LE MAGAZINE - Poules d’Essai, des podiums qui valent de l’or

Élevage / 05.06.2020

LE MAGAZINE - Poules d’Essai, des podiums qui valent de l’or

Figurer sur le podium d’un classique sur le mile est une étape cruciale dans la vie d’un éleveur, d’un étalon ou d’une souche. Alec Waugh, James Carpentier et Hervé Viallon se sont confiés quelques jours après les accessits (en or) de leurs élèves !

Par Adrien Cugnasse

Victor Ludorum (Shamardal) et Dream and Do (Siyouni) sont entrés dans l’histoire, ajoutant une ligne supplémentaire à leur remarquable réussite de leurs pères. L’histoire est écrite par les vainqueurs. D’ailleurs, si l’on vous demande de citer le troisième de la Poule d’Essai des Poulains 2000, vous allez certainement faire appel à Wikipedia ! Cela renforce la valeur de la victoire, et d’une certaine manière la beauté des courses. Mais c’est aussi assez injuste car lorsque l’écart à l’arrivée est d’un nez, l’amertume du clan des presque-vainqueurs est bien compréhensible. Et pour cause, "sortir" un placé classique, c’est une consécration.

Au nom du père. Les Poules 2020 ont été marquées par la réussite des Wootton Bassett (Iffraaj), avec The Summit (2e chez les mâles), Mageva (3e chez les pouliches) et Speak of the Devil (battue d’un nez chez les femelles). Sur le papier – et même en l’absence des étrangers – c’est une sacrée performance. D’ailleurs, cela n’est arrivé que deux fois depuis la fin de la deuxième guerre mondiale (comme nous l’a confirmé Xavier Bougon). En 1977, Beaune (Lyphard) et Durtal (Lyphard) se sont partagées la deuxième place des 1.000 Guinées françaises, et Pharly (Lyphard) terminait lui aussi deuxième de l’équivalent pour les mâles. En 1947, Montenica (Djebel) et Djama (Djebel) montaient sur le podium de la Poule des Pouliches, alors que Djelal (Djebel) se classait deuxième de l’épreuve des poulains. Lyphard (Northern Dancer) comme Djebel (Tourbillon) ont par la suite terminé tête de liste des pères de gagnants en France, avant de laisser une trace tenace dans le stud-book. Il serait aventureux d’annoncer que l’étalon du haras d’Étreham va faire aussi bien qu’eux. Mais s’il y parvenait, personne ne serait surpris. Et en attendant, son tour de force des Poules 2020 n’est pas le fruit du haras, car il peut se prévaloir de statistiques exceptionnelles sur le long terme. On notera par ailleurs que cinq de ses six placés de Gr1 (Patascoy, Speak of the Devil, Wootton**, The Summit, Mageva) sont "sortis" de haras de tailles raisonnables. Et non pas de la production d’un des poids lourds de l’élevage international. Encore un élément qui plaide en sa faveur.

Les intuitions d’Alec Waugh. L’homme de Jedburgh Stud fait partie de ces éleveurs français qui se distinguent par un taux de réussite élevé, sans avoir forcément les moyens d’un capitaine d’industrie. Et lorsqu’il a utilisé Wootton Bassett pour produire The Summit, ce dernier officiait à 6.000  € ! S’il a déjà élevé de nombreux gagnants de Gr1 pour ses clients (dont les Wildenstein, Raging Bull, Westerner, Bright Sky, Aquarelliste, Vallée Enchantée, Volga, Actrice… et tant d’autres), Alec Waugh aussi fait naître une série de deuxièmes dans des courses de rêve ! Il y a bien sûr The Summit (pour son compte), deuxième de la Poule 2020, mais aussi les deuxièmes de la Melbourne Cup (Gr1) Heartbreak City (pour Isabelle Corbani) et Marmelo (pour Deepwood Farm Stud), ou encore City Light (en association avec Isabelle Corbani), deuxième des Diamond Jubilee Stakes  et du Prix de la Forêt (Grs1). Il y a des accessits qui sont aussi beaux que des victoires ! Alec Waugh nous a confié ce jeudi : « La deuxième place de The Summit, pour moi, c’est fabuleux. C’est un bon poulain et je pense que c’est une belle édition. Le gagnant est tout bon ! La mère de The Summit, Acola (Acatenango), a été élevée par Cyril Humphris… et il fallait une certaine audace pour envoyer faire saillir une gagnante des Prix Cor de Chasse et Hampton, déjà mère de Chineur (King's Stand Stakes, Gr2), par un gagnant du Derby allemand ! J’ai utilisé Wootton Bassett lorsque les premiers 2ans étaient en piste, avec une belle réussite. Et leurs modèles me plaisaient beaucoup. Almanzor (Wootton Bassett) est sorti au bon moment : quand mes juments étaient pleines ! » Alec Waugh est aussi l’éleveur d’Abama (Alhebayeb), lauréate de Listed et deuxième du Prix Ronde de Nuit (L). Il explique : « C’est une association avec mon ami Thierry de La Héronnière. Nous avons acheté une part d’Alhebayeb (Dark Angel), un cheval vite et précoce qui nous a beaucoup plu au modèle ! »

James Carpentier, à cheval entre trot et galop. Avec Mageva, James Carpentier monte pour la première fois sur le podium d’un classique en plat. C’est From Fairway Consignment qui l’a présenté en août 2018 à Deauville, où Hubert Guy l’a payé 75.000 €. L’homme du haras Saint-James est bien connu au trot : président de l’hippodrome de La Capelle, il est d’ailleurs le coéleveur de Vittorio de Carly (Quaro) et de Carly (Rolling d'Heripre). Au galop, outre Mageva, on lui doit notamment Mondieu (Manduro), gagnant du Prix André Masséna - Grande Course de Haies des 4 ans (L), Trip to Rhodos (Rail Link), lauréat du St Leger Italiano (Gr3) et troisième du Prix du Cadran (Gr1), ou encore Diabolo James (Manduro), troisième du Prix Yacowlef (L). James Carpentier nous a confié ce jeudi : « J’élève des trotteurs depuis une bonne vingtaine d’années, avec entre cinq et sept juments. Les galopeurs sont arrivés il y a une décennie. Président de l’Union des propriétaires Eéleveurs de trotteurs des Hauts-de-France, je réside dans l’Aisne. C’est donc mon bras droit, Paul Munier, qui s’occupe de mes chevaux car notre haras de 16 hectares est situé au Carrefour Saint-Jean (14) et je tiens à saluer la qualité de son travail. C’est Paul Munier qui m’a transmis le virus et grâce à ses connaissances, j’ai petit à petit investi dans cette discipline car j’ai une totale confiance en lui. Sans lui, je ne l’aurais jamais fait ! Ce podium classique, c’est une belle récompense pour des éleveurs comme nous qui ont des petits moyens. C’est Guy Petit qui acheté la mère de Mageva pour moi et, par bonheur, elle est encore à l’élevage ! Au moment de me lancer au galop, j’ai souvent côtoyé Robert Collet, cela m’a permis de découvrir l’entraînement. J’avais déjà remporté un Gr1 en tant que copropriétaire au trot (Malakite, Prix du Cornulier)… et ce Gr1 en tant qu’éleveur au galop, c’est une belle récompense. J’ai bien conscience que c’est une situation exceptionnelle quand on a deux à trois naissances annuelles Et je suis aussi heureux que Mageva porte les couleurs d’Antoine Gilibert, un confrère président d’hippodrome ! Fabrice Chappet a fait du super travail. »

Hervé Viallon, en plat, sur les obstacles et au trot ! Transporteur bien connu, Hervé Viallon trouve aussi le temps d’élever. Notamment Speak of the Devil qui n’est pas passée loin de la victoire dans la Poule. La pouliche est passée deux fois en vente. Présentée par le haras des Trois Rivières à la vente d’élevage 2017, elle y a été achetée par Ghislain Bozo pour 45.000 €. Étreham l’a présentée en octobre 2018, où Fabrice Chappet a signé le bon à 62.000 €. Ghislain Bozo a aussi acquis sa mère, Moranda (Indian Rocket), pour 52.000 € à la dernière vente d’élevage et elle fait actuellement partie de la jumenterie du Gestüt Brümmerhof. Avec le même étalon, Hervé Viallon a notamment sorti le bon 2ans Wootton’s Colt (Wootton Bassett), lauréat du Premio Criterium Nazionale (L) et détenteur du record des 1.200m à San Siro pour un 2ans. Chez les sauteurs, on lui doit My Name Is Nick (Nickname), deuxième du Prix Maurice Gillois (Gr1), et Kingalola (Kingsalsa), deuxième d'un Prix Dominique Sartini (L). Hervé Viallon nous a expliqué : « Vraiment, Speak of the Devil a formidablement bien couru. Contrairement a ce qui été écrit, la ligne de ses débuts gagnant est très bonne. Il y avait donc de l’espoir ! Mais si une personne m’avait dit que je produirais un jour une placée classique… j’aurais pensé qu'elle était folle ! Avec un petit effectif, j’ai la chance d’être monté sur le podium de Gr1 en plat, en obstacle et au trot avec Arca des Jacquets (Prix d’Essai, Gr1). Je n’ai que trois poulinières et désormais je me concentre sur le plat : j’ai fait le tour du trot et quand a peu de naissances, l’accidentologie de l’obstacle est un peu décourageante. Mes juments sont stationnées chez Hervé Lair, lequel m’a un peu guidé lorsque je suis passé du trot à l’obstacle. Avant de la vendre, Moranda m’a donné un yearling par Almanzor en association avec monsieur de Chambure. »

Speak of the Devil est issue d’une souche du Quesnay, celle de Silvermine (Bellypha), qui est passée par l’écurie Jarlan et le haras de Colleville. Spain (Bering), sa deuxième mère, est sous le feu des projecteurs depuis le début de l’année 2020 grâce aux performances de Batwan (Kendargent), lauréat du Prix de Saint-Georges (Gr3), Wanaway (Galiway), gagnante du Prix Ronde de Nuit (L), Speak of the Devil et Galik (Galiway), facile lauréat pour ses débuts ce mercredi à La Teste-de-Buch.