Le haras du Bosquet, le secret le mieux gardé du Sud-Ouest

30.06.2020

Le haras du Bosquet, le secret le mieux gardé du Sud-Ouest

En plat comme sur les obstacles, les élèves du haras du Bosquet sont dans une forme insolente. Nous vous proposons de découvrir l’histoire de ce haras, aujourd’hui dirigé par Véronique Laborde et Bruno Thierry.

Le 18 juin, le pur-sang arabe Majd'Or (Majd Al Arab) a confirmé ses bons débuts en se classant troisième de la Qatar Coupe de France des Chevaux Arabes (Gr2 PA). Entre-temps, il a changé de casaque et d’entraînement. Ce poulain a débuté chez Didier Guillemin avec les couleurs de ses éleveurs, le haras du Bosquet. Désormais confié à Thomas Fourcy, il porte celles de Sheail bin Khalifa Al Kuwari. Deux jours plus tard, le 20 juin, la pensionnaire de Didier Guillemain Genmoss (Gentlewave) a remporté avec autorité l’Omnium des Anglo-Arabes à 12,50 %. C’est sa onzième victoire successive et elle est invaincue en autant de sorties. Dans l’histoire moderne des courses françaises, un seul cheval avait fait mieux. C’était au milieu des années 1990 avec Gloria IV (Vidéo Rock), laquelle est partie au haras en étant invaincue en 12 sorties. Genmoss est certainement le seul cheval capable de battre ce record. Et il lui reste jusqu’au mois de novembre pour y parvenir !

Les débuts. L’histoire débute au milieu du siècle dernier lorsque Jean Laborde, fils d’instituteur, transforme une ferme en haras : le Bosquet. Cette partie des Pyrénées-Atlantiques est l’un des secrets les mieux gardés de la France rurale. Au nord de Pau, le Béarn offre une terre d’élevage exceptionnelle, avec un climat particulièrement propice. Avant de devenir l’homme fort du Sud-Ouest, Jean Laborde a simplement commencé avec une jument achetée dans une foire. Comme souvent dans la région, c’est avec une anglo-arabe qu’il a mis le pied à l’étrier. L’histoire a oublié le nom de cette jument. Un peu plus d’une décennie après sa disparition, il est difficile de rendre compte de l’importance de Jean Laborde dans la scène hippique de l’époque. À la tête de deux haras – un dans le Sud-Ouest, l’autre en Normandie – il fut un élu apprécié de tous sur le plan national, le promoteur de nombreux étalons pur-sang anglais et un commerçant hors pair. Lui-même éleveur de plusieurs gagnants de Groupe en plat, Jean Laborde fit aussi naître bien des vocations d’éleveurs. Une course d’anglo-arabes porte son nom. Et c’est aussi le cas d’une épreuve pour pur-sang arabes !

Le meilleur élevage d’anglo-arabes actuel. Parmi les premières juments anglo-arabes du haras, il y avait la fameuse La Cigale II (Kesbeth), née en 1956 au Dorat, chez le célèbre Robert Bapt, lequel était à la fois médecin, éleveur, conseiller général et parfois aussi marchand de chevaux ! Son papier (Kesbeth x Vlan x Lotus VIII) et sa famille étaient à la frontière des sports équestres et des courses, ce qui était alors assez courant chez les anglo-arabes. Cette souche avait donné plusieurs bons chevaux chez Bapt, comme Xylène (Farceur VIII), Hylène (Fantaisiste II) et Israël (Fantaisiste II), trois étalons qui ont vraiment tracé avec leur production pour les sports équestres dans l’Adour. Mais c’est vraiment au haras du Bosquet que la famille a pris son envol, devenant l’une des toutes meilleures familles de galopeurs du stud-book anglo-arabe. El Soprano (Concertino), un petit-fils de La Cigale II, fut un 3ans exceptionnel. À cet âge, il remporta six de ses huit sorties, dont le Prix du Ministère et l’Omnium. La génération 1980 était de toute première qualité, car dans le Grand National, il battait Roseau d’Or (Fayriland II), futur grand étalon, et qui devrait battre le record kilométrique pour un anglo-arabe l’année suivante. En 2016, Didier Guillemin, qui a monté et entraîné quelques-uns des meilleurs de la race, nous avait confié au sujet d’El Soprano : « C’était un crack, que j’ai monté en course. Il était de la trempe d’Illusion Sauvage (Solid Illusion) et Benevolo de Paban (Lavirco). » Au haras du Bosquet, cette souche a aussi donné Cherco (Lavirco), meilleur mâle de sa génération en plat à 3ans et gagnant à Auteuil face aux "purs". Entre 2014 et 2018, cette famille a donné trois gagnantes du Grand Prix des Pouliches, le "Diane" des anglo-arabes (dont Genmoss). Sans compter la victoire de Manitopark (Walk in the park) en 2019, issue d’une autre famille et qui a été vendue à Simon Munir pour courir sur les obstacles en Irlande.

Des "anglo" aux "arabes". Jusqu’aux années 1980, c’est vraiment l’anglo-arabe qui permettait aux éleveurs du Sud-Ouest de tirer leur épingle du jeu, alors qu’il n’existait pas encore vraiment de marché pour les pur-sang arabes. Les Haras nationaux français bataillaient alors avec les Japonais pour acheter les meilleurs mâles et en faire des étalons. C’est ainsi qu’El Soprano, comme tous les meilleurs de son temps, est parti saillir en Asie. Il faut savoir qu’au début des années 1980, le Japon comptait un peu plus de 7.500 naissances par an de pur-sang anglais et 3.400 naissances d’anglo-arabes de course. Les réformes du programme japonais ont fait disparaître la race anglo-arabe de l’archipel au début des années 2000.

Aujourd’hui, Véronique Laborde et Bruno Thierry élèvent des anglo-arabes pour courir sous leurs couleurs. Leurs élèves sont confiés à Didier Guillemin, et avec trois naissances annuelles, ils sortent presque tous les ans un des meilleurs chevaux français de cette race. On peut dire, sans flagornerie aucune, qu’aucun haras n’avait connu un tel taux de réussite avec cette race depuis les années 1960, soit l’apogée d’Émile Lestorte.

À partir des années 1990, dans un marché en plein développement, le haras du Bosquet s’est lancé dans l’élevage des pur-sang arabes, parfois en association.

16 % de black type. C’est ainsi qu’ont été conçus une longue série de chevaux de Groupe comme Yatih (Tidjani), placé de l’Al Maktoum Challenge Round 2, Mon Emma (Djel Bon), deuxième du Sheikh Khalifa bin Zayed Al Nahyan (Gr3 PA), Kahzo (Dormane) Prix du Président des Émirats Arabes Unis, Sakari (Al Sakbe), troisième de The Doha International Stakes (Gr2 PA), Neferman (Dormane), deuxième de l’Arabian Triple Crown Round 3 (Gr3 PA), Fly to the Gulf (Tidjani), deuxième du Prix Denouste (Gr2 PA), Round 1 (Gr3 PA), Ryan Giggs (Tidjani), deuxième de la Coupe Goffs France à Chantilly et de l’Al Maktoum Challenge Round 1 (Grs1 PA), Bramatuero (Dormane), deuxième du Prix d'Abu Dhabi à Deauville, Osaira (Tidjani), troisième des Hatta International Stakes (Gr1 PA), Carab (Majd Al Arab), troisième de la H.H. Sheikh Abdullah bin Khalifa Al Thani Cup (Gr3 PA)… et Majd'Or. C’est-à-dire 11 black types sur 69 chevaux en âge de courir, soit 16 % de black type ! Et c’est sans compter les chevaux élevés pour le compte de clients, à l’image de plusieurs bons chevaux de Diane Waldron comme Fryvolous (Dormane), gagnant de la Dubai Kahayla Classic, de la National Day Cup, du Bob Magness Memorial Derby et des UAE Equestrian & Racing Federation Arabian Stakes (Grs1). Il ne reste qu’une seule jument pur-sang arabe au haras, Case d'Or (Dormane). Grâce à Majd'Or elle obtient un premier black type. Elle a une 2ans nommée Castair (Al Tair), un foal par le même étalon et elle a été saillie par No Risk Al Maury (Kesberoy) en 2020. Bruno Thierry se souvient : « La famille est arrivée au haras avec la mère de Case d'Or. Nous avons élevé les produits de Cassels Céleste (Brusally Orsalin), une jument américaine, avec Xavier Moreau. Elle nous a donné cinq black types. Plusieurs produits de Case d’Or ont été exportés et nous avons un peu perdu leur trace. Nous avons donc décidé de mettre Majd'Or à l’entraînement chez Didier Guillemin... Par le passé, le haras du Bosquet avait accueilli plusieurs étalons pur-sang arabes, comme Djel Bon (Manganate), Arbor (Doktryner) et Vathek (Grojek).»

L’obstacle aussi. Même si Véronique Laborde a élevé plusieurs bons chevaux de plat, comme Katoleme (Katowice), gagnant de la Coppa d’Orro di Milano (Gr3), ou Sekondi (RB Chesne), lauréat de 18 courses aux États-Unis dont le Meadows Derby (Gr3), la structure est désormais plus orientée vers l’obstacle. C’est au haras du Bosquet que sont nés Virak (Bernebeau), lauréat de 14 courses, dont le bet365 December Novices' Chase (Gr2), Mester (Tin Horse), gagnant du Prix Fifrelet (L) à Auteuil, ou encore Tsavo Ouest (Sendawar), troisième du Prix Univers II (L).

Bruno Thierry explique : « Les choses ont beaucoup évolué en l’espace de quelques décennies. Nous n’avons pas les moyens d’être compétitifs sur le marché du plat. Notre objectif, c’est d’avoir peu de chevaux, mais d’élever le mieux possible. Nous n’avons pas d’employés. Nous faisons tout nous-mêmes – nourrir, manipuler, curer… – ce qui n’est pas tous les jours facile. Heureusement, quand l’élevage connaît une période faste comme c’est le cas actuellement, c’est très motivant. En 2020, nous avons fait saillir 11 juments : une pur-sang arabe, deux AQPS, dont la mère de Virak, trois anglo-arabes et quatre pur-sang pour l’obstacle, comme la propre sœur d’Al Ferof (Dom Alco), lauréat du Supreme Novices' Hurdle (Gr1) à Cheltenham. Elle a été saillie par Buck’s Boum (Cadoudal). Les chevaux d’obstacle et les pur-sang arabes sont élevés pour être vendus. Nous courons les anglo-arabes pour notre propre compte. Il faut donc qu’ils soient très bons car nous payons toutes les pensions chez l’entraîneur. L’entente avec Didier Guillemin est très bonne. C’est un professionnel doué et honnête. Nous n’avons jamais changé la manière d’élever : les chevaux ont du mash tous les matins. Ils sont volontairement peu nombreux, pour que nous puissions nous occuper de chacun individuellement. Le soir, ils mangent de l’avoine concassée avec de l’orge. On ne peut pas faire plus traditionnel comme alimentation. Véronique est née au milieu des chevaux. De mon côté, bien qu’issu du monde agricole, j’ai tenu un restaurant en région parisienne à Marnes-la-Coquette. Le moniteur d’équitation du club voisin, Jean-Marc Baudrelle, entraînait quelques galopeurs. J’étais turfiste et je suis devenu propriétaire dans les années 1980 chez lui. Rambranlt (Reasonable Choice), un de nos premiers chevaux, a gagné le Prix Lutteur III (L) puis le Prix du Président de la République (Gr3)… après avoir fait du concours hippique ! »