L'édito : Compa-Raison

Institution / Ventes / 24.09.2020

L'édito : Compa-Raison

Par Mayeul Caire

Depuis le lancement de la saison des ventes, chacun cherche à mesurer et à comprendre l’impact du Covid sur le marché du pur-sang. La crise était inédite ; la réaction des investisseurs l’est aussi.

Segmentons le marché de la sélection entre trois niveaux : bas, milieu et haut (la notion de "bas" devant évidemment être relativisée dans une vente de sélection !). On constate que le haut est impacté (phénomène observé à Arqana et à Keeneland), que le milieu souffre avec une vraie hausse des rachats (on l’a vu un peu partout), et que le bas fait mieux que se défendre*. C’est intéressant, parce qu’avant les ventes, les experts prédisaient le contraire : résistance du haut de gamme et baisse des segments plus modestes. Cela étant, ils ne faisaient que prédire ce qui s’était déroulé lors des crises précédentes, avec de la tenue en haut et de la destruction en bas.

Certains diront que la crise a créé un retour à la raison, avec moins de spéculation sur les profils à haut potentiel mais toujours autant d’argent pour les chevaux qui font très “course”. Ils n’auront pas complètement tort, puisque le manque de visibilité refrène logiquement l’enthousiasme des spéculateurs. Mais ce n’est pas la seule explication du tassement en haut de la pyramide : à ce sujet, il semble évident que le gel des déplacements pèse lourd dans la balance. Si les personnalités du Golfe, du Japon, des États-Unis, d’Australie, etc., ne peuvent pas venir physiquement, cela ne leur donne pas très envie de surenchérir.

À l’autre bout de la chaîne, le marché “bas” n’a pas le même problème, puisqu’il est majoritairement domestique. Il intéresse une clientèle peut-être plus proche de l’exploitation des chevaux, comme les entraîneurs, qui ne font pas de folies car ils achètent souvent des chevaux avant de les proposer à des clients – ce qui est une logique totalement absente sur le haut, où personne ne prendrait le risque d’acheter "en spec" (à découvert) un cheval à plus d’un million d’euros. Les tarifs du marché "bas" sont également plus en connexion avec la réalité de la course, reposant – en tout cas en France – sur un espoir de gains plus que sur un rêve de gloire. Donc ces tarifs sont moins sujets à la fluctuation tant que les allocations tiennent.

On aimerait savoir dès maintenant dire comment le marché français vit cette crise. Mais pour cela, il faudra attendre les ventes d’octobre. Arqana a en effet modifié ses formats en profondeur, et a de plus agrégé Osarus. Donc la seule comparaison fiable qui pourra être faite sera entre "août + v2 + octobre + Osarus 2019" avec "septembre + octobre 2020". Quand on considère ces deux ensembles, on compare des ensembles cohérents, avec toutefois environ cent chevaux de moins sur le ring cette année : un peu dans le haut (avec notamment des étrangers qui ont fait défaut à la tenue de la vente en septembre) et une majorité dans le bas (avec un resserrement de l’offre Osarus suite à sa fusion circonstancielle avec Arqana).

* Le book 1 de Tattersalls Irlande a vu un prix moyen stable à 24.000 € et un taux de vendus stable à 80 %. La vente de Tattersalls Ascot a vu son prix moyen progresser de 20 % à 12.000 £, avec un taux de vendus en légère hausse à 81 % (contre 79 % en 2019).