Maurizio Guarnieri : « Plainchant avait le profil pour devenir soit très bonne… soit très mauvaise »

Courses / 23.09.2020

Maurizio Guarnieri : « Plainchant avait le profil pour devenir soit très bonne… soit très mauvaise »

Avec sa bombe – qui nous en a mis plein les yeux à Chantilly –, Maurizio Guarnieri va jouer la carte de la sagesse. Et il nous a expliqué (en détail) pourquoi.

Par Franco Raimondi

L’impressionnante Plainchant (Gregorian) est tête de liste des 2ans à l’entraînement en France par le rating (110) et par les gains (77.900 €, dont 42.000 € de prime). Maurizio Guarnieri a choisi d’agir avec prudence. Mercredi, il l’a engagée dans le Critérium de Maisons-Laffitte (Gr2). La course du 10 octobre se déroule sur le même parcours que son triomphe du Prix Eclipse (Gr3), c’est-à-dire les 1.200m de Chantilly. Le Siennois de La Teste est très serein. Et il nous a confié : « Nous avons pensé aux différentes options. Mais le Critérium de Maisons-Laffitte est la course parfaite pour elle. Le déplacement aux États Unis était enthousiasmant… mais compliqué. La rallonger sur le mile à 2ans me paraît déraisonnable. Et les Cheveley Park Stakes (Gr1) arrivent trop vite. La pouliche est revenue à La Teste. Elle a bien récupéré. Tous les feux sont au vert. Il faut la garder dans cet état… et attendre. En croisant les doigts pour la météo. Los de sa démonstration à Chantilly, Plainchant a confirmé qu’elle préfère le bon terrain. »

C’est non à la vente de l’Arc. Une autre option était le passage sur le ring de la vente de l’Arc. Mais Maurizio Guarnieri, qui est associé avec Alain Jathiere et Sauro Fiordelli, n’y pense plus : « Le succès dans le Prix Eclipse a fait monter sa valeur sur le marché. Mais en même temps, l’idée de la déplacer à Paris une semaine avant le Critérium de Maisons-Laffitte pour la vente ne me paraît pas raisonnable. En toute logique, elle a plusieurs engagements. Elle sera entraînée pour le Gr2 qui peut lui rapporter une réelle plus-value. Sur ce qu’elle a fait à Chantilly, en bon terrain, le coup semble jouable ».

Le mile ? Possible à 3ans. Plainchant possède une grande vitesse de base mais ce n’est pas qu’une sprinteuse. Maurizio Guarnieri explique : « Elle avait déjà bien couru sur 1.400m en terrain défoncé, dans le Prix du Calvados (Gr2). On peut penser que c’est une pouliche qui ne connaît qu’une seule tactique : aller devant. Mais le matin, elle est bien posée derrière un leader. Et je suis sûr qu’elle peut attendre en course… si quelqu’un assure le train. La saison prochaine nous pourrions envisager un essai sur le mile. Elle a le mental pour le faire. Mais cette saison on la garde sur plus court. Pour ne pas qu’elle prenne dur. »

Un coup de foudre à 4.000 €. La lauréate du Prix Eclipse n’a que coûté que 4.000 € à Maurizio Guarnieri. Un prix dérisoire pour une future pouliche de Groupe. L’entraîneur se souvient de son achat : « J’avais un petit budget et elle m’a plu tout de suite. Elle n’était pas grande mais bien faite. Un joli mouvement. Très exubérante. J’en ai discuté avec ses éleveurs, Ian Hanamy et Katherine Aalen. Nous étions d’accord sur une chose : c’était une pouliche avec une grande vitalité. Elle pouvait devenir soit très bonne, soit très mauvaise. Heureusement elle a évolué dans le bon sens. Avec elle, on peut raisonnablement rêver d’un Gr2 après avoir gagné une Gr3. »

Un entraîneur de 2ans ? Maurizio Guarnieri a quitté l’Italie avec presque 1.200 victoires et la moitié de ses 25 saisons avec plus de 50 succès. Certains Français pensent qu’il était un entraîneur de 2ans dans la Péninsule. Ce qui fait éclater de rire l’intéressé : « Bien au contraire ! En Italie j’ai gagné deux Grs1, avec Aoife Alainn (Dr Fong) et Shibuni’s Falcon (Polar Falcon)… mais sur 2.000m. J’ai eu un seul gagnant de Groupe à 2ans, le même Shibuni’s Falcon, dans le Premio Berardelli (Gr2). Dans le programme italien, cette course sur 1.800m occupe la place du Critérium de Saint-Cloud en France. » La réussite de Plainchant est donc le produit d’un entraîneur italien au profil classique et d’un éleveur d’obstacle irlandais installé en France [lire notre article suivant] !

France & Italie, deux systèmes différents. Le manque de réussite de nos 2ans occupe une place importante dans le débat sur la compétitivité des chevaux entraîné en France. Maurizio Guarnieri nous a expliqué : « Je pense qu’il s’agit d’un système différent de celui que l’on rencontre en Italie. Les 2ans italiens travaillent pour développer leur vitesse. On leur demande de prouver qu’ils sont bons. Je n’ai pas changé la méthode quand je me suis installé en France. Les entraîneurs français sont plus "gentils" avec leurs juniors. Ils leur donnent un travail de base, avant de les laisser venir en progression. Doucement. Je ne peux pas dire qu’un système est meilleur que l’autre : quand on a des 2ans de grande qualité, il est logique de leur donner plus de temps. »