Richard Hobson, un Anglais déjà bien français

International / 28.09.2020

Richard Hobson, un Anglais déjà bien français

Ancien jockey, courtier et entraîneur d’obstacle, Richard Hobson est un couteau suisse. Installé dans les Cotswolds, au sud-ouest de l'Angleterre, il a choisi d’ouvrir une antenne en France. Il a obtenu une licence temporaire valable du 1er septembre au 2 décembre, et loue des boxes à Chantilly. Peut-être une première étape avant un déménagement définitif pour celui qui s’exprime dans un français parfait.

Par Anne-Louise Échevin

Le poids des allocations. Installé depuis 2014 à Bobble Barn, Richard Hobson a eu son premier partant en France en 2016, quand Chic Name (Nickname) a pris la quatrième place du Prix Alain du Breil (Gr1). Il connaît bien le pays et son système de course. « Évidemment, ce sont surtout les allocations qui m’ont convaincu d’avoir une antenne à Chantilly : elles sont élevées en France et très basses au Royaume-Uni, le Covid-19 n’ayant pas amélioré les choses. Mais ce n’est pas la seule raison : je trouve le programme français très intéressant. J’entraîne des AQPS : ils ont des courses qui leur sont réservées, ici, en France. Je connais bien la France : j’y ai vécu quand j’avais quinze ans, j’y ai monté… Comme je suis aussi courtier, je viens souvent en France avec mon associé, Thomas Maudet, pour faire le tour des élevages, de beaucoup d'élevages AQPS, raison pour laquelle j’en ai donc un certain nombre. Pour toutes ces raisons, il est intéressant d’avoir six ou sept chevaux basés en France actuellement. Au moment où vous m’appelez, je suis en route pour Market Rasen : j’ai un partant dans un bon handicap, où ils sont seize au départ. L’allocation au gagnant est de 12.500 £. En France, sur une course de ce genre, elle serait bien plus élevée, peut-être pas loin des 50.000 €. J’ai Eureu du Boulay (Della Francesca) qui court aujourd’hui [lire samedi, ndlr] à Auteuil dans le Prix Mandarin : il y a 20.250 € au gagnant et aussi de l’argent pour les places [le cheval s’est imposé]. Il reste sur un succès au Touquet, où il a pris plus de 7.500 €. Pour une course équivalente en Angleterre, il aurait pu gagner 3.000 £, je pense. »

 

Chantilly, un outil presque parfait. Il y a quelques jours, Christian Leech, assistant de sa femme, Sophie, nous vantait les mérites du centre d’entraînement de Chantilly. Richard Hobson est du même avis, avec juste un petit regret… « Chantilly est facilement accessible depuis le Royaume-Uni. Pour y aller, ou même pour ramener ou emmener les chevaux, c’est simple. De plus, les installations sont fantastiques : pour l’obstacle, je pense que c’est le meilleur centre d’entraînement du monde. Le seul petit regret est le manque de paddocks. En Angleterre, il y a des entraîneurs installés sur des centres comme Newmarket ou Epsom, mais aussi beaucoup de structures privées. Je suis sur ma propre structure et j’aime beaucoup mettre les chevaux au paddock. »

Le système français, une référence. Richard Hobson ne tarit pas d’éloges sur le système français des courses d’obstacles, en comparaison avec ce qu’il vit actuellement au Royaume-Uni. « En ce moment, c’est difficile pour les courses d’obstacle en Angleterre. Beaucoup de propriétaires sont en train d’arrêter. Personnellement, j’ai récupéré des propriétaires qui voulaient courir les chevaux en France. Le système en Angleterre est mauvais et je pense que nous avons fait une grave erreur en vendant le Tote. Les conditions de course ne donnent pas l’opportunité aux chevaux de gagner, du moins pour les chevaux de petit niveau ou de niveau intermédiaire. Si vous avez un bon cheval, il trouvera des courses. Pour les autres, après une victoire, ce sera beaucoup plus compliqué de trouver des courses, même pour un cheval utile comme Eureu du Boulay. En France, ce n’est pas le cas : bien entendu, après deux ou trois victoires, votre cheval sera barré. Mais il aura pris 20.000 € à 25.000 €, il aura tout de même payé son avoine à ce moment-là. Je suis heureux d’avoir des chevaux qui courent en France, même si cela a aussi un coût : j’ai obtenu une licence temporaire de la part de France Galop, ce qui veut dire que je ne touche pas les indemnités de transport. En comparaison avec l’Angleterre, je trouve que le système français est excellent. Et honnêtement, je trouve que France Galop mérite une médaille : tout est fait, à mon sens, pour que cela marche et pour tout le monde. Certains ne seront pas d’accord avec moi mais il faut voir ce qu’il se passe en Angleterre… Je comprends bien que les entraîneurs français ont subi aussi des baisses d’allocations ces dernières années, que c’est difficile pour certains, qu’il faut payer des taxes très importantes – nous sommes aussi taxés au Royaume-Uni, peut-être dans une moindre mesure, même si nous avons des taxes qui n’existent pas en France. Pour moi, le système français de course est génial, le programme aussi. »

Beaucoup d’inquiétude pour l’avenir de l’obstacle anglais. La pandémie du Covid-19 a impacté les courses françaises mais les courses britanniques n'y ont pas échappé non plus. C’est peut-être encore plus compliqué en Angleterre, où des allocations déjà basses se sont effondrées et où les hippodromes jouent toujours à huis-clos. Les mots de Richard Hobson sur l’avenir des courses d’obstacle en Angleterre sont inquiétants. « En France actuellement, les gens ont tout de même le droit d’aller aux courses. J’entends les Français se plaindre, et ils ont leurs raisons, mais cela me fait mal au cœur quand je compare à l’Angleterre. Imaginez : actuellement, il est compliqué pour les propriétaires de venir aux courses. Et, quand ils arrivent à venir, ils n’ont pas accès au rond de présentation, ils ne peuvent pas aller faire la photo avec leur cheval s’il gagne ! C’est très difficile pour eux et beaucoup se découragent : pourquoi dépenser 7.000 £ ou 8.000 £ en frais d’entraînement pour ne pas avoir le droit de poser avec son cheval ou de le voir aux courses ? Cela pourrait encore continuer pendant au moins six mois : on va perdre des propriétaires, des entraîneurs ainsi que des hippodromes qui sont déjà au bord de la faillite. Dans ces conditions, j’ai très peur que les courses d’obstacle ne s’en remettent pas, que les propriétaires avec quatre ou cinq chevaux jettent tous l’éponge. Si l’on continue à ce rythme, je suis pessimiste sur l’avenir des courses d’obstacle au Royaume-Uni. J’ai peur qu’elles soient mortes d’ici cinq ou six ans… Ce qui aura aussi un effet boule de neige sur la France, en raison du commerce : les éleveurs pourraient en pâtir. Personnellement, je n’ai pas les moyens d’acheter des chevaux à l’entraînement en France, mais je viens tous les ans pour acheter des foals, souvent chez les mêmes éleveurs, et je les façonne. Ces éleveurs sont heureux que certains de ces chevaux soient en France actuellement et seraient heureux s’ils revenaient en France dans le futur. »

Une installation définitive ? C’est en réflexion. Une antenne peut être un premier pas vers une installation définitive en France. Richard Hobson a l’avantage, par rapport à bon nombre de ses confrères anglais, de parler couramment français. Et il pense revenir dans le pays. « Le système français me donne envie de revenir. J’ai la licence temporaire pendant encore deux mois. Si nous pouvions gagner cinq ou six courses et prendre 100.000 €, ce serait formidable. Je vais certainement en redemander une en février, l’année prochaine. Et, à ce moment-là et en fonction de la situation à ce moment-là, je vais sérieusement réfléchir à m’installer en France. J’ai cette envie et je ferai du mieux possible pour m’adapter, pour bien parler français. Je ne suis pas là pour "voler" les courses françaises. J’espère que les entraîneurs français ne seraient pas dérangés si je venais à m’installer. Je suis prêt à prendre un appartement en France, à y vivre et donc à participer à l’économie du pays. Je pense que d’autres entraîneurs anglais vont suivre : Sophie et Christian Leech ont déjà une antenne en France, d’autres devraient emboîter le pas, je pense. Pourquoi cela n’a-t-il pas été le cas auparavant ? Peut-être parce qu’ils ne connaissent pas la langue et ne maîtrisent pas bien votre programme… »