RIP ou RIP ?

Courses / 05.08.2020

RIP ou RIP ?

Prenez trois milliardaires (Niel de Free, Simoncini ex-Meetic et Granjeon de Ventes-Privées) et le pseudo journaliste mais authentique militant animaliste Hugo Clément – qui a participé à la diffusion des vidéos de L214 sur les chevaux de course à l’abattoir ; ajoutez cinquante-et-une associations pro-animaux et/ou écoles ; saupoudrez d’un peu de démagogie et vous obtiendrez le "référendum pour les animaux" ! Késaco ? Six mesures sont au programme : l’interdiction de l’élevage en cage, des élevages à fourrure, de l’élevage intensif, de la chasse à courre, du déterrage et des chasses dites traditionnelles, des spectacles avec animaux sauvages et des expérimentations sur les animaux.

Si 185 députés soutiennent ce mouvement, cela deviendra un référendum d’initiative partagée dont la conformité sera examinée par le Conseil constitutionnel. Et avec le soutien de 4,7 millions de Français, cela peut devenir une loi et s’imposer à tous.

Voilà une nouvelle attaque en puissance contre les courses – même si le cheval n’est pour l’instant pas ciblé par ce mouvement.

Bien agir sur le bien-être

Les attaques animalistes se précisent et se multiplient. Nous avons le choix entre ne rien faire (comme aujourd’hui), au risque de disparaître… et agir. Que préférez-vous ?

Par Anne-Louise Échevin

 Le danger, pour toutes les institutions travaillant en contact des animaux, est de manifester une opposition radicale à ces initiatives sous le prétexte qu’elles peuvent nous menacer sur le long et le moyen terme. Évidemment, chacun a le droit d’avoir son avis sur chacune des propositions, pour ou contre. Mais l’Institution des courses ne peut pas rejeter le mouvement de la cause animale dans son ensemble, sous prétexte que quelques associations et personnalités ne nous aiment pas et sont contre ce que nous représentons : pour eux, l’exploitation de l’animal par l’homme, alors que nous parlerons davantage de relation entre l’animal et l’homme.

Sur le sujet du bien-être animal, les courses hippiques peuvent dans l’ensemble se regarder dans la glace. Qu’est-ce que le bien-être animal ? Selon l’Organisation mondiale de la santé animale, qui renvoie aux grands principes énoncés par le Farm Animal Welfare Council (F.A.W.C.) britannique, voici les principes : ne pas souffrir de faim et de soif, ne pas souffrir de contrainte physique, être indemnes de douleurs, de blessures et de maladies, avoir la liberté d’exprimer des comportements normaux et être protégé de la peur et de la détresse. L’approche européenne du bien-être animal correspond à celle des "cinq libertés" (développée par Roger Brambell en 1965) et reprise par l’Organisation mondiale de la santé animale (O.I.E.). Il faut rappeler qu'en mars 2016, toute la filière du cheval française (LeTrot, France Galop, la FFE, l’Association vétérinaire équine française, la Fédération nationale du cheval (F.N.C.), le Groupement hippique national (G.H.N.) a signé la charte pour le bien-être équin. Une signature symbolique montrant une conscience du sujet.

À quand une association pour le bien-être des chevaux de course ?

Si je vous demande le nom du référent bien-être équin à France Galop ou pour l’Institution hippique en général, saurez-vous me répondre ? Moi, non. On nous dira que l’on s’occupe du bien-être : il y a Au-delà des Pistes. Mais Au-delà des Pistes est l’association pour la reconversion des équidés, ce qui est un des sujets autour du bien-être, sur lequel nous devons faire encore mieux, mais pas le bien-être en général ! Nous ne pouvons pas nous reposer uniquement sur Au-delà des Pistes. Nous tous, au sein des courses hippiques, savons que nos équidés sont très bien traités dans la grande majorité des cas : c’est logique, puisque ce sont des animaux de sport et qu’ils doivent être aussi bien physiquement que mentalement pour être performants. Quant aux exceptions qui ne prennent pas soin des chevaux, l’Institution des courses doit s’en occuper avec efficacité.

Apprendre à communiquer !

Le problème est que nous ne savons pas communiquer sur le bien-être des chevaux de course. Or, une association comme L214 vous dira que la communication est le nerf de la guerre ! Une partie du grand public nous accuse de frapper à outrance avec la cravache : pourquoi n’arrive-t-on pas à expliquer que la cravache est en mousse et que les coups sont limités ? Il nous faut une initiative d’ampleur pour communiquer sur le sujet du bien-être. Et peut-être même que l’Institution ne doit pas être en charge de cette association : parce qu’on rétorquera qu’elle ne peut pas être objective sur le sujet. Mais des acteurs des courses peuvent mettre en place des initiatives, lancer une association sur le bien-être équin dans les courses. Si quelqu’un se lance, d’autres emboiteront certainement le pas ! Oui, cela demandera du temps (et du financement) : mais c’est un investissement sur l’avenir, pour notre avenir !

On me dira : des initiatives sont en place sur les réseaux sociaux et peinent à sortir du public uniquement courses. Mais regardez ce référendum pour les animaux : il a aussi été médiatisé parce que des personnalités publiques s’y sont associées. Nous avons des personnalités médiatiques passionnées par les courses et le cheval, qu’ils soient footballeurs (Antoine Griezmann, Clément Lenglet, M’Baye Niang…), hommes d’affaires (Thierry Gillier, Alain Salzman…) ou de télévision (Nicolas Canteloup, Michel Denisot…) par exemple. Pourquoi l’un d’entre eux ne serait-il pas prêt à parrainer une initiative positive pro-cheval de course ?

Blanche de Granvilliers : « Le bien-être animal n’est pas un sujet négatif : il faut s’en saisir ! »

Pour mieux comprendre l’impact potentiel de ce Référendum pour les animaux et la place juridique de l’animal, nous avons demandé quelques précisions à Maître Blanche de Granvilliers, avocate notamment en droit équin et droit animal.

Jour de Galop. – Quelle est votre réaction face à ce référendum pour les animaux (R.F.A.) ?

Blanche de Granvilliers. – Il est peu probable que ce réferendum aboutisse. Il faut obtenir à la fois les signatures des parlementaires – sur ce point, elles devraient pouvoir être obtenues : 127 parlementaires ont signé, sur 185 nécessaires – mais aussi 4,7 millions de signatures de citoyens, ce qui sera très difficile à obtenir. Je pense que ceux qui ont lancé cette pétition en sont conscients mais ils espèrent que cela fera bouger les lignes. On voit d’ailleurs que les différents sujets qu’ils ont choisis figurent parmi les combats les plus populaires dans l’esprit des gens, si l’on se réfère aux sondages réalisés annuellement par la Fondation 30 millions d’amis. On voit aussi qu’il n’y a pas vraiment de fil directeur dans les six sujets choisis, sauf qu’il s’agit de cas de maltraitance avérés pour ceux à l’initiative du R.F.A.

Face à des initiatives comme ce référendum pour les animaux, que doivent faire les courses ?

Ce référendum est la preuve qu’il y a une évolution très nette de la société civile sur le traitement des animaux. Depuis trois ans, à l’initiative de Marie Bénédicte Desvallon, je suis membre d’une Commission du Barreau de Paris et d’une association de droit de l’animal : à l’époque, personne ne s’y intéressait et ce mouvement a depuis pris une grande ampleur. Pourquoi ? Pour des raisons sans doute multifactorielles. Progrès scientifiques, réaction à l’élevage intensif ; il n’est pas impossible que les vidéos de L214 aient joué un rôle dans ce mouvement. Ce serait une erreur que de ne pas l’entendre. Dans les nombreuses personnes qui ont signé pour ce référendum, il y a des cavaliers, des comportementalistes équins, pas que des urbains loin des réalités.

Ce référendum ne veut pas dire "stop à l’exploitation animale", mais stop aux maltraitances. Il me paraît être dans la lignée du rapport que Loïc Dombreval a remis au gouvernement sur l’animal de compagnie et la fin de vie des équidés en juin et qui devrait entraîner des propositions de texte. Il faut entendre le mouvement, le prendre en compte, et montrer que les courses ne sont pas un univers barbare. Il y a eu des réactions au fait que Xavier Niel soit derrière cette initiative, alors qu’il a racheté le groupe Paris Turf, comme si c’était antinomique que d’aimer les animaux et aimer les courses. Alors que ce n’est pas le cas ! Il nous faut réussir à sortir de cette image des courses comme un univers où les chevaux sont cravachés à outrance, qu’ils sont tous dopés, alors que nous sommes plus contrôlés que les chevaux de sport ! Il nous faut réussir à sortir des clichés. Je ne pense pas que les associations de défense des animaux puissent nous soutenir mais elles peuvent, en revanche, admettre que d’autres sujets que les courses sont prioritaires en terme de maltraitance, par exemple le transport des animaux vivants. Il faut réaliser que L214 s’est attaquée aux courses hippiques, mais ne l’a fait qu’une seule fois, et sur le sujet de l’abattoir. Mais si des chevaux qui ont bien gagné leur vie ou des poulains non qualifiés, par exemple, ne finissaient pas à l’abattoir, nous ne serions pas l’objet de leurs critiques légitimes. L’Institution des courses doit montrer que c’est une de nos préoccupations. L’initiative d'Au-delà des Pistes… est excellente,  mais le sujet de la reconversion est une partie seulement du problème. Il y a un mouvement qui se développe, pour le bien-être animal, et qu’il ne faut surtout pas le laisser se développer sans nous. Nous avons sûrement des combats communs avec les associations de défense des animaux, il faut leur tendre la main, au lieu de les mépriser et de les railler. D’ailleurs, le sujet du bien-être animal n’est pas seulement un sujet négatif pour les professionnels et beaucoup l’ont compris. Il faut s’en saisir avant qu’il ne soit trop tard.

Où en est-on, sur le plan juridique, concernant le statut pour les animaux ? Cela peut-il évoluer prochainement ?

Depuis 1976, l’animal est considéré comme un être sensible dans le Code rural. Mais il a fallu que ce statut soit inscrit dans le Code civil pour que les gens en prennent conscience. Y aura-t-il un changement de statut prochainement ? C’est vraisemblable, car l’animal est considéré comme un être sensible, mais appartient toujours au régime des biens meubles, ce qui n’a pas vraiment de sens. Il y aura un changement, mais lequel ? La création d’un statut à part pour les animaux, qui ne sont pas des personnes mais pas des meubles ? Ce serait évidemment souhaitable. Sur le plan politique, la création d’un Secrétariat d’État à la cause animale est une étape qui permettrait de faire évoluer la protection animale.

Il y avait eu des débats sur la reconnaissance du cheval comme animal de compagnie. Est-ce toujours une possibilité ?

En 2010, Nicolas Dupont-Aignan a proposé le statut d’animal de compagnie pour le cheval. Mais le problème du cheval, c’est qu’il n’est pas réductible à une seule catégorie : pour certains, il sera un animal de compagnie. Pour d’autres, il est un animal de rente. Pour beaucoup, il est utilisé pour le sport, sans compter son utilisation en équithérapie. Il n’est donc pas possible de dire que le cheval est un animal de compagnie, et si cela venait à être le cas, il est certain que cela entraînerait des restrictions dans son utilisation. En ce qui me concerne, je milite pour sortir le cheval de la filière bouchère, même si j’ai bien conscience que c’est un sujet qui n’est pas simple. De toute façon, il faut s’y préparer car manger du cheval est de moins en moins toléré dans l’opinion publique et nous devons bien cela à cet animal qui a tant d’atouts et qui sait s’adapter à de nombreuses utilisations.