À la découverte du haras du Mondant

Magazine / 24.07.2020

À la découverte du haras du Mondant

À la découverte du haras du Mondant

La casaque du haras du Mondant a décroché sa première victoire, directement à Auteuil le 13 juillet dernier, grâce à Great Escape (Great Pretender), lauréate du Prix Turco. Un grand moment pour Yann Le Roux, qui a pris la suite de son père, Bernard, à la tête de cette structure basée dans le Calvados.

Par Christopher Galmiche

Le haras du Mondant, c’est une quinzaine de poulinières évoluant sur une cinquantaine d’hectares. Yann Le Roux se donne les moyens de ses ambitions : « Je veux tendre vers la qualité, avec des bases solides, des poulinières qui ont gagné en course ou qui ont montré qu’elles sont capables de produire de bons chevaux. »

Après un parcours professionnel loin des chevaux, dans le monde des télécoms et de l’informatique, Yann Le Roux est revenu au Mondant il y a une dizaine d’années, et le haras du même nom a vu le jour en 2015 : « Mon père élève des chevaux depuis trente ans. En 2015, il a pris sa retraite et comme nous élevons sur le lieu-dit du Mondant, nous avons créé une société avec ce nom. Nous avons eu nos couleurs fin 2018. C’est la continuité d’un élevage avec un nouveau nom en quelque sorte. Nous avons eu douze naissances cette année. Sur les douze juments ayant pouliné cette année, il y en a une qui appartient à 100 % à des clients, la famille Brochard. Le reste des poulinières appartient à l’E.A.R.L. Haras du Mondant, dont plusieurs en association avec mon oncle Jean-Marie Le Roux et une avec Patrice Goulard, actuellement co-propriétaire et éleveur de Tyzeff (Fuissé). »

Un beau jour à Jallais… L’histoire de Great Escape commence, forcément, par celle de sa mère, Rockburn (Saint des Saints), une jument entraînée par Guillaume Macaire : « Le succès de Great Escape, le tout premier pour notre casaque, a un goût particulier : j’ai été chercher la mère de Great Escape, Rockburn à l’issue d’un réclamer à Jallais. Quand je l’ai réclamée, je l’ai fait saillir par Network (Monsun), mais elle a avorté. L’année d’après, je l’ai amenée à Great Pretender (King’s Theatre), elle m’a donné Great Escape. Ensuite, elle a été à Martaline (Linamix), mais le poulain est mort vingt-quatre heures après sa naissance. Nous avons eu pas mal de déceptions avec Rockburn, donc, le fait d’avoir pris notre temps avec elle et de gagner avec Great Escape a un goût particulier. J’avais acheté Rockburn car c’est une fille de Saint des Saints (Cadoudal) et de Segré (Fragrant Mix), qui était alors une jeune poulinière et black type à Auteuil. Segré est aussi une descendante d’une belle souche maternelle du haras de Nonant-le-Pin. Elle avait fait quelques chevaux intéressants. Et puis Saint des Saints en père de mère, ça me plaisait. Enfin, elle avait gagné à 3ans à Fontainebleau, ça pouvait être intéressant. Rockburn était à réclamer pour 8.000 €, mais on peut imaginer que sur un ring, elle aurait valu un peu d’argent. Je m’étais dit qu’à Jallais, sur un petit hippodrome, ça serait peut-être plus facile de l’acheter que sur un ring. Je trouvais que Great Pretender faisait de beaux chevaux de course. Rockburn était très tendue, elle allait devant et elle devait être très compliquée à entraîner. D’ailleurs, si elle a gagné deux courses, c’est grâce au travail de M. Macaire. Je voulais l’associer à un cheval qui avait la réputation de faire des poulains avec un bon tempérament comme Great Pretender. Et puis ce dernier apportait aussi le sang de Sadler’s Wells (Northern Dancer). Actuellement, Rockburn est pleine de Beaumec de Houelle (Martaline). Et elle a un foal et un yearling de Manatee (Monsun). » La famille de Rockburn est très vivante puisque sa sœur Gunflight (Spider Flight) s’est imposée ce printemps à Dieppe.

La qualité plutôt que la quantité. Cette année, Yann Le Roux a eu des produits d’étalons confirmés tels que Muhtathir (Elmaamul) et Balko (Pistolet Bleu) et d’autres dont on attend beaucoup comme Chœur du Nord (Voix du Nord) et Clovis du Berlais (King’s Theatre) pour l’obstacle. « Nous essayons d’aller à de bons étalons, des chevaux qui ont le potentiel pour être des étalons très corrects. En obstacle, nous avons quelques juments qui ont un peu de pedigree, donc nous essayons de tendre vers la qualité. Aujourd’hui, dans cette discipline, si l’on veut valoriser au mieux, je pense qu’il faut viser le haut de gamme. Donc nous essayons d’aller à de bons étalons, qui ont fait leurs preuves, en tentant d’anticiper les choses. Quand on voit qu’un étalon sort un peu, nous essayons d’y aller avant que les prix augmentent. Et quand on choisit un jeune étalon, il faut aussi croire en la structure où il est installé. C’est important d’aller à des étalons dont les propriétaires y croient et amènent leurs juments, comme le fait M. Pariente pour le plat. »

Le Mondant est un haras pluridisciplinaire qui élève aussi pour le plat. En Italie, il est représenté par un poulain prometteur portant un nom qui fait rêver : Road to Arc. Ce dernier est un fils de Planteur (Danehill Dancer), Yann Le Roux utilisant beaucoup les étalons d’Al Shaqab comme Shalaa (Invincible Spirit), Olympic Glory (Choisir) ou encore Al Wukair (Dream Ahead). « En plat, c’est plus compliqué d’aller dans le haut de gamme, car il faut avoir les capacités financières pour investir dans la génétique et dans les étalons pour essayer de faire des chevaux black types. Après, nous essayons d’acheter parfois une jument aux ventes à des tarifs raisonnables. Et si l’on doit vendre nos poulains yearlings, nous visons plutôt la vente d’octobre Arqana, plus proche de notre marché si nous avons de bons yearlings. »

Une sœur d’Espoir d’Allen dans les prés. Avant qu’Espoir d’Allen (Voix du Nord) ne devienne celui qui allait démolir l’opposition dans le Champion Hurdle (Gr1), Yann Le Roux a pu acheter sa sœur Vadanse (Saint des Saints) grâce à une petite annonce. Être là au bon endroit, au bon moment, c’est la clé de la réussite dans beaucoup de domaines. Et l’élevage en fait partie : « De temps en temps, je regarde les annonces. J’étais sur France Sire et j’ai vu qu’il y avait une jument AQPS à vendre. À ce moment-là, Espoir d’Allen n’avait que 3ans. J’ai appelé son propriétaire, M. Ducret, pour savoir combien il en voulait. Le prix me convenait. Beaucoup de gens ont appelé ensuite pour la jument. Au final, nous avons réussi à lui acheter. Le jour où nous avons été la chercher, Espoir d’Allen a gagné son premier Groupe en Irlande. Cette année, Vadanse a un poulain de Balko : c’est le sang de Top Ville sur Saint des Saints, un croisement qui marche. Elle a eu ensuite une yearling de Doctor Dino (Muhtathir) et elle est pleine actuellement de Nirvana du Berlais (Martaline)»

Une association de longue date avec Gaby Leenders. Tous les chevaux défendant la casaque du haras du Mondant sont à l’entraînement chez Gabriel ou Grégoire et Étienne Leenders. « Quand je me suis installé, je voulais travailler avec des gens de ma génération. J’ai vu que Gaby commençait à avoir de bons résultats, j’ai pris contact avec lui pour lui confier Tyzeff. Cela fait 4ans que je travaille avec Gaby. Depuis un an, je travaille aussi avec Grégoire et son père. Ce sont des personnes honnêtes et qui sont de bons professionnels, donc c’est un plaisir de travailler avec eux. »