Le Jacques Le Marois est-il le plus grand mile d’Europe…

Courses / 12.08.2020

Le Jacques Le Marois est-il le plus grand mile d’Europe…

Telle est la question qui revient chaque année. Franco Raimondi a tout fait pour y répondre positivement. Mais même avec la plus grande mauvaise foi du monde, la tâche n’est pas facile. Sauf cette année !

Depuis 2013, le classement des meilleures courses du monde – et sa moyenne des ratings des quatre premiers – est publié en fin de saison. Le Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard - Jacques Le Marois (Gr1) est souvent à la photo avec les Queen Elizabeth Stakes (Gr1). Le mile de Deauville affiche 119,46 sur les sept dernières éditions alors que celui d’Ascot est à 119,75.

On parle d’une différence de quelques grammes entre les deux courses… alors que l’autre grand mile d’été, les Sussex Stakes, n’est pas loin avec 118,7. Pour une fois, cette façon de mesurer les courses donne un résultat correct. Le timing est aussi parfait car le grandissime Frankel (Galileo) a terminé sa carrière en 2012 et il a gagné tous les Grs1 anglais sur cette distance en apportant ses ratings canon. Le crack entraîné par le maestro Sir Henry Cecil avait gagné les Sussex et les Queen Elizabeth II à 3ans, en 2011, avec à la clé un rating de 136 et parmi ses victimes on peut compter le 127 Canford Cliffs (Tagula) et le 126 Excelebration (Exceed and Excel). La saison suivante, avant de passer sur 2.000 mètres, Frankel a remporté les Lockinge Stakes (Gr1) et les Queen Anne Stakes (Gr1) en devançant Excelebration, qui avait décroché – sans lui – le Jacques Le Marois (125) et les Queen Elizabeth à 130, ainsi que les Sussex devant Farhh (Pivotal). Le Frankel de sa campagne de 4ans était passé de 138 à Newbury à 140…

Deauville et ses femelles… Mais sept éditions, c’est peut-être une période un peu courte pour juger une course. Donc je suis passé à un autre genre d’exercice, c’est-à-dire analyser les ratings des gagnants sur les dernières quinze années. Le résultat brut est en faveur des Queen Elizabeth, avec un rating moyen des lauréats de 125,06 alors que les Sussex sont à 125 et le Jacques Le Marois à 123,4. On pourrait tricher un peu, en effaçant les ratings de Frankel, mais même l’épicier du coin n’oserait pas pénaliser une course sur le seul motif qu’elle a été gagnée par un crack !

Il y a un système plus logique, celui qui est utilisé pour calculer le rating moyen d’une course : ajouter à la valeur des femelles les trois livres de décharge. Le mile deauvillais a couronné depuis 2006 cinq femelles : Goldikova (Anabaa) 130, Immortal Verse (Pivotal) 121, Moonlight Cloud (Invincible Spirit) 123, Ésotérique (Danehill Dancer) 119 et Alpha Centauri (Mastercraftsman) 124. Les pouliches qui ont battu les mâles dans les Queen Elizabeth sont au nombre de deux : Minding (Galileo) 122 et Persuasive (Dark Angel) 118. La dernière gagnante des Sussex est Soviet Song (Marju), qui s’était imposée en 2004, en affichant 122, mais elle est trop loin pour entrer dans ce calcul.

Les ratings des gagnants du Jacques Le Marois et de ses rivaux européens

Course

Gagnants

Rating moyen

3ans

Femelles

Meilleur rating

Sussex Stakes

125

9

0

Frankel (140)

Queen Elizabeth II Stakes

125

10

2

Frankel (135)

Prix Jacques Le Marois

123,4

9

5

Goldikova et Manduro (130)

Queen Anne Stakes

122,5

2

Frankel (140)

Lockinge Stakes

121,8

3

Frankel (138)

Prix du Moulin de Longchamp

121,1

6

4

Excelebration (125)

Les Queen Elizabeth et le cas Roaring Lion. Le rating moyen des gagnants des trois grandes courses, avec la correction pour les femelles, change. Les Queen Elizabeth passent à 125,4 alors que le Jacques Le Marois monte à 124,4 et les Sussex restent à 125. Si l’épicier continue de nous souffler dans une oreille, on enlève Frankel, qui a gagné deux fois à Goodwood : le rating des lauréats des Sussex baisse alors à 123 et celui des Queen Elizabeth à 124,7… mais en gardant un petit avantage (à la photo) sur la course de Deauville.

J’ai trouvé aussi un moyen pour baisser plus les Queen Elizabeth. Dans le classement des meilleures courses 2018, le mile d’Ascot affichait un rating moyen des quatre premiers de 119,25. Dans le calcul, nous avons pris, en suivant la règle bien sûr, le 127 de Roaring Lion (Kitten’s Joy) qui, dans un terrain défoncé, avait battu par une encolure la pouliche I Can Fly (Fastnet Rock). L’infortuné champion de Qatar Racing avait gagné au courage, sur une distance trop courte et le jugement sur les valeurs des quatre premiers, d’après le handicapeur britannique Dominic Gardiner-Hill, était un petit 116,75. Le Roaring Lion en mode miler fut jugé 118, mais malgré ça Ascot reste encore devant Deauville…

Cinq champions sans compter Solow. Revenons aux choses sérieuses ! Le Prix Jacques Le Marois a offert le meilleur gagnant cinq fois dans les quinze dernières éditions : Manduro (Monsun) avec 130 en 2007, Goldikova avec 130 en 2009, Makfi (Dubawi) avec 128 en 2010, Kingman (Invicible Spirit), qui avait remporté les Sussex et la course française en 2014 à 126, et Alpha Centauri à 124 en 2017. C’est un excellent score et il faut considérer aussi que le français Solow (Singspiel), champion des milers en 2015 avec 125, n’avait pas couru le Jacques Le Marois car la course est interdite aux hongres. Il s’est consolé avec trois succès dans les Queen Anne, les Sussex et les Queen Elizabeth !

On peut faire mieux que les Sussex. Le Jacques Le Marois 2020 est d’un très bon niveau, avec cinq des neuf restants qui affichent un rating de 118 ou plus… et la pouliche Alpine Star (Sea the Moon), qui est à 117. Après une édition des Queen Anne assez moyenne (116,25) et des Sussex Stakes poussés à 120,25 par le lauréat Mohaather (Showcasing) avec 123, il ne reste plus à Deauville que d’en profiter ! Toutes les conditions sont réunies pour cela cette année.