Prix du Jockey Club (Gr1) : Mishriff ou l’histoire d’un plan sans accroc

Courses / 05.07.2020

Prix du Jockey Club (Gr1) : Mishriff ou l’histoire d’un plan sans accroc

Chantilly, dimanche

Il est amusant à voir galoper, ce Mishriff (Make Believe) ! La tête très basse, comme s’il dormait ou broutait… Mais lorsqu’il a relevé la tête et vu le jour, il a crevé l’écran ! Il ne lui a fallu que 100m, une fois sur la ligne de tête, pour se détacher de ses adversaires, s’imposant d’une longueur trois quarts. Juste 100m, pour offrir un premier Jockey Club à son entraîneur, John Gosden, et à son propriétaire et éleveur, le prince Faisal. Et un premier Gr1 et classique à son père, Make Believe, pour sa première génération. Son entourage a fait le choix de viser le Prix du Jockey Club plutôt que Royal Ascot : objectif atteint !

Une sacrée pointe de vitesse. Mishriff a gagné en trois foulées, après avoir voyagé aux avant-postes. Une enquête a été ouverte après la course car, en cherchant l’ouverture, il est allé au contact de Pao Alto (Intello), futur sixième. L’arrivée a été maintenue. Pour la deuxième place, c’est beaucoup plus serré entre deux poulains qui ont eu des parcours complétement opposés : The Summit (Wootton Bassett), vu près de la ligne de tête sur une troisième épaisseur, le nez au vent, n’a rien lâché jusqu’au bout et réussit son test de tenue, gardant une encolure sur Victor Ludorum ** (Shamardal). Ce dernier n’était pas gâté avec l’as dans les stalles et il est sorti mou, se retrouvant dernier. Il a tracé une bonne ligne droite mais les 100 derniers mètres ont été longs après un tel effort. Dawn Intello (Intello) a bien fini le long de la corde, pour prendre la quatrième place à une longueur, devançant Port Guillaume ** (Le Havre), venu à l’extérieur, de trois quarts de longueur.

En plein dans le mille

Mishriff arrivait sur ce Prix du Jockey Club après une victoire désinvolte dans les Newmarket Stakes (L), le 6 juin dernier sur les 2.000m de Newmarket (logique !). Tout de suite après la course, son entourage a parlé du Prix du Jockey Club. Le pari est réussi !

Ted Voute, qui manage les intérêts du prince Faisal, nous a dit : « Après Newmarket, le prince Faisal a voulu faire l’impasse sur Royal Ascot pour lui donner sa chance en France, dans un classique. Cela a marché et cela ne fonctionne pas souvent ! Il est ravi, vraiment ravi. Le poulain a été très bien monté. Pour être franc, durant la course, je le voyais enveloppé et je me suis dit qu’il ne pourrait jamais sortir ! Mais Ioritz a été très inspiré : John Gosden m’a dit qu’il avait bien fait ses devoirs, qu’il avait regardé beaucoup de vidéos du poulain. C’est un poulain particulier à monter, il galope avec la tête très basse. Il est ainsi ! Lorsqu’il a eu le jour, il a placé une accélération qui, visuellement, été impressionnante. »

Il était deuxième d’un autre Derby. Avant l’arrêt des courses en Europe, Mishriff avait bien couru dans un Derby un peu particulier : le Saudi Derby, sur le dirt de Riyad, où il était seulement battu par le japonais Full Flat (Speightstown)… Les chevaux de dirt japonais sont en général en-dessous des américains, mais Mishriff n’avait pas à rougir d’être battu par un poulain connaissant cette surface ! En 2020, à 3ans, il a passé un cap, lui qui a ouvert son palmarès pour sa troisième sortie au mois de novembre de ses 2ans. Ted Voute a commenté : « Avant la course, nous ne savions pas comment le situer par rapport à l’opposition. Son père, Make Believe, avait progressé de 34 livres entre son année de 2ans et son année de 3ans : c’est énorme et ses produits ont l’air de faire de même. Cette victoire est positive aussi pour l’Arabie Saoudite : Mishriff a été deuxième du Saudi Derby et gagne le Jockey Club. Le pays tente de construire un beau programme pour avoir du black type et cette victoire est belle pour eux. » Le prince Faisal est saoudien et le nom du poulain n’est pas un hasard : il est nommé en l’honneur de Mishref bin Mutlaq, l’un des grands hommes de cheval de l’Arabie Saoudite (jockey, entraîneur, propriétaire, éleveur, racing manager).

Le premier Jockey Club de John Gosden

Dans les grandes victoires de John Gosden, il manquait toujours ce Prix du Jockey Club… Le Derby français était le dernier grand Derby européen qui manquait à son palmarès, lui qui avait déjà décroché le Derby d’Epsom et le Derby d’Irlande… Ainsi que les Oaks d’Epsom, d’Irlande et le Prix de Diane. Sacrée carte de visite !

Comme dans un rêve. John Gosden n’était pas à Chantilly, quarantaine anglaise oblige, mais surtout parce qu’Enable (Nathaniel) effectuait sa rentrée dans les Eclipse Stakes (Gr1) à Sandown. Il a commenté : « Ioritz Mendizabal l’a monté comme nous l’avions décidé ce matin. Nous souhaitions attendre non loin de la tête et attendre l’ouverture. Chantilly n’est pas un hippodrome facile à monter : il peut y avoir des courses étranges car cela reprend dans le tournant et, à partir de là, il est impossible de changer de position. Il a eu une belle attitude et j’ai trouvé que ses derniers 100m ont été les meilleurs de la course. Son propriétaire et éleveur, le prince Faisal, avait vraiment envie de courir le Prix du Jockey Club et il a eu raison ! C’était le plan et tout s’est parfaitement déroulé. Nous allons attendre de voir comment le poulain revient et je vais discuter avec le jockey. Avec de la chance, son anglais sera meilleur que mon français ! Nous aviserons à partir de là. Son pedigree dit qu’il devrait rester sur cette distance mais il ne s’est pas arrêté pour finir. » Il n’est pas engagé dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1).

La journée de Ioritz. Dans une année "normale", Mishriff aurait été monté par David Eagan dans ce Prix du Jockey Club. Mais, avec les mesures de quarantaine toujours en place en Angleterre, l’entourage du poulain a préféré faire appel à un jockey français. C’est donc Ioritz Mendizabal qui a récupéré la monte et il a passé une bonne journée, puisqu’il a aussi remporté le Qatar Derby des Pur-Sang Arabes de 4ans (Gr1 PA), plus tard dans la réunion. Le jockey, qui avait gagné ce Jockey Club avec Vision d'État, nous a expliqué : « Tout s’est bien déroulé et il l’a fait en vrai bon cheval. Je suis ravi et je remercie le prince Faisal et John Gosden de m’avoir fait confiance. John Gosden m’avait vraiment mis en confiance ce matin et lorsque l’on se retrouve sur un cheval aussi bien réglé, tout est plus facile. Il a une façon de galoper très particulière, avec la tête très basse : John Gosden m’en avait parlé et j’avais vu ses vidéos. Il a juste fallu le rassembler dans la ligne droite au moment de le lancer et, quand il a trouvé son action, il l’a fait en deux foulées. »

Dans le clan des placés

Avant la course, la principale interrogation concernant The Summit était sa capacité à faire les 2.100m : lauréat du Prix de Fontainebleau (Gr3), il restait sur une deuxième place dans l'Emirates Poule d’Essai des Poulains (Gr1). À chaud, après le Gr1, Henri-Alex Pantall avait écarté le Prix du Jockey Club. Le poulain a changé de casaque depuis et son entourage a changé d’avis : bien leur en a fait car oui, il a tenu malgré un parcours en épaisseur, lui qui avait hérité du16 dans les stalles.

Henri-Alex Pantall nous a dit : « Le point d’interrogation était la distance… Et il a tenu ! The Summit court très bien et il a eu un parcours en or : il était un peu en épaisseur mais il avait un bon camarade à son intérieur. C’est un poulain calme, posé, qui ne tire pas : il peut donc se poser à cet endroit, ce n’est pas un problème. Il est tombé sur un os mais il n’y a rien à dire, il fait une superbe course. »

Victor Ludorum, pas aidé par l’as dans les stalles. Victor Ludorum n’était pas gâté par l’as dans les stalles : il fallait soit partir très vite, soit prendre le risque d’être enfermé. Le représentant de Godolphin a dû subir une autre option : après être parti mollement, il s’est retrouvé dernier. À partir de ce moment-là, les carottes étaient quasiment cuites. Le poulain ne démérite pas mais, pour finir, coince un peu. Représentante en France de Godolphin, Lisa-Jane Graffard nous a dit : « Je n’ai pas encore parlé avec André Fabre et Mickaël Barzalona mais j’ai l’impression que, comme à Deauville, il est sorti un peu mou. Avec ce numéro de corde, il s’est retrouvé en dernière position, trop loin. À ce moment, il a peut-être perdu la course. Mais il réalise une belle performance malgré tout : revenir d’aussi loin, c’était trop compliqué. Victor Ludorum a bien accéléré et, à un moment, il était sur la même ligne que le gagnant. Mais ce dernier a mieux tenu pour finir. Nous allons attendre de voir comment il récupère pour décider de la suite. »

Dawn Intello fait plaisir à son entraîneur. Andreas Schütz nous disait ce vendredi qu’il pensait que Dawn Intello avait le niveau d’une telle épreuve. Le poulain lui a donné raison, finissant bien pour prendre la quatrième place. Gagnant facile d’une Classe 2 le 1er juin, il restait sur une quatrième place dans le Prix de Champerret (Classe 1), le 14 juin à Chantilly, où il avait été assez violemment percuté par un adversaire. Andreas Schütz nous a dit : « À la mi-parcours, il n'y avait pas assez de rythme et il a été un peu brillant. À mi-ligne droite, il a mis un peu de temps à trouver l'ouverture. Je suis ravi de sa performance : c'est un super poulain et j'étais certain qu'il avait le niveau d'une telle course. Je la vise depuis pas mal de temps, je suis heureux pour son propriétaire qui a suivi pour faire l'engagement. Je vais voir comment il revient de la course mais il pourrait prendre un peu de repos.il a couru rapproché, à Deauville puis ici à Chantilly où il a eu de la chance de ne pas être blessé. »

Port Guillaume, une performance encourageante pour l’avenir. Port Guillaume a perdu son invincibilité dans ce Prix du Jockey Club. Il est battu, mais son entourage a le droit de rêver à un bel automne avec ce poulain, qui n’a débuté qu’en 2020. Il était d’ailleurs le seul concurrent de ce Jockey Club à ne pas avoir couru à 2ans ! Sa fin de course est plaisante et, à l’automne, Port Guillaume doit pouvoir rebondir. Jean-Bernard Roth, bras droit de Jean-Claude Rouget, nous a dit : « Sa performance est excellente, face à des chevaux de ce niveau-là. Il ne faut pas oublier que c'est un poulain très tendre, qui n'avait jamais couru dans des lots aussi fournis, en quantité ou qualité. Il a eu du mal à garder sa place dans le parcours et, à l'entrée de la ligne droite, il était encore très loin. Il a tracé une ligne droite de toute beauté pour finir proche des premiers. Il montre qu'il devrait tenir les 2.400m et c'est très bon signe pour l'automne, il sera très compétitif à cette période de l'année. C'est la même chose pour Fantastic Spirit, qui ne démérite pas. »

PEDIGREE WEATHERBYS

http://www.jourdegalop.com/Media/Jdg/Documents/MISHRIFF.pdf

Une première pour Make Believe et Raven's Pass. Stationné à Ballylinch Stud, Make Believe (Makfi) avait fait carrière en France chez André Fabre (Poule d’Essai et Prix de la Foret, Grs1) sous les couleurs du prince Faisal. Mishriff est son premier gagnant de Gr1 et son premier gagnant classique. Il s’agit de sa première génération de 3ans en piste et il est actuellement deuxième au classement des second crop sires en Europe (derrière Night of Thunder). On lui doit aussi Rose of Kildare (Make Believe), lauréate des Godolphin Oh So Sharp Stakes et des William Hill Firth of Clyde Stakes (Grs3), puis troisième des 1.000 Guinées allemandes (Gr2). Mishriff est aussi le premier gagnant de Gr1 de son père de mère, Raven's Pass (Elusive Quality), lequel officie à Kildangan Stud en Irlande. Le jour où Mishriff entrera au haras, il aura l’immense avantage d’être un outcross (notamment vis-à-vis de Galileo et Sadler’s Wells).

Une souche que le prince Faisal cultive depuis quatre générations. Mishriff a été élevé par le prince Faisal, qui a cette famille depuis les années 1980. Ted Voute nous a dit : « C’est une victoire qui fait très plaisir au prince Faisal. Parce que le père est Make Believe, mais aussi parce qu’il a cette famille, du côté maternel, depuis trois générations. Nous avions acheté Make Believe foal. Il avait été le premier gagnant classique de Makfi, pour sa première génération, et Mishriff est le premier classique de Make Believe pour sa première génération. »

Mishriff est la synthèse de ses deux précédents lauréats classiques en France : Make Believe, gagnant de la Poule d’Essai des Poulains (Gr1) 2015, et Rafha (Kris), lauréate du Prix de Diane 1990. À la lecture du pedigree de Mishriff, la tenue ne saute pas aux yeux, même si Raven's Pass avait remporté la Breeder’s Cup Classic. Néanmoins, sa mère, Contradict (Raven's Pass), avait gagné un handicap sur 2.000m outre-Manche avant de se classer neuvième du Prix de Malleret (Gr2). Ses trois produits sont black types. Elle a déjà donné le rapide Orbaan (Invincible Spirit), lauréat du Prix de Saint Patrick (L), et Momkin (Bated Breath), dont la meilleure performance est une deuxième place dans les Craven Stakes (Gr3, 1.600m). La deuxième mère, Acts of Grace (Bahri), avait de la tenue, remportant notamment les Princess Royal Stakes (Gr3, 2.400m) et le Prix des Tourelles (L).

Le prince Faisal avait aussi élevé la troisième mère, Rafha. Cette gagnante du Prix de Diane (Gr1) a donné deux grands étalons vecteurs de vitesse, Invincible Spirit (Green Desert) et Kodiac (Danehill). Cette souche est particulièrement vivante et sous la quatrième mère, on retrouve Pinatubo (Shamardal), champion des 2ans européens 2019, et Uni (More than Ready), championne sur le gazon américain l’an dernier.

 

 

 

Dubawi

 

 

Makfi

 

 

 

 

Dhelaal

 

Make Believe

 

 

 

 

 

Suave Dancer

 

 

Rosie's Posy

 

 

 

 

My Branch

MISHRIFF (M3)

 

 

 

 

 

 

Elusive Quality

 

 

Raven's Pass

 

 

 

 

Ascutney

 

Contradict

 

 

 

 

 

Bahri

 

 

Acts of Grace

 

 

 

 

Rafha


LES CHRONOS

TEMPS PARTIELS

Du départ à 1.000m : 1’04’’73

De 1.000m à 600m : 24’’17

De 600m à 400m : 11’’68

De 400m à 200m : 11’’75

De 200m à l’arrivée : 11’’69

Temps total : 2’04’’01