Urs et Franziska Aeschbacher ont choisi la France

07.06.2020

Urs et Franziska Aeschbacher ont choisi la France

Éleveurs, entraîneurs et propriétaires, Urs et Franziska Aeschbacher se sont installés dans le Sud-Ouest de la France en 2018. Leur objectif ? Produire des pur-sang arabes et pur-sang anglais compétitifs. Ce couple venu de Suisse nous a dévoilé les coulisses de la création du haras du Nil.

Le nom de Nile Arabians vient de deux pouliches égyptiennes importées en Suisse en 1976 par Toni et Rita Aeschbacher. L’entité a grandi pour atteindre les 26 chevaux aujourd’hui, désormais sous la houlette d’Urs Aeschbacher et de son épouse, Franziska. Au début de l’année 2019, après avoir longtemps recherché la bonne propriété, ils ont fait le choix de déménager en France. Et le haras du Nil est désormais bien installé dans le Limousin.

La naissance en Suisse. Urs et Franziska sont suisses et ont grandi dans le milieu du cheval. Urs a concouru en dressage et CSO avec des chevaux de selle, mais aussi des pur-sang arabes. Franziska préparait de jeunes chevaux de CSO pour un marchand international. Ils se sont rencontrés, non pas grâce aux chevaux, mais lorsque Franziska a fait un stage de consultante en tourisme dans l’agence de voyage tenue par le père d’Urs. C’était il y a bientôt 36 ans.

Pour Urs, la découverte du pur-sang arabe est intervenue à l’âge de 12 ans avec l’étalon Shagya Hamilkar. L’entente entre les deux grandissant, ils ont donné des représentations de travail en liberté (sans selle ni bride), en dressage et en CSO. Urs Aeschbacher nous a dit : « Hamilkar était mon ami. Nous partagions tout ensemble. C’est à ce moment que je suis tombé amoureux du cheval arabe. »

C’est par l’intermédiaire d’Urs que Franziska a découvert les chevaux arabes et elle explique : « À ce moment-là, j’ai réalisé que les pur-sang arabes n’étaient pas simplement des chevaux de show, mais aussi de très bons chevaux de selle. Et dès lors, j’ai commencé à vraiment m’intéresser à la race. Dans les années 1970 et 1980, les courses de pur-sang arabes et l’endurance n’étaient pas encore très développés en Europe. Et comme nous aimions la compétition, nous n’avions eu d’autre choix que de participer à des shows avec nos chevaux. »

Une première expérience en course

L’odyssée de Nile Arabians dans les courses a débuté en 1991. Toni et Rita avaient alors vendu Nil Krushan (Versal x Nil Najada) à Paul Daverio. Bien qu'ayant été acquis pour en faire un cheval de selle, Nil Krushan fut son premier pur-sang arabe. Et ce n’est qu’au moment où le cheval a atteint l’âge de 4ans que Paul Daverio a appelé les Aeschbacher pour leur dire que le poulain allait prendre part à une course à Frauenfeld, en Suisse.

Franziska se souvient : « Nous sommes tous allés au champ de course et avons vu pour la première fois une course de pur-sang arabes. Nil Krushan a gagné facilement. Et ce fut le lancement de notre implication dans les courses. »

Avant de déménager en France, Urs et Franziska étaient obligés de courir à l’étranger car le programme suisse n’offrait que très peu d’opportunités. Franziska explique : « Cela nous a donné une bonne idée du niveau nécessaire, dans chaque pays, pour être compétitif. Nous avons couru en Italie, Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. À présent, notre objectif est que les produits de notre élevage soient compétitifs en France. Mais le plus important, c’est de trouver la course qui convient le mieux à chaque cheval. Peu importe dans quel pays elle est organisée. Avec nos pur-sang anglais c’est différent, et nous avons couru avec succès en France ces quinze dernières années. »

L’arrivée en France. Après le décès de Toni, Rita s’est retrouvée seule pour s’occuper des chevaux d’élevage à Brenles, avec Urs et Franziska en charge de l’entraînement des 15 chevaux basés à l’Iena (Institut équestre national d’Avenches). Ces deux activités étant distantes de 35km, il s’est rapidement révélé nécessaire de trouver un nouveau site. Pour Franziska, la France était un choix logique et elle explique : « Ici, il y a plus de courses pour choisir ses engagements. Avec des coûts de transports moins élevés et tout ce qui s’ensuit. Les allocations pour les éleveurs et les propriétaires sont meilleures. Et pas seulement pour les pur-sang arabes, car c’est aussi le cas pour les pur-sang anglais. » Elle poursuit : « Les conditions climatiques du Limousin sont meilleures pour l’élevage et l’entraînement que celles de notre site précédent en Suisse. L’herbe est connue ici pour sa qualité, grâce à l’influence de l’océan Atlantique. La saison de pousse est plus longue et il gèle peu en hiver. »

Une région d’élevage

Le haras du Nil est situé dans la périphérie de Bellac, à la frontière nord du Sud-Ouest de la France, la région du pur-sang arabe en France. Mais pas trop loin non plus de la Normandie, le cœur de l’élevage français de pur-sang anglais. Ainsi, lors de la saison de monte, les juments pur-sang arabes et pur-sang anglais n’ont pas de trop longs trajets à effectuer pour aller à la saillie.

Les Aeschbacher apprécient par ailleurs le fait que le Limousin soit une région historique de l’élevage du pur-sang arabe en France, avec de nombreux hippodromes à proximité. La localité de Bellac est depuis plus d’un siècle connue pour avoir sorti beaucoup de gagnants, en sports équestres et courses d’obstacle, en particulier avec les anglo-arabes et les pur-sang anglais. Une centaine de kilomètres plus au sud, Pompadour et son Haras national sont connus pour leur importance historique dans les courses de pur-sang arabes.

Urs et Franziska ont cherché pendant longtemps la propriété idéale. Une fois trouvée, ils ont déménagé très rapidement. Le contrat fut signé en août 2018 et les 26 chevaux sont arrivés quatre mois plus tard. Grâce à leur expérience internationale dans différents haras et centres d’entraînement, le couple avait une idée claire de la manière dont leur nouvelle base devait s’organiser. Ils ont acquis une ancienne ferme bovine, afin de pouvoir lancer le projet à partir de zéro, réalisant ainsi leur projet dans un laps de temps rapide.

La mère d’Urs, Rita Aeschbacher, a continué à tenir le haras jusqu’au dernier jour. Mais à l’âge de 84 ans, elle a choisi de rester en Suisse et vit désormais près de la ferme de sa fille. Elle suit toujours avec attention les chevaux de Nile Arabians. Elle se déplace régulièrement pour voir les foals et apprécier l’évolution des chevaux plus âgés.

Les lignées maison

Le haras du Nil a axé son développement sur deux lignées pour la course. Une est française, il s’agit d’une famille de Pompadour, celle d’Attique (Meat). Elle est représentée par Nil Abiat (Darike) et Nil Anablue (Munjiz), deux produits de Kadjouna de Nerak (Djourman).

Nil Kamla (Dahess), lauréate de Listed, est issue d’une lignée tunisienne qui remonte à la jument de base Samaria (née en 1882), laquelle fut importée à Pompadour depuis la Syrie en 1887, avant d’être vendue au célèbre haras tunisien de Sidi Thabet en 1891. Cette lignée maternelle a de nombreux représentants à haut niveau, comme Madjani (Tidjani), Nour Thabet (Dormane), Essaana (Tornado de Syrah) et Al Jakbar (Al Sakbe).

Pour intégrer le sang de Nevada II (Djanor) à leur élevage, ils ont acquis en 2019 une fille d’Al Tair (Amer) et de Fauvette du Loup (Tornado de Syrah). Nommée Céleste du Loup (Al Tair), ils espèrent qu’elle se révélera un achat fructueux.

En 2020, quatre foals sont attendus, par No Risk Al Maury (Kesberoy) et Mister Ginoux (Amer), ainsi qu'Olympic Glory (Choisir) et Kheleyf (Green Desert).

À ce jour, le meilleur produit de leur élevage n’est autre que Nil Aziz (Dahess), gagnant de la Sheikh Zayed Cup (L PA) sur la neige de Saint-Moritz. Il s’est ensuite placé au niveau Listed trois fois en Italie. À la fin de sa carrière en course, il a été vendu pour l’endurance.

Pour l’avenir, les époux Aeschbacher comptent sur son frère, Nil Adamis (Damis). Il est à l’entraînement, tout comme la pouliche de 3ans Farah Diba (AF Albahar). L’avenir, c’est aussi la 2ans de Nil Kamla par Assy (Amer).

Les Aeschbacher pensent que le plus grand challenge en France est d’élever les chevaux ayant la qualité nécessaire pour être compétitifs. Et Franziska remarque d’ailleurs : « Il y a ici plus de courses qu’ailleurs en Europe. Mais il y a aussi plus d’élevages importants ainsi que les propriétaires qui dominent la scène internationale. De plus, il n’y a pas de handicaps, vous avez donc besoin d’un top-cheval, sinon c’est très difficile. Au haras du Nil, nous poursuivons notre objectif d’élever la meilleure qualité possible de pur-sang arabes pour la course. À partir de souches maternelles solides. En se montrant sélectif pour les étalons. En les faisant grandir et en les entraînant dans les meilleures conditions. »