d’un étalon, de ses fils et de ses petits-fils. Pour aider les lecteurs, j’analyserai les résultats en ordonnant les lignées de la manière suivante :

les descendants de Phalaris (Polymelus) comme Nearco (Pharos), Northern Dancer (Nearctic), Royal Charger (Nearco), Nasrullah (Nearco) et Dante (Nearco) ;

puis je passerai à un autre descendant de Phalaris avec Native Dancer (Polynesian) et ses fils ;

il y a ensuite des lignées diverses : Klairon (Clarion), Ribot (Tenerani), Hyperion (Gainsborough), Princequillo (Prince Rose), Will Somers (Tudor Minstrel), Intentionally (Intent) et Donatello (Blenheim).

La représentation des lignées mâles a un côté très réducteur et elle accentue la disparition de certaines qui sont encore présentes dans les pedigrees des étalons et des juments. On remarque malgré tout que la majorité des étalons que nous étudions descendent de Phalaris par la voie mâle et la moitié de cette majorité est issue de Nearco.

À la fin de ces chroniques, nous construirons un grand tableau, avec, en ligne, les étalons que nous avons étudiés, et en colonne, les pères de mères. Arriverons-nous à tirer des enseignements de ce tableau, ou devrons-nous constater que sa logique nous échappe ?