Laurent Dulong, l’éleveur de l’ombre propulsé en pleine lumière

Élevage / 31.07.2020

Laurent Dulong, l’éleveur de l’ombre propulsé en pleine lumière

Son élève American Apples s’est classée deuxième du Prix de Royaumont (Gr3). Déjà, issu du même élevage, va s’envoler pour l’Australie avec de grandes ambitions. Une belle réussite pour Laurent Dulong… qui n’a élevé que quatre partants sous son nom dans l’Hexagone !

Par Adrien Cugnasse

Très discret, Laurent Dulong fait partie de ces personnages de l’ombre sans qui l’élevage français n’existerait pas. Il nous a raconté son histoire : « Je suis le responsable du haras de Saint Isidro – de monsieur Hinojosa – après avoir été celui du haras de Reuilly. Le site a changé de propriétaire, mais je n’ai pas bougé : cela fait vingt-cinq années que je suis là ! Dans les deux cas, mes employeurs ont obtenu de bons résultats avec des effectifs réduits. Monsieur Hinojosa a "sorti" beaucoup de bons chevaux en peu d’années, de Recoletos (Whipper) à Villamarina (Le Havre), en passant par Castellar (American Post), Elabela (Tamayuz) ou encore Talco (Pivotal). Cela m’a récemment incité à élever à petite échelle pour mon propre compte, à partir de juments un peu considérées comme des "rebuts". Actuellement, j’ai quatre poulinières. J’utilise beaucoup Recoletos (Whipper), l’étalon de mon patron. Il produit magnifiquement bien. »

Chassez le naturel, il revient au galop. Laurent Dulong poursuit : « Pour associer mon frère et mes enfants, je les inscris en tant que coéleveurs. C’est une aventure familiale. Mon fils, Boris Dulong, était jockey d’obstacle, après avoir fait son apprentissage chez Bernard Secly. À présent, il est responsable d’écurie chez Carina Fey. Mon père et mon grand-père travaillaient pour Loel Guinness au haras de Piencourt. Je voulais devenir maréchal-ferrant, mais mon père m’en a dissuadé. Je suis donc devenu cuisinier pour Loel Guinness, que je suivais partout. Lorsque ce dernier nous a quittés, j’ai travaillé pour la société Equip’Horse. En montant des boxes chez monsieur Coirre, au haras de Reuilly, il a vu que je n’avais pas peur de travailler. J’ai donc intégré sa structure. Avant j’étais au service des gens. Aujourd’hui, j’ai renoué avec ma passion et je suis au service des chevaux. En cuisine, comme en élevage, c’est une question de présence et d’implication : il ne faut pas compter ses heures. »

American Apples, la bonne surprise. Vendue 16.000 € à Horse France lorsqu’elle était yearling, American Apples (American Post) a débuté chez Yann Barberot pour Melchior-François Mathet. Elle a ensuite été vendue à Team Valor, Éric et Nicolas de Chambure. Elle est désormais entraînée par Francis-Henri Graffard. Au sujet de sa genèse, l’éleveur précise : « Au départ, sa mère, Apple Kimbi (Beauchamp King), a été saillie par des étalons d’obstacle : je m’étais trompé d’orientation, car elle était la sœur d’un sauteur élevé par le haras de Reuilly, Exarque (Trempolino). Après avoir donné American Apples, Apple Kimbi est restée vide à plusieurs reprises. Je m’en suis donc séparé. American Apples est une bonne surprise et le fait de billarder légèrement ne l’empêche pas de courir ! J’espère qu’elle fera un bel automne. Les autres produits de la mère étaient vraiment tordus et c’est physiquement comme sportivement la meilleure de sa mère… »

Déjà rêve d’Australie. Acheté 350.000 Gns par Kerri Radcliffe à la breeze up de Doncaster, Déjà (Youmzain) a gagné des courses en Angleterre, dont un gros handicap sur 2.400m en dernier lieu. Le cheval court sous les couleurs de Phoenix Thoroughbred, et Jamie Watson, représentant de l’entité outre-Manche, a déclaré à la presse anglaise que la Caulfield Cup et la Melbourne Cup (Grs1) étaient de sérieuses options.

Laurent Dulong explique à son sujet : « Sa mère, Atarfe (Anabaa), a été élevée par messieurs Hinojosa et Laffon-Parias. C’est une sœur d’Arasin (Woodman), deuxième de The Champions Mile (Gr1) à Sha Tin. Quand elle est née, Atarfe était tordue de la tête à la queue. Et cela ne s’est pas amélioré avec le temps. Carlos Laffon-Parias l’a essayée mais il a rapidement été forcé de l’arrêter. Je l’ai donc récupérée pour l’élevage. Pour sa première saillie, j’ai choisi Youmzain (Sinndar), un cheval dur et solide. Le croisement a donné Déjà, qui était beaucoup plus beau que sa génitrice. Nous l’avons nommé ainsi car sa mère, en bonne fille d’Anabaa (Danzig), est très compliquée. Et, avant d’avoir un poulain, il faut "déjà" parvenir à la faire monter dans le camion ! Elle a actuellement un très beau foal de Recoletos et elle est retournée à cet étalon. Sa fille, Karwina (Air Chief Marshal), a été saillie par Silverwave (Silver Frost). En décembre 2015 à Deauville, alors qu’il était foal, Déjà a été vendu [62.000 €, ndlr] à Matt Coleman. Ce courtier m’a ensuite acheté son frère, Pride of America (American Post), [pour 75.000 €, ndlr] en octobre 2018. Il a été engagé dans les classiques. Après une facile victoire et une sixième place dans le Derby Trial (L) de Lingfield, il vient de se classer deuxième du Prix de Beauséjour (Classe 1) à Clairefontaine sous l’entraînement d’Harry Dunlop. »