TRIBUNE LIBRE : les régions réagissent !

Courses / 08.06.2020

TRIBUNE LIBRE : les régions réagissent !

La tribune libre du docteur Krief sur les belles courses en région n’a laissé personne indifférent (vous pouvez la relire ici : http://www.jourdegalop.com/2020/06/tribune-libre-sans-l-ecrin-le-bijou-n-est-rien?q=krief&docid=85776). Trois de nos lecteurs ont souhaité y réagir. Voici leurs avis.

Nous vous invitons aussi à découvrir l’opinion de la rédaction de Jour de Galop, publiée dans notre rubrique "Le Mot de la fin".

Ce qui est excessif est insignifiant

Par Jean Claude Ravier, président de la Commission des régions & les présidents de principales sociétés régionales

« Certains hippodromes régionaux sont-ils des écrins ? Nous pouvons philosopher longuement sur la question mais nous pensons que oui. Les Anglais sont pragmatiques et n’hésitent pas à courir leurs meilleurs chevaux dans des Grs1 à Haydock, Doncaster ou Aintree. En France, la quasi-totalité des Groupes se dispute sur les hippodromes de France Galop en région parisienne et quelques-uns à Deauville.

La tribune récente sur le sujet est d’une arrogance qui n’honore pas son auteur ; elle est surtout méprisante à notre endroit, ce qui n’est pas grave – quoique, mais aussi pour nos petites équipes qui ont énormément travaillé (avec leur immense compétence et dévouement) pour assurer le déroulement des réunions prévues ou déplacées dans le contexte actuel. Nos hippodromes sont entretenus avec des pistes de qualité et sélectives. Grâce à l’efficacité de nos dirigeants, les courses hippiques sont la seule activité "sportive" à avoir repris, à la satisfaction des propriétaires (malgré le huis-clos) et des socio-professionnels (qui majoritairement l’ont reconnu). Sommes-nous condamnés dans l’esprit de certains à ne pouvoir organiser des handicaps inférieurs à 34, des réclamers ou quelques maidens (avec trop peu de partants ce qui est regrettable) ?

Nous ne le pensons pas. Nous tenons chaleureusement à remercier le président Rothschild et les membres du Conseil d’administration pour avoir proposé et maintenu (malgré la pression de bien-pensants) la délocalisation de Groupes en région (trois Groupes en plat à Lyon et trois en obstacle à Compiègne). Le programme était un peu hétérogène (félicitons à ce sujet les équipes de France Galop qui ont dû faire et refaire le programme). Certains oublient que l’Institution ne survivra que si la base de la pyramide tient.

Grâce à l’organisation de réunions en région, le jeu a repris ; les enjeux progressent de manière significative ; nos turfistes reviennent avec enthousiasme (même avec des courses en région !).

N’oublions pas que par la décentralisation initiée par le président Lagardère (le 1er Quinté décentralisé s’est déroulé à Lyon devant 35.000 personnes), et développée par la suite (augmentation de l’offre parfois excessive), les régions représentent aujourd’hui un tiers du chiffre d’affaires du PMU.

Les classiques doivent se dérouler sur les hippodromes de France Galop, mais nous demandons simplement un peu de reconnaissance. »

Merci !

Par Jean-Paul Challet

Propriétaire, éleveur, membre du Comité de l’Association PP - Province Paris

« Certains présidents d’hippodromes régionaux auront reçu un message urgent de France Galop pour leur demander de se tenir prêts à ouvrir leurs pistes dès que le gouvernement autoriserait la reprise des courses. Les bénévoles se sont tout de suite mobilisés. Il a fallu adapter l’hippodrome aux très lourdes contraintes d’un cahier des charges spécifique pour respecter le huis-clos. Il a fallu accélérer certains travaux de remise en état d’obstacles, de lisses. Ils sont nombreux à avoir enfilé le bleu de travail en sortant du bureau pour redonner dans l’urgence un coup de peinture, réaménager différemment le vestiaire des jockeys, mettre en place une signalétique spécifique sur les gestes barrières. Il a fallu trouver au pied levé des commissaires, eux aussi bénévoles. Puis, parce qu’un fonctionnaire du ministère de l’Intérieur en a décidé autrement, il aura parfois fallu fermer l’hippodrome du jour au lendemain au prétexte qu’il est en zone "rouge", dans un processus de décisions parfaitement aberrant, et préparer à toute vitesse un site de remplacement.

Commerçants, fonctionnaires, agriculteurs, retraités, les animateurs bénévoles des hippodromes de province sont montés au front pour permettre la reprise des courses dans des conditions jugées par tous de très bon niveau. Ces animateurs, je les côtoie depuis des dizaines d’années au sein de la société des courses de Niort et d’autres hippodromes partout en France. Je connais leur engagement, leur abnégation, leur investissement personnel.

Une piste jugée trop lourde ou au contraire pas assez arrosée, des boxes pas assez nombreux, des horaires pas toujours respectés et on leur "tombe dessus" pour les agonir de reproches. Ils assument car l’objectif reste que les courses se déroulent à la satisfaction des professionnels et du public souvent nombreux en province.

Cette crise aura rappelé leur rôle indispensable. Au nom de beaucoup de mes amis propriétaires, éleveurs, j’avais juste envie de leur dire MERCI ! »

Il n’est de bon bec que de Paris

Par Jacques Le Dantec

Président de l'Association des propriétaires et permis d'entraîner (Appe)

« Par cette affirmation, François Villon ne parlait alors que de la conversation des Parisiennes et non des hippodromes de la capitale. Si les grandes épreuves ont plus de faste sur les champs de courses prestigieux, fleurons de notre activité et j'en conviens, comment peut-on écrire que « la décentralisation souhaitée par Jean-Luc Lagardère était une mauvaise idée » ? Comment peut-on condamner une politique de régionalisation dont les effets bénéfiques sont multiples et qui ont à leur époque sauvé les courses d'un marasme endémique ?

Jean-Luc Lagardère a permis à la province d'émerger en sécurisant, modernisant et améliorant les structures d’hippodromes au profil sélectif par le biais des retombées financières des réunions premium.

Habitant dans le Sud-Ouest, il me semble que Bordeaux, La Teste, Toulouse ou Pau (obstacle) méritaient d'être reconnus comme facteurs d'événements et tremplins avérés pour les épreuves de prestige "parisiennes".

Par voie de conséquence et dans le même temps, la décentralisation instaurée par Jean-Luc Lagardère a permis le développement d'écuries provinciales, dirigées par de bons professionnels dont les pensionnaires ont acquis un niveau leur permettant de monter à Paris sans complexe et avec les succès qu'on peut constater.

La province, c'est aussi un effectif de 5.460 chevaux à l'entraînement contre 3.132 répartis entre Maisons-Laffitte, Chantilly et Deauville. Pourquoi ne pas donner aux régions la possibilité de courir de belles épreuves sur leurs hippodromes et faire plaisir à un public local qui remplit plus souvent ses hippodromes que les Parisiens, hormis les grandes journées ?

Enfin quand on connaît le coût d'organisation d'une journée de courses sur un hippodrome régional, il est sans commune mesure avec le déficit abyssal d'une journée parisienne.

La décentralisation voulue par Jean-Luc Lagardère a généré une ère nouvelle de courses dont le partage Paris/province est équilibré et ne doit pas être modifié, n'en déplaisent à des parisianistes grincheux et jacobins. »