Nightmare

01.10.2020

Nightmare

Le cheval est profondément ancré dans culture de (presque) tous les peuples de notre planète. Depuis les premières représentations picturales connues, on a la preuve qu’il occupe une position majeure dans notre vie et dans notre imaginaire. Si le Christ ne monte pas à cheval dans la Bible, d’autres religions donnent à cet animal une place centrale. Par exemple, Al-Bouraq est la jument ailée dotée d’un visage humain sur laquelle le prophète Mahomet effectue son ascension vers Allah...

Au début du mois de septembre, l’anthropologue Jean-Pierre Digard, spécialiste des relations entre humains et animaux, a accordé un entretien au Monde des Religions. Il a notamment confié à Youness Bousenna : « Le cheval est à la fois valorisant pour les humains et terrifiant. D’ailleurs "cauchemar" se traduit par "nightmare" en anglais, c’est-à-dire "jument de la nuit"…» Hier indispensable compagnon du quotidien, à la fois craint et adulé, le cheval est entré dans une autre dimension avec l’arrivée de la civilisation des loisirs. Son statut change. Plus les générations qui n’ont jamais connu la ruralité et le travail avec les animaux sont nombreuses, moins on le connaît vraiment. Moins la véritable connaissance du cheval demeure, plus on veut faire de lui un animal de compagnie.

Pour ceux qui vivent par et pour les chevaux, le "nightmare" (le cauchemar), c’est désormais la menace de ceux qui se présentent comme les nouveaux meilleurs amis des animaux. Leur objectif est à la fois simple et terrifiant : mettre fin à l’utilisation de l’animal par l’homme. Du poney qui porte les enfants aux abeilles dont on prélève du miel en passant par le chien qui guide l’aveugle, pour eux tout cela doit cesser.

Partout dans le monde, des activistes bien financés et bien organisés mènent l’offensive de manière très subtile. En France, trois milliardaires (Niel, Simoncini et Granjeon), avec l’aide du crypto-journaliste (mais authentique militant animaliste) Hugo Clément, demandent un "Référendum pour les animaux". Si 185 députés soutiennent cette demande, elle deviendra un Référendum d’initiative partagée (RIP, sans mauvais jeu de mots) dont la conformité sera examinée par le Conseil constitutionnel. Et avec le soutien de 4,7 millions de Français, cela peut devenir une loi et s’imposer à tous. On y propose par exemple les prémices de l’interdiction de l’utilisation des boxes pour les animaux.

En coupant le lien qui unit l’humain et le cheval, ces militants arrachent à l’homme une partie de son histoire. Une partie de ce qu’il a fait de meilleur et de plus beau : construire une relation symbiotique avec un être aussi extraordinaire que le cheval. Dans toute relation, il y a des hauts… et il y a des bas. Mais ce qui compte vraiment, c’est la capacité à créer une harmonie sur le long terme, dont chacun sort grandi.

Buffon disait que le cheval est la plus belle conquête de l’homme. Mais ce n’est pas une conquête définitive : chaque individu doit être domestiqué par l’éducation. Et les courses au galop, en étant le plus beau réservoir d’hommes de chevaux qui soit, représentent une forme de résistance à ceux qui veulent séparer les hommes et les animaux.