Midlife Crisis, deux révolutions en seul cheval !

Courses / 05.08.2020

Midlife Crisis, deux révolutions en seul cheval !

Ce mardi, Midlife Crisis a remporté avec classe le Prix de Crèvecœur. La genèse de ce poulain, et l’histoire de l’achat de sa mère, sortent des sentiers battus…

Par Adrien Cugnasse

Il existe deux interprétations pour le terme révolution. C’est d’une part un changement radical. Mais c’est aussi le mouvement circulaire d’un corps qui revient à son point de départ. La victoire de Midlife Crisis (Wootton Bassett) embrasse ces deux réalités. C’est en effet le succès d’un jeune entraîneur – ce qui n’était pas arrivé depuis plus d’une décennie – dans une épreuve habituellement dominée par Jean-Claude Rouget et les entraîneurs classiques cantiliens. Installé dans l’écurie de John Hammond, Hiroo Shimizu ne manque pas d’ambition et parmi les 23 chevaux qu’il a présentés en 2020, pas moins de quatre sont black types, dont Brave Shiina (troisième du Prix du Pont Neuf, L), Endorphine (deuxième du Prix Belle de Nuit, Gr3), Nisreen (deux fois deuxième de Gr2 à Meydan), alors que Yomogi (Zoffany) a pris part à la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1). La longue histoire de Chantilly a été façonnée par ces étrangers (et leurs client) qui ont choisi la France pour courir !

L’autre révolution. Midlife Crisis a donc brillé en débutant sur l’hippodrome de Deauville, à quelques kilomètres du haras de Meautry où sa quatrième mère, Featherhill (Lyphard), a vu le jour il y a plusieurs décennies. Cette famille a ainsi fait le tour du monde – de l’Amérique du nord à l’Australie en passant par le Japon – avant de revenir aux sources en Normandie. Une véritable révolution ! Midlife Crisis a été vendu par le haras d’Étreham, où il a grandi. Ce mercredi, Nicolas de Chambure nous a expliqué : « Nous avons cherché pendant longtemps des juments à saillir en Australie par Lonhro (Octagonal) ou par I Am Invincible (Invincible Spirit) selon le calendrier de l’Hémisphère nord, avant de les ramener en Europe. Cela permet d’introduire ces courants de sang chez nous. Mais nous cherchions à le faire avec des juments liées à l’Hémisphère nord dans leur pedigree, ce qui est le cas de The Hunt Is On (Manhattan Rain), la mère de Midlife Crisis, laquelle a voyagé pleine de Lonhro. Elle était issue de l’Australien Manhattan Rain (Encosta de Lago), un étalon bien né, qui a un bilan très valable au haras et qui peut tout à fait devenir un père de mère intéressant. The Hunt Is On est une jolie jument, avec un peu de taille, qui marche bien. Issue d’une vieille famille Rothschild, sa troisième mère, l’américaine Keltshaan (Pleasant Colony), a donné Kinshasa No Kiseki (Fuji Kiseki), excellent sprinter au Japon où il a remporté deux fois le Takamatsunomiya Kinen (Gr1). La souche est ensuite passée en Australie et la deuxième mère de Midlife Crisis a donné trois bons chevaux : Runaway (Geelong Cup, Gr3), Absolutely (Oaks australiennes, Gr1) et Abbey Marie (Oaks australiennes, Gr1). » Le courtier Louis Le Métayer a déclaré à TDN AusNZ : « Nous avions repéré cette jument dans le sud de l’Australie et j’avais envoyé mon assistant de l’époque Nicolas Lefevre, pour y jeter un œil. Il a conduit 2.500 km pour la voir ! L’entraîneur a dû se gratter la tête en voyant ce Français débarquer, faire 10 photos et repartir aussitôt. » The Hunt Is On n’avait gagné qu’une de ses 12 sorties, et par chance, c’est après son achat qu'Abbey Marie et Runaway ont réalisé leur plus grande performance. Elle était donc bon marché ! Nicolas Lefevre se souvient : « The Hunt Is On venait de gagner avec la manière – de quatre longueurs – mais au milieu de nulle part. Lorsque je suis allé la voir, c'était vraiment en plein désert. Elle était très belle. Louis Le Métayer et Nicolas de Chambure n’ont pas laissé passer l’occasion. Ce qui est formidable, c’est que sa page de catalogue s’est beaucoup noircie par la suite. Je suis très content pour toutes les personnes impliquées dans la réussite du poulain. »

Wootton Bassett marche sur l’eau. The Hunt Is On est suitée de Wootton Bassett (Iffraaj) et elle est pleine de Shalaa (Invincible Spirit). Nicolas de Chambure poursuit : « Ce qui est extraordinaire avec Wootton Bassett, c’est qu’il est d’une remarquable constance. Il sort des bons chevaux tous les ans, dans chaque génération, même les moins fournies. Son prix de saillie progressant, sa jumenterie a beaucoup progressé aussi. Ses 3ans actuels représentent sa dernière génération à 10.000 €, avec pas moins d’une dizaine de sujets de Listed/Groupe qui, très souvent, s’améliorent avec le temps. Avec les 2ans, sa première génération à 20.000 €, on s’attend à avoir des résultats supérieurs aux années précédentes. » Le sire du haras d’Étreham est dans le top 10 européen selon le pourcentage de black type et dans ce même classement, il est le meilleur français. Son fils Midlife Crisis a été acheté 120.000 € par Daniel Cole en août dernier, à Deauville, et Nicolas de Chambure explique : « C’était un prix très correct, mais nous étions un tout petit peu déçus car nous l’aimions beaucoup. Très solide, il avait des genoux un peu ouverts. J’imagine que cela a peut-être un peu inquiété certains acheteurs. Il présentait beaucoup de physique. Nous l’avions présenté lors de la très sélective première journée d’août et ce n’était peut-être pas exactement le meilleur moment pour son profil. » Midlife Crisis a été élevé par le haras d’Étreham, Ghislain Bozo (Meridian International), Benoît Chalmel et Gilles Sorrentino (Cofinvest). Nicolas de Chambure détaille : « Au départ, la mère appartenait uniquement au haras d’Étreham et nous l’avions dénichée par l’intermédiaire de Louis Le Métayer et Nicolas Lefèvre. Pendant les ventes à Sydney, alors qu’elle était pleine, Ghislain Bozo l’a vue et elle lui a plu. Il a donc acheté un bout pour lui et pour ses clients, Benoît Chalmel et Gilles Sorrentino. Ghislain et Benoît Chalmel faisaient partie de l’aventure Capital Pur-Sang, au sein de laquelle nous avions acquis Wootton Bassett. Il est donc d’autant plus sympathique d’élever un bon produit de ce sire avec eux. »