IL EST PRÊT

Courses / 28.09.2020

IL EST PRÊT

Cet homme masqué qui marche d’un pas décidé vers son destin, devant des tribunes vides, a déjà gagné 259 Grs1. Le premier, c’était il y a trente ans exactement. Dimanche, avec sa jument de cœur Enable, il a rendez-vous avec l’histoire. Un troisième Qatar Prix de l’Arc de Triomphe pour le duo. La pression n’est plus sur ses épaules. Il a testé l’an dernier le goût amer de la défaite. Il est apaisé. Lanfranco Dettori est prêt.

Il y a trente ans…

Par Franco Raimondi

Ascot, le 29 septembre 1990. Trente ans déjà. Un jeune jockey italien gagne son premier Gr1, les Queen Elizabeth Stakes, en selle sur Markofdistinction (Known Fact). Quarante-cinq minutes plus tard, il en remporte un deuxième, le Fillies’ Mile, associé à Shamshir (Kris), une autre pensionnaire de son patron, Luca Cumani. Deux cent cinquante-neuf Grs1 plus tard, Lanfranco Dettori entame une semaine décisive, celle du possible triplé d’Enable dans le Prix de l’Arc de Triomphe, entre souvenirs et projets.

Dimanche 27 septembre 2020. Le D Day est dans une semaine pile. On rappelle à Frankie Dettori qu’il a remporté son premier Gr1 il y a trente ans, quasiment jour pour jour. Le jockey ouvre en riant sa boîte à souvenirs : « Tout de suite après mes deux premiers Grs1, j’ai foncé à Heathrow car j’avais un avion pour le Canada. British Airways, First Class. J’avais à côté de moi un monsieur canadien qui ne connaissait rien aux courses. Je l’ai saoulé pendant huit heures en lui expliquant comment j’avais monté l’après-midi. Quand on a passé le contrôle des passeports, il avait les oreilles comme celles d’un éléphant. Il n’en pouvait plus de ce petit branleur qui parlait sans cesse, avec un accent italien… »

Moins de pression que l’an dernier. C’est la semaine d’Enable (Nathaniel) et de son défi historique, un troisième Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Que le pauvre Canadien se rassure. Lanfranco Dettori a mûri. Il est plus calme que jamais, au contraire de sa jument du cœur qui est déjà en mode guerrière : « Samedi au travail, elle était agressive, c’est bon signe. Mercredi elle fera un dernier galop et tout va bien. John Gosden a fait un travail magnifique. Maintenant c’est à elle et à moi de ne pas se tromper dimanche. On a déjà réalisé quelque chose d’historique en remportant pour la troisième fois les King George. Franchement, la pression est moins obsédante que l’année dernière et ce n’est pas parce qu’il y aura peu de monde à Paris. Nous avons déjà connu la déception. Les trois heures qui ont suivi la défaite de l’année dernière furent les pires de toute ma vie professionnelle et je pense qu’Enable était dans le même état esprit. Cette fois, si nous sommes battus, nous aurons déjà vécu ça une première fois. On apprend toujours des défaites, même si je n’aime pas être battu et qu’Enable est d’accord avec moi. »

Une place à la corde de 1 à 8. Lanfranco Dettori a deux souhaits et il s’adresse à France Galop et à Madame La Chance : « S’il vous plaît, ne positionnez pas l’Arc de Triomphe trop tôt dans le programme ! Si cela se passe mal, je ne veux pas rester à regarder dans le vide, comme un idiot, pendant toute la fin de la réunion ! Et vous, Madame La Chance, s’il est possible de nous donner une place à la corde entre le 1 et le 8, ce serait très gentil de votre part… La météo annonce encore des pluies et le terrain sera fort probablement lourd. J’espère qu’il ne sera pas extrême comme l’année dernière. Un coup à la Golden Horn (Cape Cross) est jouable en bon terrain. En terrain lourd c’est autre chose, surtout dans une course qui, en principe roulera très vite dès le départ. Il y a trois chevaux qui vont devant : les deux d’Aidan O’Brien, Serpentine (Galileo) et Sovereign (Galileo), et Telecaster (New Approach). Il sera primordial de trouver une bonne place dans le peloton. »

Le terrain et la tactique. On revient au terrain, un facteur décisif, comme la tactique, et à la pression. Pour la première fois, Enable ne s’alignera pas dans le rôle de grandissime favorite et la pression sera sur les épaules de la pouliche Love (Galileo), même si la pluie a fait monter la cote de la 3ans. Lanfranco Dettori a les idées très claires : « Le terrain est très important et Enable a déjà démontré qu’elle pouvait s’en sortir. C’est un gros avantage, un peu comme les trois kilos de décharge de la pouliche Love qui sera la favorite. Elle arrive sur l’Arc de Triomphe un peu comme Enable à 3ans mais à l’issue d’un chemin différent. Je la tiens en haute estime, comme tous. J’ai discuté avec des confrères et des analystes. Ils disent qu’un terrain lourd peut jouer contre Love car elle possède une action rasante, rapide, qui est plus adaptée pour le bon terrain. Je ne sais pas quoi en penser et dans ses courses, je l’ai toujours vue de très loin… Du vrai terrain lourd transformera l’Arc en un test de tenue. Ce sera à l’avantage de Stradivarius (Sea the Stars) et au contraire la distance peut devenir un peu longue pour Persian King (Kingman) dont je me méfie comme tous les chevaux d'André Fabre. Il y a d’autres chevaux qu’il ne faut pas sous-estimer comme Sottsass (Siyouni) qui n’a pas eu des courses dures cette année et qui connaît déjà l’Arc de Triomphe. La pression, cette année, est normale. C’est celle qui arrive avant tous les Arcs de Triomphe. L’année dernière, Enable était obligée de gagner. Elle était la cible de tous. Je ne peux pas dire qu’elle a perdu car les autres ont couru contre elle, car la course a été propre, sans pièges. Enable est une jument facile dans un parcours. Je n’ai pas un plan tactique en tête, on en discutera avec John Gosden après le tirage des places à la corde. Je pense la monter en respectant au maximum ses caractéristiques. Ce sera aux autres de préparer des plans compliqués. »

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