Genmoss contre les purs, une hypothèse pas si loufoque

Courses / 30.07.2020

Genmoss contre les purs, une hypothèse pas si loufoque

En s’imposant dans le Critérium de l’Atlantique, l’anglo-arabe Genmoss (Gentlewave) a réussi l’authentique exploit d’égaler le record de victoires consécutives de l’AQPS Gloria IV (Vidéo Rock). Douze succès en autant de sorties (sans avoir reçu le moindre coup de cravache !), ça laisse rêveur. Et si elle se confrontait aux purs, qu’est-ce que cela donnerait ?

Par Alice Baudrelle

Des anglo-arabes qui battent les pur-sang en obstacle, cela s’est encore vu récemment, et même à très bon niveau. Porte-drapeau de la race dans la discipline, l’excellent Aragorn d’Alalia (Iris de la Brunie) a gagné quatre courses à Auteuil face aux purs au cours des trois dernières années, dont le Prix Wild Risk (L) sur les haies et un Quinté sur le steeple. Il a également conclu deuxième de la Grande Course de Haies de Printemps (Gr3), à un nez du quadruple gagnant de Groupe Farlow des Mottes (Maresca Sorrento), dont il recevait seulement un kilo ! Sans oublier le champion de cross Feu Croisé (Feu Ardent), gagnant, entre autres, du Grand Cross de Pau (L) en 2015. En revanche, cela fait très longtemps qu’un anglo n’a pas battu les purs en plat. Le premier exemple qui vient à l’esprit est celui de Dionysos II (Samaritain), qui avait affronté et devancé les purs dans les années 1960 avant de devenir un chef de race, alors que le programme spécifique aux anglos était beaucoup plus faible à l’époque. Aujourd’hui, ils sont peu nombreux à s’y risquer, tandis que les AQPS relèvent régulièrement le défi. Alain Couétil, pour ne citer que lui, s’est déjà illustré à plusieurs reprises face aux purs avec des AQPS en plat : on peut citer Natan (Blushing Flame), lauréat de trois handicaps (dont un en valeur 32,5), ou, plus près de nous, Elvira (Poliglote), gagnante en fin d’année d’un handicap en valeur 24.

Genmoss est estimée en valeur 24 ou 25. Éric Le Guen, chef du département des handicapeurs à France Galop, nous a expliqué : « Si nous devions attribuer une valeur à Genmoss, elle serait prise en 24 ou 25. Malgré la facilité avec laquelle elle gagne à chaque fois, ce n’est pas la même chose d’affronter les purs. De temps en temps, il y a des anglos qui participent aux courses externes à leur circuit qui leur sont autorisées, et on voit qu’ils sont moins forts. Le dernier à avoir essayé en plat, Axoum des Moulins (Honolulu), a fait l’arrivée de plusieurs handicaps en valeur 18 et 18,5, sans parvenir à s’imposer. » Christian Bellot, président d’honneur du Syndicat Anglo Course, pense que Genmoss en est capable : « Personnellement, je pense que Genmoss aurait son mot à dire dans un handicap. En valeur 24 ou 25, elle pourrait gagner, et peut-être même jusqu’en valeur 30. Ensuite, ce serait compliqué, car les anglos sont pénalisés par leur sang arabe. C’est pour cela qu’il y a des catégories séparées chez les anglos, afin qu’ils ne se confrontent pas entre eux l’après-midi. »

Un challenge possible donc, mais illusoire. Malgré tout, il est très improbable que Genmoss relève un jour le défi contre les pur-sang. Son entraîneur, Didier Guillemin, nous a livré son sentiment : « Je ne pense pas que ce soit un challenge à tenter. Si Genmoss était un hongre, peut-être que nous essayerions. J’ai eu un très bon anglo, Illusion Sauvage (Solid Illusion), qui a gagné le Grand Prix à ParisLongchamp. Je l’avais engagé dans un handicap pour faire sa rentrée, et il s’était vu attribuer une valeur 22. Mais je l’avais déclaré non-partant, car il a été vendu entretemps un bon prix en Corse. Ce n’était pas plus mal car le terrain était pénible le jour de la course, et Illusion Sauvage n’allait pas spécialement dans le lourd. Pour qu’un anglo batte les purs, il faut que toutes les conditions soient réunies. Je pense que ça ne vaut pas le coup d’essayer ce challenge avec une femelle. Cela ne lui apporterait rien, sauf si elle battait les bons purs. D’ailleurs, le matin, je n’ai jamais travaillé Genmoss avec un pur-sang. Je mets toujours tous mes chevaux dans leur catégorie, que ce soit au niveau de la race ou de l’âge. Mes anglos travaillent entre eux, de même que je ne ferai jamais travailler un 2ans avec un "vieux". Si Genmoss devait courir un handicap en 24 ou 25 de valeur, je pense qu’elle aurait une première chance. Mais si elle gagne, les gens diront que c’est normal parce qu’elle aura battu des chevaux de faible valeur, et si elle est battue, ils diront que je n’aurais pas dû courir ! »