Les choix gagnants de Ronan Thomas

Courses / 15.07.2020

Les choix gagnants de Ronan Thomas

La consécration est enfin arrivée. À 42 ans, Ronan Thomas a remporté son premier Gr1, dans un classique s’il vous plaît, dimanche dernier.

En menant à la victoire In Swoop (Adlerflug) dans le Derby allemand, il s’est même assuré une place dans l’histoire des courses, puisque le poulain de la baronne von Ullmann est devenu le premier cheval entraîné en France à s’imposer dans le Gr1 de Hambourg. Mais, pour le jockey, ce succès est avant tout celui d’un travail d’équipe, d’une collaboration à long terme avec Francis-Henri Graffard : « Je suis très fier d’offrir un Gr1 à Francis-Henri Graffard, qui en a déjà remporté beaucoup et n’est qu’au début de sa carrière ! J’avais eu le plaisir, il y a des années déjà, d’être associé à son premier gagnant. Avec la montée en puissance de son écurie, il a dû s’adjoindre les services de top jockeys, mais il m’a toujours fait confiance. Je vais souvent galoper des chevaux pour lui. Il est facile de travailler avec Francis. Je pense que nous partageons une certaine vision de notre métier, en regardant le long terme. »

Un travail d’équipe. Dimanche, Ronan Thomas avait revêtu une casaque célèbre, représentant l’un des haras allemands les plus prestigieux, qui a sorti des champions du calibre de Manduro ou Shirocco : « C’était bien sûr un grand honneur de porter cette casaque si fameuse dans le monde des courses. Je sais à quel point le Derby allemand est une course importante pour le Gestüt Schlenderhan, qui l’a déjà enlevé à dix-huit reprises et qui est aussi l’éleveur du deuxième. » Ronan Thomas n’oublie pas le rôle de son agent, Pierre-Alain Chereau, dans cette victoire : « Pierre-Alain avait noté que, cette année, le niveau des 3ans allemands n’était pas bien établi. Il pensait que ce Derby représentait une belle opportunité pour In Swoop, et il en a parlé à Francis. Ensuite, il y avait une grosse réunion à Deauville au même moment, et c’est mon nom qui a été choisi pour monter le poulain. Je suis allé le travailler, j’ai étudié ses deux sorties… Monter un Gr1, cela ne se prépare pas la veille pour le lendemain ! »

Né pour cette course. Le Derby allemand est réputé pour être une course piège pour les visiteurs. Ronan Thomas explique : « Je pense que cela s’explique par plusieurs facteurs. Il n’est pas rare qu’il pleuve dans le nord de l’Allemagne à cette époque et, dans ce cas, le terrain est très vite lourd. De plus, le parcours finit en montant, la course fait toujours le plein de partants et, surtout, il ne faut pas dénigrer l’élevage allemand ! Il produit régulièrement de très bons chevaux de tenue généralement, alors que chez nous les 3ans capables de faire 2.400m début juillet sont plus rares. In Swoop est né pour gagner cette course que son père a enlevée, alors que sa mère a remporté les Oaks allemandes. Nous étions sûrs de sa tenue. En revanche, c’est un poulain encore immature et qui a besoin de temps pour entrer dans sa course. Alors, même si c’est une tactique risquée à Hambourg, nous avons fait le choix de le monter pour lui, de ne pas le mettre dans le rouge au début, et, dans la ligne droite, je me suis attaché à ne pas casser sa longue accélération en serpentant. Je suis allé bien droit et, alors que je doutais dans le dernier tournant, plus le poteau approchait et plus je voyais la victoire arriver ! »

La confiance au centre de tout. Ronan Thomas remporte son premier Gr1, mais il n’en a pas monté des centaines. La dernière vraie jument de ce niveau qu’il ait montée s’appelait Musical Way (Gold Away). La représentante de Stephanos Constantidinis, devenue une poulinière de premier plan au Japon, avait conclu troisième du Premio Lydia Tesio et de la Hong Kong Cup (Grs1). Ronan Thomas se souvient : « À Rome, nous pensions gagner et nous avons été battus. Je mesure la difficulté que représente le fait de gagner un Gr1 ! Il faut d’abord avoir la chance de le monter, puis celle de le monter avec une chance, et enfin que tout se passe bien pour gagner ! Quand on n’est pas attaché à une top écurie, comme moi, cette opportunité n’arrive pas tous les jours. Mais, encore une fois, j’exerce mon métier en pensant au long terme, avec de vraies relations de confiance et de respect mutuel. Je suis par exemple toujours en contact avec la famille Constantidinis. Et des professionnels comme Francis-Henri Graffard ou Corine Barande-Barbe font toujours appel à moi, même si, désormais, je passe plusieurs mois d’hiver au Qatar. »

Au Qatar l’hiver. Depuis l’hiver 2018-2019, Ronan Thomas a en effet décidé de rejoindre le Qatar et l’écurie de tête d’Umm Qarn Farm, managée par Alban de Mieulle. Bien que la saison ait été écourtée cette année, il a fini tête de liste. Un choix raisonné, mais qui n’était pas sans risque : « C’est vrai qu’en passant plusieurs mois à Doha, je perds certaines montes, mais, dans le même temps, monter pour une top écurie, dans ce pays où les courses sont en constant développement et dont les investissements en Europe sont si conséquents, m’a apporté une certaine exposition. Je suis amené, l’été, à monter certains représentants de Son Altesse le cheikh Abdullah bin Khalifa Al Thani quand ils sont plusieurs dans la même course. C’est ainsi que l’an dernier j’ai monté Tayf dans la Qatar Arabian World Cup. Là aussi, il y a cette notion de confiance et de travail sur le long terme qui me tient tant à cœur. »

Une histoire d’amitié

Francis-Henri Graffard nous a parlé des liens qui l’unissent à Ronan Thomas : « Je le connais très bien : notre amitié remonte à un certain temps, il faisait partie d’une bande d’amis avant même que je m’installe. C’est avec Ronan que j’ai eu mon premier gagnant : Star of Bombay (Zamindar), le 7 janvier 2012 à Deauville. C’est quelqu’un qui est très présent, notamment sur le travail du matin, depuis le début et aujourd’hui encore. Il est très sérieux et je sais que je peux compter sur lui, il s’est bien adapté à ma façon de travailler. Je fais appel à lui, notamment quand je ne peux pas avoir un de mes autres jockeys habituels, comme Pierre-Charles Boudot, par exemple. Lui donner cette monte dans le Derby allemand était aussi une manière de le remercier de tout le travail qu’il fait pour moi : c’était logique de faire appel à lui pour cette réunion. C’est un bon jockey, sérieux, qui sait s’adapter. »

In Swoop de retour en septembre

Francis-Henri Graffard nous a donné des nouvelles d’In Swoop : « Il est très bien rentré du Derby allemand. Nous allons le laisser tranquille cet été et il sera revu en septembre. Il y a deux options : soit le Juddmonte Grand Prix de Paris (Gr1), qui serait la suite logique, soit le Grosser Preis Von Baden (Gr1), face aux chevaux d’âge. Nous aviserons le moment venu mais il est gagnant de Gr1 et n’a donc pas cinquante options. C’est un poulain encore immature : le Derby allemand n’était que sa troisième course et il est amené à devenir un très bon 4ans. »

Le rating international de In Swoop (Adlerflug) a été revu à la hausse après la consultation entre les handicapeurs des différents pays. Le pensionnaire de Francis-Henri Graffard, jugé 112 par le handicapeur allemand tout de suite après son succès de dimanche, a décroché un 113, c’est-à-dire 51 de valeur ou 96,5 de GAG (l’échelle utilisée outre-Rhin). Son dauphin, Torquator Tasso (Adlerflug), est à 111, le troisième, Grocer Jack (Oasis Dream), à 110 et le quatrième, Kaspar (Pivotal), à 109. Le favori battu Wonderful Moon (Sea the Moon), sixième, a gardé son 112 d’avant-course.