Isabelle Duffer, une certaine idée de la persévérance

01.10.2020

Isabelle Duffer, une certaine idée de la persévérance

Hahlem El Ahlem a offert une première victoire le 25 juillet à Isabelle Duffer, son propriétaire et éleveur. Son parcours est atypique, tout comme l’origine de son cheval.

The French Purebred Arabian. – Comment est née votre passion pour le pur-sang arabe ?

Isabelle Duffer. – Je monte à cheval depuis toute petite et la voisine de mes parents, madame Bay, avait des chevaux à l’entraînement chez Arnaud Chaillé-Chaillé. J’ai découvert le pur-sang arabe chez elle. J’adorais être en extérieur et je ne voulais pas trop aller à l’école. Mon père m’a alors promis de m’acheter un cheval si j’obtenais mon BTS. Et il m’a effectivement offert Kantara El Rachid (Rachid El Masan), la deuxième mère d’Hahlem El Ahlem. J’ai fait un peu d’endurance avec elle, notamment trois 90km. Un jour, on s’est fait éliminer et je me suis dit que c’était le moment de la faire saillir. Après avoir pensé à Akbar (Djelfor), Dormane (Manganate) s’est imposé car il réussissait aussi en endurance. C’est ainsi qu’est née Myrzam (Dormane), la mère d’Hahlem El Ahlem. Je ne suis jamais totalement objective avec mes chevaux, mais je trouvais que Myrzam galopait très bien. Je me suis alors dit que c’était un peu dommage de la mettre en endurance.

Connaissiez-vous le milieu des courses ?

Non. Myrzam fut mon premier cheval de course. J’ai déposé mes couleurs et France Galop m’a transmis une liste d’entraîneurs. L’année précédente, j’étais allée à Saint-Cloud, la veille du week-end de l’Arc. Je trouvais les chevaux de Jean-François Bernard très calmes au rond. Et puis, c’était un entraîneur avec des résultats exceptionnels. C’est pour cela que je ne l’ai pas appelé en premier. Je me suis dit : « C’est un grand, je vais en appeler d’autres avant. » Mais c’est finalement le dernier que j’ai appelé et c’est le seul qui a accepté de prendre Myrzam. C’est vraiment grâce à lui que nous y sommes arrivés. Car cette pouliche, personne n’y croyait. Je ne suis même pas sûre qu’elle toisait 1,50m à 4ans (rires). Mais Jean-François Bernard trouvait qu’elle avait un cœur énorme. Et puis, elle était très tardive. Un jour, à Aurillac – après une deuxième place –, il m’a dit : « Qu’allez-vous faire de cette pouliche ? » Je lui ai répondu : « Je vais la mettre en endurance pour tenter de la vendre. » Il m’a répondu : « Mais vous l’aimez beaucoup ? » Et j’ai alors rétorqué : « Oui, cela va être un déchirement pour moi. » Il m’a alors proposé une saillie de Jalnar Al Khalidiah (Tiwaiq) et voilà comment Hahlem El Ahlem est arrivé. Un peu par hasard. Cette lignée maternelle se perpétue. J’ai la troisième génération à la maison. Je dois beaucoup à monsieur Bernard.

J’habite le Berry et c’est beaucoup trop plat pour élever des chevaux d’endurance.

N’ayant que 4,5 hectares, je ne fais qu’un poulain par an. Myrzam m’a donné deux produits par General (Amer), un mâle, Idylik El Ahlem, et une femelle, Jaizana El Ahlem. L’année d’après, elle restée vide. Et j’ai décidé de ne pas la faire saillir cette année. Elle ira à la saillie en mars prochain. Je croise les doigts car je compte la présenter à Al Mourtajez (Dahess).

Pour en revenir à Hahlem El Ahlem, pensiez-vous qu’il pourrait débuter ainsi ?

Élisabeth Bernard et moi-même ne nous attendions pas à le voir débuter victorieusement. D’autant plus que tout a été très long avec lui. J’ai mis trois ans à remplir sa mère. Il est né tard et Babeth n’a pas voulu forcer dessus car il n’avait pas encore 3ans. Financièrement, j’ai pris un risque. Aujourd’hui, j’ai trois enfants et je travaille moins. J’ai joué au poker avec mon épargne. J’étais pressée de le voir débuter. Au fond de moi, j’y croyais quand même… J’ai dit aux enfants que nous achèterions des chaussures neuves pour figurer sur la photo de victoire. J’étais un peu allée le voir à l’entraînement, mais avec le confinement, ç'a été assez compliqué. Babeth m’a envoyé deux vidéos sur le gazon où il galopait avec aisance. Elle pensait d’ailleurs que l’autre poulain qu’elle présentait, Alarish (TM Fred Texas), était meilleur. On y croit toujours un peu. Cette victoire a été quelque chose de merveilleux. Cela nous est vraiment tombé du ciel. Ma persévérance a été récompensée. C’est une très belle histoire effectivement et cela me fait plaisir d’avoir mis ce poulain chez Babeth, dans le sens où il a été porté par son mari. Et c’est grâce à ce dernier que j’ai continué de croire en ma jument Myrzam, bien qu’on m’ait expliqué qu’elle était petite et qu’elle avait un papier pour aller en endurance. Le père de Kantara El Rachid, Rachid El Masan (Masan), a eu une carrière de course. On ne partait pas avec toutes les bonnes cartes en main mais les chevaux nous font vivre des moments magnifiques. Et puis, si monsieur Bernard y croyait, pourquoi pas moi ?

Vous l’avez vendu désormais ?

Oui, à Athbah Stud, et il reste à l’entraînement chez Babeth pour au moins son année de 3ans. J’avais présenté son frère, Idylik El Ahlem (General), aux ventes Arqana, mais il n’a pas été retenu, ayant eu un petit pépin à l’œil. Rien de grave. Je crois que j’ai eu énormément de chance. Élever des chevaux reste un métier assez aléatoire. J’ai trois enfants et je continue à travailler dans les assurances. La vente d'Hahlem El Ahlem me permet de voir les choses de manière plus sereine et de financer l’entraînement de Jaizana El Ahlem (General).

À titre personnel, je ne pratique plus d’endurance car à l’époque, je passais trois heures à cheval. J’y reviendrais peut-être quand les enfants grandiront car c’est un sport assez magique. Actuellement, j’élève aussi des poneys car ils sont géniaux pour tenir compagnie aux chevaux, notamment aux mâles qui ont tendance à vouloir jouer. Et pour les enfants, c’est super aussi.