James Owen ou la réussite d’une écurie de groupe pour pur-sang arabes

30.06.2020

James Owen ou la réussite d’une écurie de groupe pour pur-sang arabes

Il a été sacré tête de liste des entraîneurs de pur-sang arabes en Angleterre pour les saisons 2016, 2017 et 2019. James Owen est aussi le créateur d’une écurie de groupe pour pur-sang arabes qui connaît une belle réussite. Le Britannique s’est confié sur ses chevaux du moment et sur ses projets pour 2020

James Owen montait des pur-sang arabes pour le compte de ses parents avant de devenir un champion de point-to-point. Il est ensuite devenu l'assistant de John Ferguson durant trois ans. Lorsqu'il s'est installé en tant que préentraîneur, Shadwell lui a confié deux pur-sang arabes. S'il continue à débourrer et préentraîner de jeunes pur-sang pour David Simcock, William Haggas, Hugo Palmer, James Fanshawe et les Gredleys, les pur-sang arabes constituent aujourd'hui une part importante de son activité.

En 2015, son premier partant, Bon Baiser de Faust (Madjani), fut également son premier gagnant. Depuis, Owen a remporté trois titres de champion entraîneur de l'UK Arabian Racing Organisation (A.R.O.). Et il est sur les rangs pour un quatrième titre. Il entraîne la moitié de l’effectif de pur-sang arabes du cheikh Hamdan Al Maktoum basé au Royaume-Uni. Il gère donc la carrière de 23 chevaux appartenant au mécène de l'A.R.O., tout en ayant aussi des pensionnaires pour le compte de propriétaires extérieurs. Il a par ailleurs fondé le James Owen Racing Club en 2018, dont le porte-drapeau, Tijaary (Al Saoudi), fut en 2019 tête de liste des chevaux arabes au Royaume-Uni (par le nombre de courses gagnées).

Ses ambitions internationales. Deux mille dix-neuf fut une saison clé pour Owen : il a sorti son premier gagnant dans le circuit des Dubai International Arabian Races, et remporté sa première victoire de Groupe à seulement quelques semaines d'écart. Il a aussi triomphé en Belgique et aux Pays-Bas. L’entraîneur aimerait élargir son horizon, comme il nous l'a expliqué : « Nous avons réalisé une très belle année. Ce fut appréciable de pouvoir nous rendre à l'étranger, car cela nous a donné plus d'options pour courir. À Mons, Farhaa (Al Saoudi) est devenue notre premier gagnant à l'étranger. Nous avons aussi couru à Waregem. Nous sommes également allés à Duindigt où nous avons sorti quelques gagnants. Il est très facile de se rendre là-bas, le temps de trajet est raisonnable. Nous devrions y retourner cette année. J'aimerais beaucoup courir en France ensuite, même si le niveau y est beaucoup plus élevé. En mars, quelques-uns des 3ans que nous entraînons pour le prince étaient suffisamment avancés pour réaliser un galop sur un hippodrome, montés par des jockeys professionnels. Puis ils ont fait un break au début de la crise sanitaire liée au Covid-19, comme tous les chevaux ici. Et ils se sont beaucoup améliorés depuis leur retour au travail. Je ne souhaite pas me déplacer à l'étranger juste pour le plaisir d'aller courir ailleurs. Mais, s'ils s'avèrent compétitifs, alors nous irons en France. Wanassa (No Risk Al Maury) est une demi-sœur de la pouliche du cheikh Hamdan Al Azeeza (Munjiz). C’est l'une de celles qui a bien travaillé lors du galop à Lingfield. C'est une belle pouliche, qui semble plus forte physiquement qu'Al Azeeza tout en possédant une action similaire ; elle aura donc besoin d'un terrain rapide. »

La réussite à Newbury. Pour n'importe quel entraîneur britannique, mais plus particulièrement pour ceux entraînant pour le cheikh Hamdan, une victoire lors du ‘Dubai Day’ est l'un des objectifs de l'année. En 2019, Al Azeeza a remporté la course d'ouverture, les Emirates Premier Handicap sur 1.600m, Owen étant également l'entraîneur des deuxième et troisième, Naishaan (No Risk Al Maury) et Farhaa. Il se souvient : « Cela a mis du temps à arriver… c'était donc formidable d'avoir un gagnant lors des Diar. Al Azeeza est arrivée chez nous en provenance de chez François Rohaut, accompagnée de Jaheez (No Risk Al Maury). Les deux ont gagné pour nous ici, et Jaheez a gagné une belle course aux Pays-Bas par la suite. »

De retour à Newbury, Awzaan (Al Saoudi) a offert à son entraîneur un premier Groupe avec sa victoire dans les Royal Cavalry of Oman Clarendon Stakes (Gr3 PA) sur 1.000m. Il s'agissait également d'un premier succès black type pour son père, Al Saoudi (Nuits St Georges), qui fait dorénavant la monte au Royaume-Uni. Awzaan est le pensionnaire le plus âgé de Green Ridge Stables. Il était entraîné par Gill Duffield lors de ses débuts victorieux, elle qui avait également entraîné son demi-frère Jiyush (Mangante), lauréat des Dubai International Stakes et des Emirates Championship (Grs1 PA) en 2002.

L’entraîneur explique : « Awzaan n'est pas vraiment fragile. Il a juste eu besoin de beaucoup de temps pour arriver à maturité. À 5ans, il a terminé troisième sur le mile dans la Zayed Cup (Gr1) à Sandown, derrière Sir Bani Yas (Amer), et il a été difficile à situer suite à cette performance. Il montre beaucoup de vitesse à la maison, mais sort lentement des stalles de départ – j'ai toujours voulu essayer des artifices avec lui, mais je ne le pensais pas prêt pour cela. Dans les Clarendon, il est parti lentement, mais en l'espace de 100m, il était sur la bride et il est apparu comme le futur gagnant de la course longtemps avant le poteau d'arrivée ; les œillères ont bien fonctionné. Je pense que le mile lui conviendra, en fonction du tracé et de l'opposition. Il apprécie les terrains assouplis, une campagne automnale sera donc parfaite pour lui. »

Ses objectifs chez Arqana. Owen s'est d'emblée montré enthousiaste quant à l'achat de chevaux issus de lignées françaises, se rendant à Saint-Cloud en 2016 dans le but d'acquérir un 2ans. Il se rappelle : « Il y avait beaucoup de chevaux que j'aimais, mais je ne pouvais pas penser qu’ils seraient dans mon budget. En nous intéressant aux chevaux à l'entraînement, nous avons trouvé que Dolfina D'Ibos (Mahabb) présentait un beau modèle, net, très course. Elle n'avait pas montré grand chose lors de ses deux sorties [neuvième en débutant à Dax, derrière trois futurs lauréats de Gr1 PA et plusieurs placés à ce niveau, ndlr], mais j'ai pressenti qu'elle pouvait s'imposer au Royaume-Uni. Elle a gagné à trois reprises pour nous, devenant tête de liste des chevaux arabes au Royaume-Uni en 2017. Elle était l'une des premières partantes de notre Racing Club, et nous voulions l'utiliser comme poulinière, afin de produire des chevaux pour le Club. Elle a donné deux femelles jusqu'ici. La première, Mayfair (Al Tair), n'était pas très grande, comme beaucoup de premiers foals, mais elle a bien évolué. L'an dernier, elle a eu une autre pouliche, Picadilly (RB Burn). Comme nous avons apprécié ce qu'elle a produit, nous nous sommes autorisés à dépenser un peu plus, et elle a été inséminée la semaine dernière par Al Mourtajez (Amer). Les étalons arabes ne sont pas très chers, même s'agissant des bons, et nous voulions faire les choses bien. »

L'automne dernier, Owen est retourné chez Arqana, dans l'espoir d'acquérir deux chevaux inédits. Il nous a expliqué : « Lors de notre premier voyage pour Arqana, ma femme, Jenny, vétérinaire, m'avait accompagné, ce qui était idéal, mais aucun de nous ne parle bien français. Cette fois-ci, j'avais emmené avec moi l'un de mes amis, Nat Barnett, qui est courtier et achète régulièrement en France. Cette édition était plus accessible, il y avait de nombreux chevaux bien en-dessous de mon budget. J'ai acheté Sahis (Al Tair), un 2ans, pour 9.000 €. Il a évolué dans le bon sens depuis son arrivée, il possède un bon tempérament et ne cesse de s'améliorer. L'autre cheval, Sattam (General), n’avait pas trouvé preneur, ce que je n'aurais pas su si Nat n'avait pas été avec moi. Nous sommes alors retournés le voir. Il était chez Thomas Fourcy, qui nous a dit qu'à l'entraînement il se montrait un peu lent, ce qui n'est pas mal puisqu'il a quelques-uns des meilleurs pur-sang arabes du monde ! J'ai également pensé sur le moment qu'il semblait frêle. Comme ce n'était pas un futur étalon, nous l'avons castré tout de suite, puis l'avons laissé au repos et il s'est bien développé. Il est encore très décontracté, mais il n'a aucun souci et possède une jolie foulée. Nous aimerions le faire courir deux ou trois saisons pour le Club. Pour 3.000 €, nous n'espérons pas de black type, mais il devrait faire une bonne valeur par rapport au niveau de compétition qu'il rencontrera au Royaume-Uni. »

L'acquisition de Sattam avait pour but de renouveler l'Owen Racing Club, qui comptait plus de 30 membres la saison dernière. C'est un format qui a eu du succès dans le monde du pur-sang, où, pour une participation unique, les membres possèdent une part dans trois chevaux pour une durée d'un an. Ce projet ne vise pas l’élite de la compétition, que ce soit en termes de budget ou de niveau de compétition. L’entraîneur l’envisage comme une porte d'entrée, soit vers le propriétariat à titre individuel, soit vers la création d'un petit syndicat de propriétaires permettant un plus gros investissement. Des courses de haut niveau dédiées aux pur-sang arabes sont courues dans nombre de réunions de prestige pour les pur-sang. Et l'investissement financier nécessaire pour avoir un pur-sang arabe partant lors de ces journées est bien moindre par rapport à celui attendu avec les pur-sang anglais. C'est un aspect qu'Owen aime beaucoup mettre en avant, et il n'hésiterait pas à revenir chez Arqana pour dénicher un cheval qui serait compétitif au niveau des Groupes.

À propos de son expérience chez Arqana, il nous a confié : « L'ambiance est plus détendue que lors d'une vente de pur-sang anglais. Et la configuration de la vente est très bonne. La deuxième fois, j'étais mieux organisé, et avoir avec moi un courtier expérimenté a fait une grande différence. Arqana nous a très bien accueillis, nous reviendrons donc et je souhaite continuer à acheter en France. Cette année pourrait s'avérer un peu plus compliquée en raison du Covid-19, mais à l'avenir j'aimerais également être vendeur. Le marché est bon ici. »