Tuscan Gaze, un Derby d’emblée et un avenir à Maisons-Laffitte

International / 13.07.2020

Tuscan Gaze, un Derby d’emblée et un avenir à Maisons-Laffitte

Tuscan Gaze, un Derby d’emblée et un avenir à Maisons-Laffitte

Par Franco Raimondi

Jusqu’à ce week-end, il fallait remonter à 2001 et la victoire d’Anabaa Blue (Anabaa), alors entraîné par Carlos Lerner, pour retrouver un gagnant de Derby entraîné à Maisons-Laffitte. Tuscan Gaze (Galileo), lauréat dimanche à Capannelle du Derby Italiano (Gr2) a passé quelques jours dans le centre d’entraînement mansonnien pour parfaire sa préparation. Il retournera dans les prochains jours chez Gianluca Bietolini afin de poursuivre sa carrière en France. L’imposant poulain a été acheté par MAG Horse Racing deux semaines avant la course, après d’interminables négociations. Il s’est imposé dans la toute dernière foulée, devançant d’un petit nez le pensionnaire de Mark Johnston King’s Caper (New Approach). Il est devenu le premier gagnant de Derby pour la famille Bietolini (Luciano, le père, en était l’entraîneur, et Gabriele, le frère, est associé dans la propriété). C’est également une grande première pour le jockey Carlo Fiocchi. Tuscan Gaze était jusque-là invaincu en deux sorties pour l’entraînement de John Gosden et l’association Lady Bamford – Coolmore. L’acheter n’a donc pas été si simple, comme nous l’a confié Gianluca Bietolini : « Les deux propriétaires majoritaires, Massimo Putti et Antonio Calderone, voulaient un poulain pour courir le Derby. Tuscan Gaze faisait partie des possibilités : il avait gagné ses deux courses et avait déjà fait sa rentrée. Il cochait donc toutes les cases. Maintenant qu’il a gagné, c’est sûr, tout le monde est content. Mais il faut savoir que les propriétaires ont fait preuve de beaucoup de courage en l’achetant. Il n’avait qu’un seul point faible et pas des moindres : ses deux succès ont été acquis en terrain lourd, dans des conditions que l’on trouve difficilement un 12 juillet à Capannelle. »

Un petit rating qu’il faut expliquer. Pour sa performance de dimanche, le Racing Post lui a attribué un petit 100 de rating, sachant que le poulain avait quitté la cour de John Gosden avec un rating officiel de 91. Son dauphin, King’s Caper, était à 97. S’agissait-il alors d’un Derby très moyen ? Gianluca Bietolini est convaincu du contraire : « La ligne n’est pas si mauvaise. Tuscan Gaze a gagné une course difficile, avec un mauvais numéro de corde. Comme le train était tranquille, il a pu galoper en épaisseur pour ne pas laisser trop filer King’s Caper. Il a placé une première accélération à 400m du poteau et un dernier coup de reins tout à la fin. Il faut un bon poulain pour faire ça ! De plus, il a montré qu’il était courageux : les chevaux de Mark Johnston sont des durs à cuire et Lanfranco Dettori avait gardé quelque chose pour finir. Les courses réservées aux 3ans sont difficiles à juger cette année. L’arrêt de la compétition a perturbé la préparation des chevaux. Beaucoup d’entraîneurs préfèrent donner deux courses aux candidats classiques avant le jour J, Tuscan Gaze en avait une seule. Mais je ne cherche aucune excuse. C’est à la fin de la saison qu’on pourra vraiment juger cette génération. »

Prochain objectif à Deauville. La suite de la saison de Tuscan Gaze se déroulera en France. Gianluca Bietolini est impatient de retrouver un poulain qui a passé une dizaine de jours chez lui : « Son dernier travail à Maisons-Laffitte était très bon. Sur un gazon bien souple, il avait placé une belle accélération. Quand il est arrivé chez moi, il était en pleine préparation, dans un magnifique état. C’est un beau cheval. Il n’a pas des aplombs parfaits, mais il avait passé la visite vétérinaire sans problème. Il a trouvé son équilibre, j’ai fait un petit changement de ferrure, c’est tout. Il est sûr et certain qu’il ne pourra pas courir tous les jours en terrain léger, mais dimanche, à Capannelle, il a gagné le Derby en bon terrain. Je le vois plus comme un poulain de terrain lourd ou très souple. Le programme français nous offre deux courses durant le meeting de Deauville : le Prix Hocquart (Gr2, 2.500m), à l’affiche le 8 août, et le Prix Guillaume d’Ornano - Haras du Logis Saint Germain (Gr2, 2.000m), la semaine suivante. Il s’agit de Grs2 sans surcharge. Le Guillaume d’Ornano offre une plus belle allocation, mais je crois que les 2.000m de Deauville sont un peu courts pour lui. Le matin au travail, il se comporte plus comme un cheval de 2.400m, il est très calme et facile à monter. »

Galileo et du sprint du côté maternel. On connaît les miracles accomplis par Galileo (Sadler’s Wells). La mère, Crystal Gaze (Rainbow Quest), a produit deux sprinters de haut niveau : Caspian Prince (Dylan Thomas), lauréat de Gr3 et encore compétitif dans les gros handicaps avec 103 de rating à 11ans, et Spirit Quartz (Invincible Spirit), vainqueur du Prix du Gros-Chêne (Gr2) en 2013, deuxième des Nunthorpe Stakes (Gr1) l’année précédente et dont la dernière course remonte à cet hiver, à 12ans… Gianluca Bietolini nous a expliqué : « Avoir un fils de Galileo à l’écurie est un rêve. J’avais déjà eu l’un de ses poulains. Nous avions fait du pinhooking avec Marco Bozzi et un ami de Rome en le revendant à la breeze up de Deauville. Selon moi, il était extra. Il est parti en Angleterre et n’a pas vraiment réussi. Tuscan Gaze, c’est autre chose. Son succès dans le Derby italien lui a donné de la valeur, c’est un étalon en puissance. Une belle victoire en France serait en ce sens très importante. »

Des propriétaires très ambitieux. Le projet de MAG Horse Racing doit monter en puissance et fournir des munitions supplémentaires à Gianluca Bietolini : « Massimo Putti a des chevaux chez moi depuis longtemps, sous le nom de Scuderia Il Quadrifoglio. Il a convaincu son ami Antonio Calderone d’investir dans les chevaux. Ensemble, ils se donnent les moyens de remporter de belles courses. En Italie, ils ont deux chevaux chez mon père et mon frère, dont Spygate (Brazen Beau), placé dans une Listed qui sert de préparatoire au Derby. Ils ont un plan d’investissements pour les prochaines années. Ils visent des chevaux à l’entraînement, mais aussi des yearlings. Ils prendront leurs couleurs en France. Cette victoire quasi immédiate dans le Derby les motive encore plus. Cependant, il faudra bien gérer cet instant. »