Haras Voltaire, la collection de Thierry Gillier

Élevage / 23.07.2020

Haras Voltaire, la collection de Thierry Gillier

Haras Voltaire, la collection de Thierry Gillier

Depuis le 10 juillet, les représentants du haras Voltaire ont remporté trois courses, dont deux Classe1. L’occasion de faire une revue d’effectif de l’élevage de Thierry Gillier… certainement l’investisseur français le plus important de ces dernières années.

 Par Adrien Cugnasse

Le 13 juillet, la 2ans Almona (Siyouni) a remporté le Prix Bend'Or (Inédits) à Saint-Cloud. Quelques jours plus tôt, Alzire (Shamardal) s’était imposée dans le Grand Prix de La Teste (Classe 1) et Black Fever (Invincible Spirit) dans le Prix de Beausejour (Classe 1).

Les couleurs du haras du Voltaire sont exactement les mêmes que celle de la Giubba Dormello Olgiata – c’est-à-dire la casaque de Tesio  à un détail près, le rouge et le blanc sont intervertis… Ce n’était pas intentionnel et c’est donc le fruit du hasard, lequel fait parfois très bien les choses. L’Italien est toujours considéré comme le plus grand éleveur de l’histoire des courses européennes. Mais pour les Français et les Italiens, il était aussi l’incarnation de l’éleveur continental capable de tenir tête aux meilleurs Irlandais et Anglais… tout un symbole pour un nouvel investisseur ! Thierry Gillier est le fondateur et le directeur général de Zadig & Voltaire, une marque française de prêt-à-porter.

Un projet ambitieux. Laurent Benoit, le conseiller hippique du haras Voltaire, nous a expliqué : « Lorsque Thierry Gillier a eu l’opportunité d’acquérir de la terre (anciennement haras du Saulnier à Saint-Étienne-la-Thillaye) autour de sa résidence normande, il s’est dit que c’était l’occasion pour se lancer dans l’élevage de pur-sang. C’est une idée qui est née il y a longtemps déjà, mais il attendait le bon moment pour se lancer. Ces dernières années, les terres accueillaient des chevaux de jumping sous le contrôle et l’accompagnement de Jacques Navet, qui est toujours le régisseur du haras. C’est une chance. Il s’est très bien adapté au nouvel environnement du pur-sang anglais. Vanessa Chevalier du Fau est par ailleurs récemment venue renforcer l’équipe au niveau de l’administratif. Au démarrage j’ai aussi pu m’appuyer sur le family office de Monsieur Gillier, Letus Private Office, dont l’équipe est toujours d’une grande réactivité. » Au sujet des objectifs de ce dernier, Laurent Benoit poursuit : « Thierry Gillier est aussi collectionneur d’art et il trouve dans le pur-sang un certain nombre d’analogies. C’est un élevage ambitieux et commercial, qui essaye de viser le plus haut possible. »

Il a aussi investi dans les étalons. Laurent Benoit détaille : « Les investissements dans les très bonnes juments sont importants. Mais c’est aussi le cas dans les parts d’étalons. Le haras Voltaire possède l’équivalent de 8 % de Siyouni (Pivotal), mais également des parts de Wootton Bassett (Iffraaj) ou encore d’Hello Youmzain (Kodiac) et d’Almanzor (Wootton Bassett). Thierry Gillier est un entrepreneur et avec l’aventure du haras Voltaire, il est à nouveau en train de construire, de créer quelque chose. Il se projette dans la durée et veut produire du haut de gamme. Le haras est désormais une véritable petite entreprise – avec cinq salariés – et il s’y rend régulièrement. Malgré un emploi du temps très chargé, il arrive à y consacrer du temps. La compétition hippique, la sélection, les étalons… tout cela le passionne. Pour l’instant, il n’a aucun cheval en association. La première génération des chevaux élevés est âgée de 2ans et cinq sont restés sous les couleurs du haras. Nous allons vendre plusieurs yearlings cette année par l’intermédiaire du haras d’Étreham en France et en Angleterre. » À ce jour, un seul produit issu du haras Voltaire a couru. Il s’agit de Citadelle (Siyouni), qui a débuté par une troisième place, à moins d’une longueur de Livachope (Goken). Désormais gagnante, elle s’est également classée quatrième du Prix du Bois (Gr3). Le haras Voltaire a des chevaux à l’entraînement chez Jean-Claude Rouget, André Fabre, Francis-Henri Graffard et Philippe Decouz.

Des poulinières haut de gamme. L’opération de Thierry Gillier compte actuellement 20 poulinières et 12 chevaux à l’entraînement. Ils sont tous issus de grandes familles européennes. En 2020, les étalons utilisés sont Dubawi (1 jument), Frankel (2), Siyouni (4), Wootton Bassett (2), Almanzor (2), Territories (1), Lope de Vega (1), Showcasing (1), Zoffany (1), Invincible Spirit (1), Bated Breath (1), Ten Sovereigns (1) et Shalaa (1).

Parmi les mères – ou celles qui le seront un jour – on trouve quelques papiers spectaculaires. Chez les juments saillies, on peut citer de manière non exhaustive :

– Azora (Invincible Spirit), issue d’une grande souche Ballymacoll, est la sœur de Naaqoos (Oasis Dream), impressionnant lauréat du Prix Jean-Luc Lagardère (Gr1).

– Awareness (Distorted Humor) est la propre sœur de Pathfork (Distorted Humor), lauréat des Vincent O’Brien National Stakes (Gr1) et la demi-sœur de War of Will (War Front), gagnant des Preakness Stakes et des Maker’s Mark Mile Stakes (Grs1).

– Typique (Galileo) est un produit de Denebola (Storm Cat), lauréate du Prix Marcel Boussac (Gr1) et deuxième mère de la lauréate classique Senga ** (Blame).

– Calasetta (Montjeu) – une sœur de Tonnara (Linamix) – est déjà la mère de deux black types dont Sea Prose (Lope de Vega), deuxième du Prix de la Grotte (Gr3).

– Crystal River (Dubawi), lauréate du Prix Casimir Delamarre (L), est la sœur de Royal Marine (Raven's Pass), gagnant du Qatar Prix Jean-Luc Lagardère (Gr1).

– Merimbula (Dalakhani) s’est classée troisième du Prix de Malleret (Gr3).

– Miss Infinity (Rock of Gibraltar) a gagné le Prix des Jouvenceaux et des Jouvencelles (L) et c’est une sœur de The Wow Signal (Starspangledbanner), gagnant du Darley Prix Morny (Gr1).

– Ninas Rainbow (Rainbow Quest) est déjà la mère de Night of England (Lord of England), deuxième du Preis der Diana (Gr1).

– Power of the Moon (Acclamation) est montée sur le podium des Prix de la Vallée d’Auge, Yacowlef et Ronde de Nuit (Ls).

– Rueing (Street Cry), une fille de la lauréate du Prix Saint-Alary (Gr1) Wavering (Refuse to Bend), est issue de la proche famille d’Earthlight (Shamardal).

La relève est assurée. Parmi les chevaux à l’entraînement, on trouve quelques femelles avec des profils tout à fait remarquables :

– Alzire (Shamardal), lauréate du Prix Coronation (L), est une petite fille de Peeping Fawn (Danehill), laquelle avait réussi l’exploit de remporter quatre Grs1 dans l’intervalle de 53 jours : Pretty Polly Stakes, Irish Oaks, Nassau Stakes et Yorkshire Oaks.

– Girls Can (Galileo) est le premier produit de We Are ** (Dansili), lauréate des Prix de l’Opéra et Saint-Alary (Grs1). C’est donc une nièce de With You ** (Dansili) et Call the Wind (Frankel).

– Grey Hyppy (Kendargent) est la sœur de Morandi (Holy Roman Emperor), gagnant du Critérium de Saint-Cloud et deuxième du Prix du Jockey Club (Gr1).

– Cat Kate (Invincible Spirit) était dans le ventre de sa mère lorsque cette dernière a été achetée 2 millions de Gns par M. V. Magnier en décembre 2016 à Tattersalls. C’est la sœur de cinq black types dont Harzand (Sea the Stars), gagnant du Derby d’Epsom et du Derby d’Irlande (Grs1).