The Derby (Gr1) : English King à l’aveugle

International / 03.07.2020

The Derby (Gr1) : English King à l’aveugle

Epsom (GB), samedi

C’est un Derby à l’aveugle, sans ses préparatoires, sans son public… English King (Camelot) était le gagnant annoncé après son succès dans le Lingfield Derby Trial (L). Surtout que Lanfranco Dettori a choisi de lui être associé. Mais soudainement, 24 heures avant la course, il est devenu le poulain dont plus personne ne veut chez les commentateurs hippiques anglais. Et il ne faudra pas s’étonner si, ce samedi, à 17 h 55 heure française, il n’est plus le favori.

L’élève de l’écurie des Monceaux et Skymarc n’a commis aucune erreur après son facile succès dans la préparatoire. De plus, son dauphin Berkshire Rocco (Sir Percy) s’est classé deuxième du futur lauréat de l’Irish Derby (Gr1), Santiago (Authorized). En réalité, la faute revient au tirage au sort des numéros de corde et à cette maudite stalle numéro 1. Si l’on veut chercher une quelconque faiblesse au pensionnaire d’Ed Walker, on pourra évoquer son "manque de rating (112) et d’expérience". Sauf que la plupart de ses adversaires sont dans cette situation. La tenue est là, le poulain est bien équilibré, il s’est adapté à un parcours similaire à celui d’Epsom et il possède une belle pointe de vitesse. Certes, entre Anthony Van Dyck (Galileo) et High-Rise (High Estate), les deux derniers lauréats du trial de Lingfield qui ont remporté le Derby ensuite, 21 ans se sont écoulés. Mais nous sommes ici pour juger des poulains, pas pour lire dans une boule de cristal…

Kameko, le meilleur rating, mais des doutes. Kameko (Kitten’s Joy) a décroché 119 suite à son succès dans les 2.000 Guinées. Sa précédente valeur (118) remontait à sa facile victoire dans les Futurity Trophy (Gr1). Le pensionnaire d’Andrew Balding a eu un parcours des plus traditionnels et sa tentative intervient quatre semaines après la gloire classique. Le représentant de Qatar Racing est parti à 10/1 dans le classique de Newmarket, en raison de la présence de Pinatubo (Shamardal). Mais aussi du fait que tout le monde voyait en lui un poulain de Derby. Or, à présent, les parieurs et beaucoup d’analystes lui reprochent un possible manque de tenue… ! Neuf des 14 gagnants de Gr1 de son père, Kitten’s Joy (El Prado), ont remporté leur titre sur 2.000m et plus. Issu du même père et pour la même casaque, le regretté Roaring Lion n’avait pas tenu les 2.400m d’Epsom. De là à dire que Kameko ne fera pas distance…

À 2.400m d’un record. Aidan O’Brien alignera six pensionnaires. Ryan Moore sera associé à Mogul (Galileo). Il était (déjà) le candidat numéro 1 de Coolmore au moment de son acquisition pour 3,4 millions de Gns (3,95 M€) à Tattersalls. Sa cote a baissé, malgré une rentrée très faible dans les King Edward VII Stakes (Gr2), il y a 18 jours. L’entraîneur et son pilote lui ont conservé leur confiance, malgré tout. Russian Emperor (Galileo) a gagné à Royal Ascot dans les Hampton Court Stakes (Gr3), en devançant un lot assez ordinaire. Mais il devrait apprécier le passage de 2.000 à 2.400m. Vatican City (Galileo) a joué de malchance dans les Irish 2.000 Guineas (Gr1). Il a donné l’impression de tenir un peu plus, mais son pedigree affirme l’inverse. C’est un propre frère de trois gagnants de Gr1 : Gleneagles, Marvellous et Happily, tous des milers. Serpentine (Galileo) a ouvert son palmarès il y a une semaine, de bout en bout, en forçant, et il a le profil parfait du leader. Le français d’élevage Mythical (Camelot) a très mal couru lors de sa rentrée. Il reste le maiden Amhran Na Bhfiann (Galileo). Si Aidan O’Brien bat le record de sept victoires avec ce poulain, il sera béatifié…

Les outsiders. Le calendrier de cette saison faisait des King Edward VII Stakes (Gr2) la préparatoire la plus importante. Pyledriver (Harbour Watch) a gagné en poulain sérieux. Son dauphin Arthur’s Kingdom (Camelot) n’a pas confirmé au Curragh, mais il courait à neuf jours. Le troisième, Mohican Heights (Australia), a bien fini et il va progresser. Highland Chief (Gleneagles) a trouvé des supporters après son succès dans un gros handicap à Royal Ascot. John Gosden a décidé de courir Worthily (Point of Entry), qui a ouvert son palmarès lors de ses débuts en juin à Newbury.

Il faut remonter à la victoire de Morston (Ragusa) en 1973 pour retrouver un Derby winner avec une seule course dans les jambes… Et sa cote est à 33/1. Quand on vous dit que c’est un Derby à part !

Epsom (GB), samedi

Oaks (Gr1)

Love, la vitesse ; Frankly Darling, la tenue

Deux pouliches ont réussi le doublé 1.000 Guinées – Oaks ces 20 dernières années : Minding (Galileo) en 2016 et Kazzia (Zinaad) en 2002. Love (Galileo) partage deux points communs avec Minding : elle a remporté les Moyglare Stud Stakes (Gr1) à 2ans et a fait une véritable démonstration à Newmarket. Pourtant, le classique n’est pas gagné d’avance pour la pensionnaire d’Aidan O’Brien. Car on peut se poser beaucoup de questions sur le niveau réel des adversaires qu’elle a dominées sur le mile. Celles qui ont couru ont déçu, même si elles avaient des excuses. Si l’on regarde du côté de sa souche, sa tenue peut susciter quelques interrogations. On y trouve de la vitesse, que de la vitesse. Ce n’est pas un défaut, sauf si l’on doit courir un classique sur les 2.400m d’Epsom. Si Love a terminé avec des ressources à Newmarket, les 800m supplémentaires sont un sacré périple. Et lorsque l’on a face à soi des pouliches dont la tenue est le point fort, le doute est permis.

Au bon souvenir de Golden Horn. Frankly Darling (Frankel) porte la même casaque que Golden Horn (Cape Cross). Elle vient du même élevage et de la même souche que le Derby winner 2015. Dotée de tenue, elle peut apporter le seul classique qui manque à Anthony Oppenheimer. La pensionnaire de John Gosden s’est promenée dans les Ribblesdale Stakes (Gr2) et a beaucoup appris de sa première vraie course. Il est difficile d’imaginer que les trois pouliches qui l’ont suivie à Royal Ascot, les deux Galileo d’Aidan O’Brien, Ennistymon et Passion, et l’outsider Bharani Star (Sea the Stars), prennent leur revanche. Love, c’est la vitesse, Frankly Darling, la tenue. L’éternel match des courses de chevaux. Lanfranco Dettori cherchera à durcir la course. La tactique de Ballydoyle consistera à raccourcir la distance. Roger Varian, quant à lui, présente deux outsiders. Gold Wand (Golden Horn) a ouvert son palmarès de belle manière à Newbury, alors que Queen Daenerys (Frankel), une Coolmore d’élevage, s’est classée deuxième dans les Pretty Polly Fillies’ Stakes (L). Il faudra beaucoup plus pour rivaliser avec les deux favorites. Tiempo Vuela (Lope de Vega), une autre Oppenheimer, n’a pas apprécié les ondulations de Newmarket, et pour elle aussi cela semble difficile.

Enable repart dans les Eclipse, Lord North absent

Quarante minutes après le Prix de Diane Longines (Gr1), la championne Enable (Nathaniel) fera son retour dans les Eclipse Stakes (Gr1). Ce vendredi, à la déclaration des partants, John Gosden a décidé de ne pas faire courir Lord North (Dubawi). Un de moins pour la Grande Dame.

Sa saison 2020 démarre avec un vrai test. Il est difficile d’affronter après 273 jours d’absence des gagnants de Gr1 comme Ghaiyyath (Dubawi) et Japan (Galileo), lesquels ont déjà une course dans les jambes. John Gosden a joué la prudence cette semaine en annonçant que la jument manque d’une course et que les Eclipse ne sont pas l’objectif de la saison. Mais il faudra l’expliquer à Enable, toujours très généreuse dans sa façon de courir. Aidan O’Brien a aussi engagé la française d’élevage Magic Wand (Galileo). Elle peut jouer un rôle important du point de vue tactique. La japonaise Deirdre (Harbinger), 6ans elle aussi, fera son retour après l’Arabie saoudite. Regal Reality (Intello) et Bangkok (Australia) sont les outsiders.