Une année classique pour le Logis Saint-Germain

Courses / 02.06.2020

Une année classique pour le Logis Saint-Germain

En remportant l’Emirates Poule d'Essai des Pouliches (Gr1), Dream and Do ** (Siyouni) a offert un premier classique au haras du Logis Saint-Germain, en tant qu’éleveur, mais aussi en tant que propriétaire. Outre-Manche, deux autres élèves d’Olivier Carli sont en route pour les classiques.

Par Adrien Cugnasse

C’est une histoire de rencontres. Venu des sports équestres, Olivier Carli a repris le haras du Logis Saint-Germain en 2008 et il nous confiait en 2012 : « Tout est parti de ma rencontre avec Claude Lambert, le manager du haras, qui fait un travail extraordinaire. C’est lui qui m’a donné envie d’investir. Aujourd’hui, je trouve que les courses sont un univers passionnant. » L’homme s’est rapidement pris au jeu, sponsorisant d’ailleurs le Prix Guillaume d’Ornano (Gr2). Plus tard, d’autres rencontres, en particulier avec Jean-Claude Rouget et François Nicolle, l’ont poussé à se diversifier vers l’obstacle. Olivier Carli est copropriétaire de Kool Has (Martaline), gagnant du Prix Amadou (Gr2) et deuxième du Prix Cambacérès (Gr1).

Un succès historique. Jérôme Glandais, après avoir assisté Claude Lambert, est désormais directeur du haras. La (remarquable) génération de 3ans actuelle est la première élevée sous sa direction et il nous a confié : « Quel bonheur ! Nous aurions préféré vivre cela tous ensemble, sur l’hippodrome. Mais ce n’était pas possible vu le contexte actuel. Les victoires classiques restent dans l’histoire. Personne ne pourra nous l’enlever ! Cela propulse le haras dans une autre dimension. C’est une magnifique récompense pour monsieur Carli. Il s’est beaucoup investi dans son élevage, dans les courses…  Nous avons tellement besoin d’éleveurs et propriétaires français comme lui. Si je devais résumer ce succès, je dirais que c’est avant tout la victoire d’une équipe. Ce mardi matin, tout le monde est venu au haras le cœur léger, avec le sentiment d’avoir bien travaillé. Monsieur Carli a 25 juments, et sortir une lauréate classique est une sacrée performance. Mais nous sommes par ailleurs un haras commercial et nous étions aussi très fiers des trois victoires au niveau Gr1 de French King (French Fifteen), récent deuxième du Grand Prix de Chantilly (Gr2). Il a été élevé au haras du Logis Saint-Germain pour le compte de Son Altesse le cheikh Abdullah bin Khalifa Al Thani et il est issu de French Fifteen (Turtle Bowl), qui fait la monte ici et qui est proposé à un super rapport qualité-prix. Il fait de véritables chevaux de course, sains, qui progressent avec l’âge. Plusieurs ont été exportés pour de belles sommes outre-Manche afin de courir sur les obstacles. »

La genèse de Dream and Do. « J’aimerais aussi rendre hommage au travail de Claude Lambert, qui m’a transmis le relais. Toute réussite trouve ses racines dans le passé. C’est grâce à lui que j’ai rencontré monsieur Carli. Au fil des années, la qualité de la production du haras du Logis Saint-Germain s’est beaucoup améliorée grâce aux investissements dans la jumenterie, tout en montant en gamme au niveau des saillies. Nous avons aussi un peu changé l’alimentation des yearlings. Tous les ans, monsieur Carli essaye d’acheter une bonne jument, à Deauville ou à Newmarket. Ce fut par exemple le cas de la sœur de Polydream (Oasis Dream), celle de Leading Light (Montjeu) et celle de Solow (Singspiel). En novembre 2016, nous sommes allés chez Tattersalls, avec un budget raisonnable. Siyouni (Pivotal) était déjà à la mode, ayant donné la classique Ervedya (Coronation Stakes, Poule d'Essai des Pouliches & Qatar Prix du Moulin de Longchamp, Grs1). Dès lors, acheter une jument pleine de ce jeune étalon semblait être un bon investissement, avec la possibilité de bien vendre le yearling à venir. Nous avions donc repéré Venetias Dream (Librettist). C’était une belle jument, correcte, marchant bien. La belle saillie compensait le fait qu’elle soit une fille de Librettist (Danzig). Il y avait aussi beaucoup de vitesse dans ce papier, avec notamment Danzig et Machiavellian. Nous avons attendu le passage de Venetias Dream sur le ring, en espérant qu’elle reste dans un tarif raisonnable. Probablement à cause de Librettist, elle n’a pas fait le prix attendu et nous l’avons eue pour 80.000 Gns. Chaque achat de jument est une prise de risque, quel que soit le prix. Et la chance était de notre côté car elle a donné Dream and Do dès son premier produit. »

Frédéric Rossi y a toujours cru. « Dream and Do était une belle pouliche, mais nous l’avons rachetée 80.000 € yearling. Nous l’avions présentée en août, mais octobre lui aurait peut-être plus convenu et elle avait en outre un petit souci vétérinaire qui a certainement refroidi les acheteurs. Compte tenu de sa qualité, nous n’avons pas voulu la brader. Monsieur Carli a rencontré Frédéric Rossi et ce fut la première pouliche qu’il lui a confiée. Comme elle était un peu immature, nous pensions que le climat du sud lui serait favorable. Dès le départ, son entraîneur y croyait beaucoup. Il a toujours dit que c’était une pouliche de premier plan et n’a pas hésité à la faire débuter dans l’Arqana Prix des Marettes. Nous étions un peu surpris, compte tenu de la grande réputation de ce maiden. Mais elle avait bien couru, se classant deuxième. Toute l’équipe de Frédéric Rossi a fait du très bon travail avec cette pouliche et la suite lui a donné raison, avec la victoire dans le Prix Miesque (Gr3) et dans la Poule. »

Une génération de 3ans exceptionnelle. Le cru 2017 du haras du Logis Saint-Germain connaît une réussite remarquable, avec notamment Dream and Do bien sûr, mais aussi Royal Lytham (Gleneagles), lauréat des July Stakes (Gr2) et troisième des Keeneland Phoenix Stakes (Gr1), Again Music (Palace Épisode), battue du minimum dans le Derby du Midi (L), et l’espoir classique Brentford Hope (Camelot). Ce dernier n'a couru qu'une seule fois, en octobre dernier à Newmarket, remportant son maiden de cinq longueurs. Ce jour-là, le style était impressionnant et il est proposé à 20/1 dans le Derby d’Epsom (Gr1). Il y a quelques jours, son entraîneur, Richard Hughes, a déclaré à son sujet à Sporting Life : « On parle de lui comme un cheval de Derby. À présent, il va devoir gagner une préparatoire pour confirmer ce statut. » Royal Lytham et Brentford Hope ont été vendus par le Logis Saint-Germain. Jérôme Glandais poursuit : « Nous avons toujours beaucoup aimé Camelot (Montjeu) et nous lui avons envoyé des juments tous les ans. Ce fut notamment le cas de Miss Raven (Raven's Pass), une jument avec de la vitesse dans le papier, qui avait besoin d’un étalon avec du physique et de la classe. Le produit, Brentford Hope, a été vendu 80.000 €. Il a rapidement montré de la classe et a d’ailleurs été revendu 130.000 € aux breeze up, ce qui n’est pas courant pour un cheval avec un père de tenue. Son nouvel entourage lui a donné un break et pour sa seule sortie, il a montré un véritable éclair de classe. Des offres colossales ont été refusées. C’est vraiment un cheval exceptionnel. » Concernant Royal Lytham, Jérôme Glandais détaille : « Nous sommes allés à Gleneagles (Galileo) car c’est un cheval qui avait montré beaucoup de classe à 2ans, avant de confirmer l’année suivante. L’idée était aussi de reproduire le croisement de Galileo sur Anabaa qui fonctionne très bien. La mère, Gotlandia, en bonne fille d’Anabaa, avait besoin d’un étalon qui apaise son tempérament. Or Galileo et ses fils ont tendance à être froids. Royal Lytham a été vendu 180.000 € chez Arqana à M.V. Magnier. » Ce dernier est engagé dans les 2.000 Guinées d’Irlande (Gr1) où les bookmakers le proposent à 14/1.