Hafsa, l’espoir des Monlau

30.06.2020

Hafsa, l’espoir des Monlau

Ce n’est pas quelque chose de courant. Mais l’inédite Hafsa de Monlau a débuté directement dans un Groupe, la Qatar Coupe de France des Chevaux Arabes (Gr2 PA), où elle était aussi la seule femelle au départ. Si ses débuts ne manquent d’originalité, c’est aussi le cas de sa genèse et de son pedigree.

Hafsa de Monlau (Saladin de Monlau) court sous couleurs d’Arezki Goutal. Ce personnage très discret est le fils de Marie-Ange Bourdette. Sa casaque, active depuis trois années seulement, perpétue la saga "Monlau". Et cela commence par une aide quotidienne au sein du haras. Marie-Ange Bourdette nous a confié : « Ce que j’ai fait avec Arezki, je l’aurais fait même avec une personne extérieure méritante. Mon fils aime les chevaux et nous aide dès qu’il rentre du travail. Il est récompensé avec la moitié de cette pouliche [l’autre moitié est pour Robert Bourdette, ndlr]. » Hafsa de Monlau est le troisième cheval à porter ces couleurs. Et les espoirs sont grands selon son entourage. Dans la Qatar Coupe de France des Chevaux Arabes, elle a montré qu’elle avait besoin de courir et de s’endurcir.

Des signes précoces de qualité. Marie-Ange Bourdette explique : « Lorsque "Hafsa" est arrivée près de Limoges au haras de l’Abbaye, pour y être débourrée, Jean-Charles Escalé nous a tout de suite dit qu’il aimait la façon dont elle se déplaçait. Elle était un peu grosse (rires), comme certains de nos chevaux à cet âge. Il a l’habitude de nos élèves qui arrivent chez lui à 2ans ou 2ans et demi, selon leur précocité. Jean-Charles Escalé a un excellent rapport avec les chevaux et a vu passer beaucoup de bons. » Fin octobre 2019, la pouliche a pris la direction de l’écurie d’Olivier Trigodet, son entraîneur : « Olivier a travaillé avec des grands. Chez Jean-François Bernard, il avait beaucoup de responsabilités. Il a confiance en la pouliche. Et nous avons confiance en son travail. Moi, tant qu’on ne m’esquinte pas mes chevaux et qu’on répond à nos attentes, ça me plaît. » Les Bourdette n’hésitent pas à confier des chevaux à de jeunes entraîneurs, comme David Morisson par exemple.

En souvenir d’Ezil. Hafsa de Monlau possède une histoire singulière. C’est un produit de Lawaha, elle-même issue du champion Ezil (Djourman), soit un courant de sang particulièrement rare. Marie-Ange Bourdette détaille le pedigree de la poulinière : « C’est un excellent papier où l’on retrouve Chéri Bibi (Baroud III), Ourour (Duc II)… Ezil a été l’un des meilleurs chevaux des Émirats. Il a couru jusqu’à 11ans pour la casaque présidentielle. C’était le prince des princes. Je me souviens avoir vu des panneaux à son effigie de Dubaï à Abu Dhabi. Il a longtemps détenu le record de gains là-bas. Ce n’était pas un très grand cheval, mais il était très typé. Le cheikh Zayed m’a acheté sa sœur Diesta (Esquirol). On m’a parfois demandé comment j’avais fait pour l’approcher. Ce à quoi je répondais : « J’ai attendu… » (rires). Pour avoir quelque chose, il faut persévérer. Le cheikh Zayed nous a quittés le même jour qu’Ezil et Diesta. Ils l’ont accompagné dans la mort. » Concernant l’arrivée de Lawaha au domaine de Monlau, elle poursuit : « Elle n’a jamais couru. Lorsque le cheikh Zayed est mort, son effectif a été dispersé. J’en avais acheté quelques-uns… dont Lawaha. Elle a produit Aïcha de Monlau (No Risk Al Maury), lauréate de deux courses dont le Prix Razzia III (Gr3 PA). Elle a ensuite été vendue au Qatar. Nous avons un produit par Al Mamun Monlau (Munjiz) qui est magnifique. »

Son père fait la monte en Iran. Hafsa de Monlau est une fille de Saladin de Monlau (Dormane). Invaincu lors de ses deux premières sorties, dont le Shadwell-Prix Tidjani (Gr3 PA), sa carrière a été interrompue par une blessure.  Marie-Ange Bourdette explique : « C’était un très bon cheval. Il a été opéré puis soigné en thalasso. Mais cela n’a pas suffi. Nous l’avons donc vendu comme étalon. Il a désormais une vie de rêve en Iran : c’est un vrai pacha (rires). Là-bas, il amène du sang neuf. En Iran, les chevaux ont tendance à avoir trop de consanguinité, comme ce fut le cas en Tunisie avec Esmet Ali (Hazil) et Dynamite III (Esmet Ali). Les Iraniens croient beaucoup en cet étalon… Nous avons cependant gardé de la semence congelée, chez Emmanuel Ceyssac, au haras de Thouars. Et c’est ainsi qu’est née Hafsa de Monlau… » Jean-Pierre Deroubaix, qui travaille régulièrement avec les Iraniens, nous a expliqué : « Saladin de Monlau et son sang neuf y sont très populaires. Les Iraniens ramènent des chevaux du Qatar, d’Abu Dhabi et d’Europe. Leurs pur-sang arabes sont enregistrés à la Waho et viennent surtout du Qatar car les chevaux émiratis ne peuvent voyager jusqu’à l’Iran avec la situation actuelle. La frontière turque est ouverte pour les chevaux venus d’Europe. Ils ont aussi des races locales, de type oriental, mais qui n’ont pas de passeport de la Waho. À cause des guerres, le stud-book n’a pas toujours été tenu. Il y a un programme spécial pour ces chevaux, un autre pour des chevaux de type Akhal-Téké à la frontière nord et un pour des pur-sang anglais importés d’Europe et des États-Unis. »

Sniper de Monlau, un destin peu commun. Arezki Goutal est apparu à plusieurs reprises en tant qu’éleveur sur les programmes. Notamment avec Sniper de Monlau (Câlin du Loup). Sa mère explique  « C’est un cheval qui n’a pas pu faire carrière en France. Il a donc été vendu aux Émirats Arabes Unis. Ce cheval avait un destin. ». La vente s’est déroulée à l’occasion du salon Adihex, à Abu Dhabi. « Lors de ce salon consacré à la chasse et à l’équitation, j’ai vendu Sniper de Monlau et deux autres chevaux… et ils ont tous gagné. C’était un peu une vente "sauvage" et Jean-Claude Alliès, rencontré pendant l’exposition, traduisait mes propos.

Helal Al Alawi, a gentiment mis Sniper de Monlau au travail. Il a fini par me dire : « Ce cheval est merveilleux. » Troisième de la Dubaï Kahayla Classic (Gr1 PA) 2017, lauréat de Groupe, il a pris beaucoup de gains. Sniper de Monlau fait la monte aux Émirats désormais.

C’est un étalon très demandé et on nous a même proposé de lui envoyer certaines de nos juments. Il avait même une chanson qui lui était dédiée et des supporters ! Cela fut une très bonne publicité pour notre élevage. »

Jean-Claude Allies est le responsable du développement international du groupe Paris-Turf. Il se souvient : « Lors de la vente, je faisais la traduction pour Helal Al Alawi et les personnes qui l’accompagnaient. Je précise que je n’ai pas pris de commission (rires). Sniper de Monlau était un cheval qui avait du mal à se mettre en jambe mais ensuite il refaisait un terrain considérable. D’ailleurs, quand il est venu courir la Qatar Arabian World Cup (Gr1 PA), j’avais dit que ce n’était pas un champ de course pour lui, qu’il y serait dépassé par les événements et ne serait jamais en course... et c’est ce qu'il s’est passé. »