Partez en vacances… Achetez un cheval !

Courses / 27.07.2020

Partez en vacances… Achetez un cheval !

En 1995, la casaque de Middleham Park Racing apparaît pour la première fois sur un hippodrome. Vingt-cinq ans plus tard, ce qui devait être un hobby pour son fondateur, Tim Palin, est devenu l'une des écuries de groupe les plus connues d'Europe, avec 46 gagnants black types dont trois lauréats de Gr1. L'idée ? Le propriétariat pour tous.

Par Anne-Louise Échevin

Jour de Galop. - Pourquoi avoir décidé de lancer, il y a 25 ans, Middleham Park Racing ?

Tim Palin. - Avant de lancer Middleham Park Racing, j'ai eu des chevaux dans d'autres écuries de groupe. En général, ils trouvaient et syndiquaient des chevaux à l'entraînement. Mais j'ai pensé qu'il était possible d'investir dans des poulains n'ayant pas couru, comme des yearlings, et de proposer ensuite des parts. C'était l'idée : plutôt que d'investir dans des chevaux clés en main, aller dénicher un yearling.

Et toute cette aventure a commencé avec un seul cheval : China Castle (Sayf El Arab). Ce poulain a gagné 26 courses pour nous. Sans lui, qui a couru dès son année de 2ans en 1995, nous n'aurions probablement pas eu cette conversation ! Ensuite, je crois simplement que le succès amène le succès. Un cheval, puis cinq ou six chevaux, puis douze chevaux et ainsi de suite. Actuellement, Middleham Park Racing possède un peu plus de 100 chevaux. J'ai tendance à définir toute l'aventure de Middleham comme un hobby qui est devenu incontrôlable ! De hobby, cette activité est devenue un business.

Vous avez plus de cent chevaux qui courent actuellement pour Middleham Park Racing. Cela représente combien de propriétaires et combien cela coûte-t-il ?

En tout, il y a actuellement 870 porteurs de part. Chaque syndicat est séparé [Ventura Tormenta court sous Middleham Park Racing IV, par exemple, ndlr]. En moyenne, il y a seize personnes sur chaque syndicat. Sur Ventura Tormenta, par exemple, il y a neuf personnes. Le plus "petit" porteur de parts sur Ventura Tormenta a acheté 2,5 % du cheval. Cela lui a coûté environ 3.000 € pour la part, puis à peu près 1.000 € à l'année pour tout ce qui concerne les frais autour de l'entraînement du cheval. L'idée est de pouvoir permettre au maximum de personnes d'investir sur un cheval. Lorsque nous avons commencé Middleham Park Racing, notre idée était de rendre accessible la propriété d'un cheval de course à "monsieur et madame tout le monde". Que l'argent qu'ils investissent soit du niveau de celui qu'ils pourraient utiliser pour se payer des vacances par exemple : avec 3.000 €, vous pouvez passer de très jolies vacances mais vous pouvez aussi connaître la joie d'avoir un cheval de course !

Comment dénichez-vous de nouveaux porteurs de parts ? Faites-vous beaucoup de publicité ou cela marche-t-il au bouche à oreille ?

Dans le temps, lorsque nous avions une quarantaine de chevaux, nous avions un budget communication et marketing assez conséquent. Mais nous n'avons désormais plus ce budget : nous avons de la chance car nos chevaux ont eu de la réussite et, grâce à internet et à notre site web, un certain nombre de gens entrent assez naturellement en contact avec nous. Évidemment, nous avons aussi de la chance avec nos succès et les médias parlent de nous. Cela permet aussi aux gens de nous connaître et j'en suis très reconnaissant.

Puis-je, en étant française, acheter une part dans un de vos chevaux ?

Oui c'est possible ! Nous avons des porteurs de parts un peu partout dans le monde : Australie, Singapour, France, Irlande… C'est assez facile d'acheter une part dans l'un de nos chevaux, peu importe où vous vous trouvez. Il faut juste bien remplir les papiers nécessaires ! Nous avons des chevaux à l'entraînement en Angleterre et en Irlande, mais aussi en France chez Jean-Claude Rouget. Nous avons deux 3ans chez lui : Ventura Bounty (Dabirsim) est à Deauville et Mensen Ernst (Intello) est à Pau. Ce dernier est une révélation depuis qu'il est chez Jean-Claude. Il a gagné trois courses chez lui et a pris la deuxième place du Critérium du Languedoc (L). Nous pensions le courir à Vichy dans le Prix Frédéric de Lagrange (L), mais il y fait vraiment très chaud donc nous avons préféré faire l'impasse sur l'épreuve.

D'où vient la casaque ?

Elle est bleu clair, en référence à l'équipe de Manchester City [les épaulettes orange viennent en contraste du bleu clair, qui est son opposé sur le spectre des couleurs, ndlr]. Le football est une autre passion. Certains noms des chevaux font d'ailleurs référence à des joueurs de Manchester City. C'est le cas de Kool Kompany (Jeremy), qui a remporté le Prix Robert Papin en 2014 : il est nommé après l'un des joueurs de Manchester City, Vincent Kompany.

Qui achète vos chevaux et demandez-vous à vos acheteurs d'investir sur des profils particuliers ?

Nous faisons appel principalement à trois courtiers : Federico Barberini et Peter et Ross Doyle. Nous leur faisons confiance pour acheter les meilleurs chevaux possible, selon leurs ressentis. Peter et Ross Doyle, par exemple, vont principalement rechercher des poulains ayant le profil pour être des 2ans. Federico Barberini nous cherche en général des éléments un peu plus tardifs, qui ont le profil pour venir avec le temps et être plutôt des 3ans. Mais il peut aussi nous acheter des 2ans : par exemple, c'est lui qui a acheté Marie's Diamond (Footstepsinthesand), qui a gagné les Anglesey Stakes (Gr3) avant de courir dans le Morny. Et Peter et Ross Doyle ont aussi acheté des chevaux plus tardifs.

De même, avez-vous une politique concernant les choix des entraîneurs ?

Oui. Pour les poulains amenés à être des 2ans, nous allons principalement nous tourner vers des entraîneurs comme Richard Hannon, Richard Fahey et Mark Johnston. Pour les poulains avec un profil plutôt de 3ans, qui ont besoin de temps, nous les plaçons chez nos entraîneurs de Newmarket comme Michael Bell, Marco Botti ou Sir Mark Pescott.

À quel moment les porteurs de parts interviennent-ils pour choisir les chevaux ?

Lorsque nous achetons les chevaux pour Middleham, nous n'avons pas encore de propriétaires, de porteurs de parts, définis pour eux. Nous les achetons et, après cela, nous leurs trouvons les propriétaires. Les différents chevaux leurs sont proposés et les futurs propriétaires peuvent choisir les éléments dans lesquels ils veulent investir.

Toormore vous a offert un premier succès au niveau Gr1 en 2013 et, depuis, les victoires au plus haut niveau se sont enchaînées…

C'est lui qui nous a vraiment projeté dans les Groupes. Il a été le champion européen des 2ans en 2013. Toormore a gagné les National Stakes (Gr1) au Curragh. Et, l'année d'après, nous avons eu un champion sprinter avec G Force, qui a gagné la Sprint Cup d'Haydock à 3ans, devenant champion sprinter européen chez les 3ans. Depuis 2013, nous avons eu vraiment de la chance avec nos chevaux.

Combien de temps dure la carrière d'un cheval "Middleham Park Racing" ?

En général, les durées de vie des syndicats sont de deux ans : de l'année de 2ans jusqu'à la fin de l'année de 3ans. Après cela, la plupart des chevaux passent en vente. Mais il y a quelques exceptions : Marie's Diamond a 4ans et continue de courir. Si les chevaux montrent qu'ils sont vraiment bons, nous pouvons poursuivre l'aventure avec eux un peu plus longtemps que prévu. Certains ont aussi été vendus à l'amiable.

C'est le cas aussi avec Raymond Tusk, qui vous a fait faire le tour de la planète !

Raymond Tusk nous a apporté beaucoup de plaisir. Il a été acheté 85.000 € à Arqana par Peter et Ross Doyle et il nous a fait voyager partout dans le monde ! Il a gagné le Gran Premio del Jockey Club (Gr2), il a couru la H.H. The Emir Sword (Gr1 local) au Qatar. Il a couru la plus grande course australienne, la Melbourne Cup (Gr1) et, pour l'anecdote, il a aussi gagné en Écosse les Glasgow Stakes (L), à Hamilton : c'est la course de plat la plus riche d'Écosse ! C'est un cheval exceptionnel pour tous ses porteurs de parts.

Middleham Park Racing était initialement tourné vers le plat. Mais vous avez ensuite fait le choix de vous tourner aussi vers l'obstacle.

Cela est venu plus tardivement. Je crois que nous avons actuellement, de mémoire, neuf chevaux à l'entraînement chez Nicky Henderson cette année, et six chevaux chez Paul Nicholls. L'idée, comme pour le plat, est de faire appel aux meilleurs entraîneurs. Nous avons gagné le Scottish Grand National en 2011 avec Beshabar (Flemensfirth). Un cheval comme Junior (Singspiel) nous a offert des succès à Royal Ascot, dans les Ascot Stakes, en 2010 et en 2011, il nous a apporté une victoire lors du Festival de Cheltenham en remportant la Kim Muir Challenge Cup. C'est l'un des rares chevaux qui a réussi à gagner lors du plus grand meeting de plat et le plus grand meeting d'obstacle anglais : depuis la Première Guerre Mondiale, seuls deux chevaux en ont été capables ! Il nous a apporté beaucoup de plaisir.

Quels sont les avantages, pour les propriétaires, d'investir avec Middleham Park Racing ?

Nous faisons tout pour que les propriétaires puissent profiter pleinement de cette expérience. Nous organisons des matinées à l'entraînement, pour que les propriétaires puissent aller voir leurs chevaux. C'est très important. Il y a aussi l'accès sur les hippodromes, bien entendu. Je suis d'ailleurs très reconnaissant envers nos entraîneurs qui ont été géniaux pendant cette période d'arrêt des courses et de confinement : ils nous ont envoyé encore plus de vidéos et de nouvelles que d'habitude, pour que tout le monde puisse rester en contact avec son cheval. Désormais, les choses devraient revenir peu à peu à la normale : dans les prochains jours, à partir du Festival de Goodwood, le public devrait revenir en progression aux courses et nous devrions être en mesure de faire venir un peu plus de propriétaires sur les hippodromes par cheval, en passant de deux à quatre. Nous espérons pouvoir faire revenir le plus de monde possible dans les prochaines semaines, si tout va bien.

Nous ressentons beaucoup d'inquiétudes de la part des entraîneurs comme des propriétaires sur l'avenir des courses britanniques, avec des allocations qui ont souffert suite à la crise du Covid-19. En tant que président d'une écurie de groupe, cela vous inquiète-t-il ?

Je crois qu'avant la crise liée au Covid-19, les allocations en Grande-Bretagne allaient en s'améliorant, c'était plutôt encourageant. Mais, même s'il y avait du mieux, ces allocations n'étaient en rien comparables à celles que vous avez en France. Le modèle français de financement des courses et votre niveau d'allocations devraient être une inspiration pour les courses de Grande-Bretagne. Il y a plus de sens à avoir des chevaux à l'entraînement en France qu'en Angleterre à cause des allocations. Ceci étant dit, en ce qui nous concerne, beaucoup de nos porteurs de parts achète un bout de cheval pour 3.000 €. Nous présentons la propriété de chevaux comme étant un loisir, pas un investissement. Je crois qu'en investissant des sommes équivalentes à des vacances, nous réussissons à garder cet esprit de loisir et que, par conséquent, les porteurs de parts le vivent ainsi, sans penser en priorité à avoir un énorme retour sur investissement. Avant tout, pour eux, avoir un cheval à Middleham Park Racing est un moment de loisir et de joie.

Le Morny, du 50/50 pour Ventura Tormenta

Tim Palin nous a donné des nouvelles de Ventura Tormenta, héros du Darley Prix Robert Papin (Gr2). Le Darley Prix Morny (Gr1) est une possibilité pour lui, à conditions que l'été soit ensoleillé du côté de Deauville : « Je dirais que c'est du 50/50 en ce qui concerne le Morny. Il y a aussi les Phoenix Stakes (Gr1) au Curragh juste avant. La seule chose qui nous inquiète avec le Morny concerne le terrain : nous ne sommes pas certains qu'il puisse apprécier une piste assouplie et, souvent à Deauville à la fin du mois d'août, la piste est tout de même assouplie. S'il peut trouver du bon terrain en Irlande et pas à Deauville, alors nous irons plutôt en Irlande. Nous allons surveiller la météo de près ! »