Emmet McNamara, une monte pour entrer dans l’histoire

International / 06.07.2020

Emmet McNamara, une monte pour entrer dans l’histoire

Par Anne-Louise Échevin

Lorsque Serpentine (Galileo) a passé le poteau en tête dans le Derby d’Epsom (Gr1), après avoir mené détaché, c’était la stupeur. Un gagnant de maiden, sept jours auparavant, capable de gagner un Derby en appliquant la même tactique que lors de son succès au Curragh ? Une monte, après le coup, parfaite d’un jockey peu connu : Emmet McNamara.

Un premier Gr1. Fils de l’entraîneur Eric McNamara, Emmett McNamara s’est formé via les courses de poneys. Champion apprenti en 2008, il décroche, avec Serpentine, une première victoire de Gr1 à l’âge de 30 ans. Pas n’importe quel Gr1, et pas n’importe quelle victoire ! Sa monte dans le Derby d’Epsom a laissé beaucoup de monde admiratif ou un peu étonné… En réalité, c’est plutôt le manque de réaction des autres jockeys qui a créé le débat : pourquoi avoir laissé filer un poulain aux limites inconnues – dans une année particulière où il était difficile d’y voir clair dans ce Derby –, et ce d’autant plus qu’il venait de survoler son maiden par neuf longueurs de la même manière ?

Emmet McNamara avait visiblement fait ses devoirs et avait été bien briefé par Aidan O’Brien. Rencontré à Chantilly ce dimanche avant les courses, il nous a dit : « On sait qu'à Epsom, la course peut très vite être perdue, dès le départ. Serpentine est bien parti et il était vraiment détendu. J’ai pu prendre la tête assez vite, après l’avoir un peu pincé au départ, et je n’avais pas d’inquiétude dans le parcours : il était dans son rythme. C’est un poulain avec peu d’expérience : il n’est pas si mal sorti que cela mais j’ai dû lui demander d’aller prendre la tête pour se mettre dans son rythme. J’ai eu l’impression de monter un bon poulain, simplement. Il pourrait tenir sur plus long mais, en même temps, il a une certaine vitesse de base : je ne pense pas qu’il soit dépendant d’un parcours ou d’une distance. C’est juste un bon poulain une fois qu’il est dans son rythme. Après, il faut savoir à quelle vitesse on va : il faut avoir une idée sur les temps partiels que l’on réalise, ce qui m’a aidé à Epsom. Les 2.400m à Epsom sont différents de n’importe quels autres 2.400m dans le monde. À Epsom, à 1.200m du poteau, on sait que l’on est en descente : sur un autre parcours, vous ne demanderiez pas un effort à un cheval à une telle distance, mais à Epsom, c’est possible. Plus on monte sur ce type de parcours, plus on apprend, et il faut le cheval qui puisse le faire. Je savais de quoi Serpentine était capable. »

Seul au monde. On se demande ce qu’il doit se passer dans la tête d’un jockey, lorsqu’on se retrouve seul au monde, détaché de ses adversaires, à Tattenham Corner. En Irlande, devant la télévision, Donnacha O’Brien a dit à son père, après 1.000m de course, que Serpentine avait gagné la course. Emmet McNamara nous a livré son sentiment : « À Tattenham Corner, je n’ai toujours rien demandé à mon cheval. À ce moment-là, j’espère qu’il va pouvoir répondre lorsque je vais lui demander d’accélérer. Et c’est un sentiment magique. Pour un jockey, il n’y a pas plus beau sentiment que celui de sentir son cheval accélérer lorsqu’on le lui demande. Peu importe que ce soit dans un Derby ou dans une autre course : ce sentiment d’un cheval qui accélère est magique, on ne peut jamais s’en lasser. Je n’étais pas vraiment surpris d’être en tête à Tattenham Corner, étant donné le déroulement de la course. J’étais peut-être plus étonné de ne pas entendre mes adversaires fondre sur moi. Je pensais qu’ils devraient être sur vos talons à ce moment-là. Si les foulées de mon poulain avaient commencé à se raccourcir, j’aurais dû en effet les entendre arriver. Mais ce n’était pas le cas et je me suis dit que j’avais une vraie chance de ne jamais les revoir ! Et étant donné la manière dont il a accéléré quand je le lui ai demandé, je n’étais pas surpris qu’ils ne m’aient pas rattrapé. »

En selle tous les matins à Ballydoyle. Emmet McNamara monte peu en course mais Aidan O’Brien a fait appel à un jockey qu’il connaît : il fait partie des nombreux cavaliers de Ballydoyle le matin. Il raconte : « On m’a demandé, le mardi soir il me semble, si je voulais monter dans le Derby, avec aussi la possibilité d’être en selle dimanche à Chantilly. On m’a demandé d’y réfléchir car cela impliquait que je doive suivre une quarantaine de quatorze jours de retour en Irlande. » Après le coup, quatorze jours de quarantaine paraissent bien peu à payer lorsque l’on rentre dans l’histoire du Derby ! Le jockey a ajouté : « En montant le matin à Ballydoyle, cela me permet de connaître par cœur les chevaux. Même si je monte peu en course, tous les matins, j’ai la chance de monter quelques-uns des meilleurs chevaux du monde. C’est une grande aide : on sait dans quel rythme on peut les monter. J’ai monté Mogul (Galileo) le matin, mais l’année dernière surtout. C’est un très beau poulain et il a bien couru dans le Derby. Je n’avais pas monté Vatican City ou les autres poulains présents dans le Derby. La raison pour laquelle nous avons couru six poulains est simplement que l’on ne sait pas, avant le coup, lequel va le mieux gérer Epsom et les 2.400m. Et j’ai eu la chance d’être associé au meilleur poulain ce jour-là. »