Marcel Dupont, une histoire de patience, de passion et de détermination

30.06.2020

Marcel Dupont, une histoire de patience, de passion et de détermination

Son élevage connaît une belle réussite depuis quelques années, avec des chevaux de Groupe comme Fettah du Loup, Eiman du Loup ou encore Oleya du Loup. Personnage d’une grande discrétion, ce chef d’entreprise a accepté de nous ouvrir les portes de son jardin secret.

Ceux que l’on appelle les gens du Sud-Ouest, ceux qui y sont nés tout du moins, se reconnaissent immédiatement. Au-delà de l’accent, que l’on peut perdre en quittant sa région, ils partagent cette retenue, cette pudeur qui fait qu’au sud de Limoges et à l’ouest de Montpellier, il n’y a pas vraiment de place pour l’ostentatoire. Aussi chaleureux et accessibles soient-ils, ces gens du Sud-Ouest n’en sont pas moins mystérieux. Ils ne se dévoilent pas facilement. Ce n’est pas tout à fait un hasard si cette région a adopté le rugby : ce sport sans star, mais si difficile, si exigeant en termes de courage et d’opiniâtreté. Cela correspond bien à notre sujet : Marcel Dupont. Installé à Gensac-sur-Garonne (31), c’est un homme aussi discret que déterminé. Et son histoire sort des sentiers battus.

Qu’est-ce qu’un pur-sang arabe français ? Certains vous parleront de lignées. D’autres de lieux de naissance. Mais dans un monde globalisé, c’est avant tout le fruit d’une sélection, d’un programme de courses et d’un cumul de savoir-faire. De celui qui croise à celui qui entraîne en passant par celui qui nourrit. Ce sont donc des milliers de personnes, avec leurs expériences et leurs connaissances, qui ont fait et qui font actuellement, jour après jour, le pur-sang arabe français. Dans ce contexte, une jument d’origine exotique, sans antécédents hippiques, peut produire des galopeurs, en quelques décennies, au fil des croisements… Au sujet de ses premiers pas dans cet univers, Marcel Dupont se souvient d’ailleurs : « L’histoire de mon élevage est assez folle. Je suis passionné par les chevaux depuis ma jeunesse. Et lorsque j’ai acheté une ferme, j’ai aussi acquis une jument pur-sang arabe. La noblesse et l’élégance de cette race m’attiraient. Awadj (Zulus), magnifique jument, était née en 1987 pour le show. Ni elle, ni aucun cheval de sa proche famille, n’avait été testé en course. C’est une souche qui a aussi donné de bons résultats en endurance, notamment avec certains sujets dont l’entraînement a été perturbé par des erreurs. C’est par exemple le cas de Vahina du Loup (Djebel Lotois), laquelle reste sur une victoire sur 130km. Elle est montée par Émilie Quessada. Les chevaux, il faut les aimer. Sinon, on ne peut pas se lancer dans une telle aventure. Pour prendre son envol, il faut un certain capital, mais il faut aussi se faire aider. Et moi, j’ai manqué de – bons – conseils au départ. Bien après les débuts de mon élevage, j’ai commencé à m’intéresser aux courses, après avoir rencontré Francis Lopez. »

Des débuts difficiles. Installé au lieu dit "Le Loup", à une cinquantaine de kilomètres de Toulouse, Marcel Dupont poursuit : « Francis Lopez m’a suggéré de prendre l’étalon Olympe la Coste (Elaborat), lequel a sailli pendant cinq années chez moi. C’est un cheval qu’il avait entraîné. Mais ce ne fut pas un choix très heureux. Il ne produisait pas bien et j’ai donc perdu un certain nombre d’années. Seul Henour du Loup (Olympe la Coste) avait gagné une fois, en 2001, à Dax. L’absence de résultat, c’est décourageant. J’ai été tenté d’arrêter. Ce n’est pas passé loin d’ailleurs. Mais les chevaux me passionnent et je me suis accroché. J’ai donc continué à élever, en parallèle de mon activité professionnelle. J’aime la compétition, les challenges, et c’est cet aspect qui m’attire dans les courses au galop. Mon but, c’est d’améliorer mon élevage. Je suis passionné par le fait de bâtir quelque chose, de monter un projet. J’essaye de faire toujours mieux, dans toutes les étapes de la vie d’un cheval dans mon élevage, en espérant avoir un impact positif sur le futur athlète. » Issu d’une bonne famille française, Olympe la Coste fut un modeste compétiteur, ne remportant qu’une seule de ses 20 sorties publiques, à Eauze. En France, il a laissé 37 produits en race pure. Neuf ont couru et trois ont gagné. Il semble avoir un meilleur bilan en tant que père de mère, en particulier grâce à Ina Scot de Colmar (Olympe La Coste). Nous évoquerons le cas de cette jument plus loin dans cet article…

Apprendre de ses erreurs. « Comme dans le monde de l’entreprise [Marcel Dupont a dirigé une structure de transport spécialisée dans l’international, ndlr], j’ai évolué en autodidacte au moment de découvrir celui des chevaux. Cela demande une certaine ténacité. Et du travail. En ce qui concerne l’élevage, je n’ai pas vraiment été conseillé au départ. Ce fut donc un long apprentissage : empirique, par l’erreur, par l’échec… Heureusement, je n’ai pas baissé les bras et cette persévérance se révèle payante aujourd’hui. Après une longue période sans résultats, j’ai donc changé mon fusil d’épaule, en utilisant sur la souche d’Awadj des étalons français comme Dormane (Manganate), Kerbella (Kesberoy) ou encore Tidjani (Flipper). Paida du Loup (Dormane), une petite-fille d’Awadj m’apporte aujourd’hui de grandes satisfactions. » Cette Paida du Loup a notamment donné à Marcel Dupont Fettah du Loup (Kerbella), lequel a débuté sous l'entraînement d'Anthony Lopez. Il fut le premier lauréat de Groupe de son éleveur en remportant le Prix Tidjani (Gr3 PA) en 2019. Avant son exportation, également sous l’entraînement d’Élisabeth Bernard, il s’est aussi classé troisième de l’Al Rayyan Cup - Prix Kesberoy (Gr1 PA). Paida du Loup a ensuite produit Hyla du Loup (No Risk Al Maury). Cette dernière a débuté victorieusement  le 29 mai, sous l’entraînement de Thomas Fourcy et pour le compte du cheikh Saad Al Mukhani Bahwan. Marcel Dupont a confié Houary du Loup (Nieshan) à David Morisson et il nous a dit : « Je pense que c’est un cheval prometteur, certainement un peu tardif. J’apprécie la franchise et l’honnêteté de cet entraîneur. »

Une rencontre déterminante. Après avoir travaillé sur la souche d’Awadj, Marcel Dupont a acquis une autre famille. Avec l’arrivée d’Ina Scot de Colmar, il s’offrait ainsi une descendante de Nevadour (Ourour). Cette dernière a très bien produit dès le départ et son premier produit, Oleya du Loup (Kerbella), a gagné sept courses, dont le Prix Baroud II et le Prix de l'Élevage, avant de devenir une très bonne poulinière. Ina Scot de Colmar a aussi donné Eiman du Loup (Kerbella), troisième de The Hatta International (Gr1 PA). Marcel Dupont se souvient : « Mon premier bon élève, en ce qui concerne les résultats en course, fut Oleya du Loup. Elle a décroché sa première victoire en 2006. C’est en partie grâce à elle que j’ai continué. L’élevage, c’est une passion très prenante. Je fais moi-même mes foins, je m’occupe moi-même de mes chevaux. Il me reste trois poulinières. » L’élément déclencheur a été la rencontre avec Karin van den Bos : « Je ne la connaissais pas. Un soir, alors qu’elle rentrait de Pau, elle s’est arrêtée chez nous. Nous sommes allés voir les chevaux à minuit dans les champs ! Le lendemain matin, nous sommes revenus les observer à la lumière du jour. Elle les a regardés galoper. Et elle a choisi Oleya du Loup. Plus tard à l’entraînement, la pouliche a montré des moyens. Karin van den Bos était enthousiaste et les résultats ont été au rendez-vous. » Oleya du Loup, troisième du Critérium des Pouliches (Gr2 PA) a (déjà) donné trois black types avec Samima (Dahess), lauréat du Qatar Arabian Trophy des Juments et du Prix Dragon à Longchamp (Grs1 PA), Lightning Bolt (Munjiz), lauréat des Dubai International Stakes et de l’Arabian Derby (Gr1 PA) et Dynamites (Nashwan Al Khalidiah).