Jane Soubagné, une réussite précoce

Courses / 16.07.2020

Jane Soubagné, une réussite précoce

Installée depuis 2016 seulement, Jane Soubagné va pour la deuxième fois courir un Gr1 pour 2ans. Cet été à Deauville, elle va en effet présenter Livachope (Goken) dans le Morny. La réussite aidant, de nouveaux propriétaires apparaissent dans l’effectif…

Au sujet de la naissance de sa vocation, Jane Soubagné explique : « Mon père et mon grand-père étaient entraîneurs. J’ai toujours voulu faire ce métier. Après avoir un peu monté en tant que cavalière, j’ai décidé de m’orienter vers cette profession. J’ai travaillé chez mon père puis chez Frédéric Rossi. Je n’ai pas pris le temps d’aller à l’étranger, ce que je regrette un peu, notamment lorsqu’il faut communiquer en anglais. J’ai ensuite travaillé avec William Walton avant de m’installer à mon compte en 2016, année où j’ai eu mes premiers partants. Forcément, lors de l’installation, je gardais les difficultés du contexte économique à l’esprit. Mais je ne me voyais pas ne pas essayer ce métier. Surtout que je le connais bien : je ne suis pas une rêveuse et je suis vraiment très attentive à tout ce qui concerne la gestion de l’entreprise. Je me suis lancée avec le soutien de propriétaires comme Didier Bouquil, lequel fut client chez mon père. Dès le départ, il a joué le jeu en me confiant un ou deux chevaux et, lorsqu’il a vu que cela fonctionnait, il a augmenté le nombre de sujets qu’il m’envoyait à l’entraînement. Alain Chopard – qui me connaît depuis ma plus tendre enfance – m’a lui aussi rapidement fait confiance. C’est un grand bosseur et nous nous comprenons très bien. Nous travaillons dans le même sens et il sait que, comme lui, je ne compte pas mes heures. »

La réussite avec les deux 2ans. Invaincue en trois sorties, dont le Prix du Bois (Gr3), Livachope est actuellement le meilleur 2ans de France – en valeur et en allocation – mais Jane Soubagné a aussi préparé Winvalchope (Kheleyf), lauréate dès sa deuxième sortie puis troisième du Prix La Flèche (L) pour son nouvel entourage. Lorsqu’on évoque la baisse du nombre de 2ans à l’entraînement en France – et en particulier dans le Sud-Ouest – l’entraîneur détaille : « J’ai la chance d’avoir une bonne dizaine de 2ans tous les hivers, ne serait-ce qu’avec ceux d’Alain Chopard, qui a de nombreuses naissances. Il y a des 2ans à l’entraînement en France, le tout c’est de les courir. Mais c’est un âge qui est très délicat. Pour savoir ce qu’ils valent, pour repérer leur précocité, il faut les travailler mais, en travaillant trop, on risque d’abîmer ceux qui ne sont pas précoces. On doit approcher la limite, mais jamais la dépasser. Dans l’exercice qui consiste à "sortir des 2ans", le fait d’être une petite écurie est un avantage. Cela permet de consacrer du temps à chaque individu. J’ai une équipe géniale, de bons cavaliers, qui sont de bons juges. Cela se passe très bien. La qualité des cavaliers est primordiale. Les premiers gazons sont extrêmement importants : on doit être capable de juger le 2ans rapidement car on ne peut pas renouveler l’opération 10 fois. Il ne faut pas le louper et, le 13 mai, quand j’ai débuté trois 2ans à Chantilly dont Livachope… ils n’avaient qu’un seul gazon dans les jambes, sauf une qui l’avait vu deux fois. Nous avons donc capitalisé sur l’expérience de l’équipe. J’ai actuellement 30 chevaux, sept employés, une apprentie et je monte moi-même à cheval. Mon compagnon, Florent Guy, m’apporte son soutien et son aide. »

Une nouvelle association autour de Livachope. Concernant le fer de lance de l’écurie, Jane Soubagné explique : « Dès le départ, j’ai eu le sentiment que Livachope était très bonne. Elle a toujours été au-dessus du lot, de par sa précocité et sa vitesse. Elle a un mental extraordinaire, peu de chevaux peuvent courir une Listed et un Groupe à 15 jours comme elle l’a fait, avec deux déplacements vers la région parisienne. Mais tant que vous ne l’avez pas courue et que vous n’avez couru aucun 2ans de l’écurie pour pouvoir comparer… ce n’est qu’un sentiment. Et si vous avez une mauvaise génération, le meilleur de la maison vaudra à peine un maiden. Or le fait que le 13 mai mes trois 2ans se comportent bien à Chantilly m’a donné confiance sur l’ensemble des chevaux qui travaillent avec eux le matin. Livachope va désormais courir pour une nouvelle association car Alain Chopard a vendu une part à Guy Pariente et à Alain Jathière. C’est formidable d’accueillir de tels propriétaires. La vente de la pouliche ne s’est faite que parce que les nouveaux associés ont accepté de laisser la pouliche chez moi, condition qui était très importante pour monsieur Chopard. Son objectif reste toujours le Prix Morny (Gr1) et c’est une grande chance que l’on me fasse confiance pour préparer une telle échéance. Je tiens à remercier l’ensemble de l’entourage car ils jouent vraiment le jeu. »

Le déclic. Pour sa troisième année d’entraînement, The Black Album (Wootton Bassett) a permis à Jane Soubagné de remporter un Groupe à ParisLongchamp. Vendu au Team Valor, le poulain s’est classé huitième de la Breeders’ Cup Juvenile Turf (Gr1). Pour son nouvel entourage, il a remporté deux épreuves black types aux États-Unis, dont une sur 1.800m ce mercredi à Indiana Grand. L’entraîneur explique : « The Black Album, c’est le cheval de ma vie. Il m’a offert mon premier Groupe. Je suis partie courir la Breeders’ Cup grâce à lui. C’était un sujet très attachant, qui n’a jamais eu de problème. C’est aussi l’histoire d’un pari récompensé. Après ses victoires dans le Sud-Ouest, nous l’avions couru à Deauville. Il s’est alors classé quatrième du Prix François Boutin (L) et notre idée de le courir ensuite au niveau Groupe semblait dès lors beaucoup moins pertinente. Nous étions un peu déçus mais, ce jour-là, tout s’était mal passé pour lui, notamment en ce qui concerne le transport. J’avais insisté auprès de son propriétaire et éleveur, Didier Bouquil, pour que nous ne changions pas nos plans. Nous avons conservé notre confiance en The Black Album et il l’a justifiée en remportant le Prix La Rochette (Gr3). Et nous avons fait la rencontre de Barry Irwin (Team Valor) grâce à cette victoire à ParisLongchamp. C’est formidable qu’il ait laissé le cheval sous notre nom lors de la Breeders’ Cup. J’ai vraiment trouvé cela admirable. Aux États-Unis, nous avons été extrêmement bien reçus. Ce fut une magnifique aventure. Barry Irwin a tout fait pour nous mettre à l’aise. C’est une personne qui n’a pas peur de soutenir les jeunes, en leur donnant une chance. C’est le cas dans son équipe aux États-Unis mais aussi avec les entraîneurs. Au mois d’octobre, pendant les ventes de Deauville, nous avions retrouvé Barry Irwin pour parler de la Breeders’ Cup, qui avait lieu le mois suivant. Il m’a alors tendu un livret en me disant : je viens d’acheter ce cheval qui va venir chez vous à l’entraînement. Je suis donc partie d’autant plus sereine pour les États-Unis. Ce n’est pas une chose à laquelle on peut s’attendre ! Nous avons deux chevaux pour le Team Valor actuellement et nous attendons des bons débuts cet été de la part de Backfieldinmotion (Siyouni). Tout cela est arrivé grâce à la victoire de The Black Album dans le Prix La Rochette… »